Les trafiquants d’armes à feu se tournent vers le «darknet»

L’émergence du «darknet» représente un nouveau défi pour les autorités qui tentent d’endiguer le trafic d’armes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’émergence du «darknet» représente un nouveau défi pour les autorités qui tentent d’endiguer le trafic d’armes.

Des criminels se cachent dans les coins sombres de l’Internet, emploient des cryptomonnaies difficiles à retracer et inventent des techniques pour vendre illégalement des armes à feu au Canada, prévient la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

L’émergence du « darknet » — des réseaux cachés dans les profondeurs de l’Internet et accessibles seulement par des logiciels conçus sur mesure — représente un nouveau défi pour les autorités qui tentent d’endiguer le trafic d’armes, reconnaît Rob O’Reilly, directeur intérimaire des services de réglementation sur les armes à feu de la GRC.

Si les policiers sont parvenus à éliminer certains marchés noirs en ligne comme Silk Road au cours des dernières années, d’autres sont apparus dans les profondeurs du cyberespace, a indiqué M. O’Reilly lors d’un récent symposium national sur les bandes criminelles et les armes à feu.

Il a notamment souligné le site en ligne Berlusconi, lequel avait 234 entrées pour des armes comme les fusils AR-15, les AK-47, diverses armes de poing et d’innombrables munitions.

Les armes y sont vendues tout comme des opioïdes, de l’héroïne, de la cocaïne, des logiciels malveillants, des données volées, des rançonciels, des cartes de crédit dérobées et même de l’uranium appauvri, du polonium-210 radioactif et des poisons aussi dangereux que la ricine.

M. O’Reilly a même montré une photo d’un chargeur et des munitions d’un AR-15 livrés par un vendeur du Montana à un acheteur de Sudbury, en Ontario, qui n’avait pas de permis d’armes. Le vendeur a réalisé un certain nombre de ventes relatives à des armes à feu par l’entremise du darknet avant d’être arrêté. Chaque produit vendu était emballé dans du plastique avant d’être enveloppé dans un sac de mylar. Il était ensuite dissimulé en paquet de nourriture.

« Les vendeurs du darknet se fient à des moyens très astucieux de vendre des armes à feu et des pièces, a dit M. O’Reilly. Dans la communauté du darknet, ce phénomène est connu sous le nom de livraison furtive. Leur bit est de se dissimuler ou de cacher le contenu réel des autorités judiciaires et des services douaniers. »

Des pistolets ont été livrés dans des consoles de jeu, des disques durs d’ordinateur, des séchoirs ou des morceaux de chocolat, a-t-il ajouté. « On a même vu des carabines cachées derrière un téléviseur à écran plat. »

La révolution numérique a vu la naissance d’appareils qui permettent à des acheteurs de visiter anonymement des sites comme Berlusconi et d’acheter des articles sans laisser de traces.

Le réseau Tor est souvent utilisé par les agences gouvernementales, les activistes, les journalistes et les lanceurs d’alertes qui veulent protéger leurs activités en ligne, concède M. O’Reilly, mais il est aussi employé par des gens aux intentions moins nobles, comme des acheteurs d’armes clandestins.

De façon similaire, les cryptomonnaies comme le Bitcoin — la devise numérique la plus acceptée sur les sites du darknet — permettent de cacher les conditions d’une transaction aux autorités.

« De telles devises représentent de véritables défis aux autorités judiciaires parce qu’elles n’ont pas d’existence physique. Il est difficile de les retracer sans un logiciel spécifique qui coûte très cher et un personnel très entraîné », mentionne M. O’Reilly.