Le dépanneur comme remède aux déserts alimentaires

Ludovic Normand et Sophie Cloutier gèrent l’offre de la Punk-Icerie.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Ludovic Normand et Sophie Cloutier gèrent l’offre de la Punk-Icerie.

Depuis trois semaines, trois dépanneurs de la grande région de Québec participent à un projet pilote pour introduire davantage d’aliments sains sur leurs étagères. «Le Devoir» est allé rencontrer un couple de participants dans Limoilou.

Marie-Lou, une jeune travailleuse du coin, n’avait pas prévu d’acheter de banane à la Punk-Icerie, mais elle s’est finalement laissé tenter. Ludovic Normand, l’un des propriétaires, les a mises bien en vue près de la caisse.

« Depuis qu’on a mis les bananes sur le comptoir, c’est super populaire », raconte l’autre propriétaire, Sophie Cloutier. « On essaie de leur donner des options. […] Tu peux acheter ton Pepsi, mais il y a aussi à côté une limonade artisanale faite par un artisan québécois qui est vraiment bonne et coûte juste 50 cents de plus. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

La Punk-Icerie se trouve sur l’avenue Eugène-Lamontagne, à quelques rues du Centre Vidéotron. Devant sa porte, une grande bannière verte indique qu’il y a des « aliments sains ici ». Sur une autre affiche à l’intérieur, une tranche de pain, un morceau de fromage, une tomate et un oeuf nous tendent la main.

Yogourts, barres tendres : les produits offerts sont simples, bon marché et faciles à transporter.

Ici, on pousse l’offre un peu plus loin en vendant plusieurs légumes à l’unité. Même les moins vendeurs… Cette semaine, on met en avant le chou, un légume peu populaire mais économique. « C’est 2,20 $ pour entre 2 et 4 kg de chou. […] On le rentre de toute façon puis, au pire, on perd tout et on recommence. Parce que si on n’amène pas ce produit-là en se disant qu’on assume les premières pertes, ça ne se fera jamais », note-t-elle. Ludovic, qui est lui-même chef cuisinier de formation, a conçu des fiches-recettes pour les clients qui sont offertes elles aussi près de la caisse.

Le projet pilote est une initiative d’un regroupement de dizaines d’organismes en santé, dont trois ministères, Québec en forme et la Direction régionale de la santé publique (DSP). La coordination est effectuée par une nutritionniste de la DSP, Pascale Chaumette, et des intervenantes terrain qui accompagnent les propriétaires dans leurs démarches. « C’est sûr qu’il n’y en a pas encore beaucoup », note Mme Chaumette. « C’est un début, mais je crois que c’est appelé à progresser graduellement. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

En plus du matériel visuel et de l’accompagnement, les participants reçoivent environ 2000 $ pour participer et compenser les pertes. La Punk-Icerie, elle, veut s’en servir pour réparer un réfrigérateur qui ne fonctionne pas.

Québec n’est pas la seule à se lancer là-dedans. À Montréal et Toronto, différents projets du genre sont nés. Or, c’est la ville de Philadelphie qui donne le ton dans le domaine avec un programme qui touche 600 commerces.

Outre Limoilou, les dépanneurs participants se trouvent sur l’avenue Saint-David à Beauport, et à Rivière-à-Pierre (Portneuf). Deux autres doivent s’ajouter d’ici l’été à Baie-Saint-Paul et Saint-Tite-des-Caps.

Déserts alimentaires

Les établissements ont été choisis parce qu’ils sont situés dans ce qu’on appelle des déserts alimentaires, des secteurs où l’offre en produits sains est limitée ou inaccessible. « Le problème, ici, c’est que les déplacements sont difficiles [il faut traverser l’autoroute pour accéder au Maxi] », signale la nutritionniste Gracia Adam, une autre partenaire du projet. Dans Portneuf, le dépanneur est dans un secteur où l’offre est quasi nulle, souligne Pascale Chaumette. « Le supermarché le plus proche est à 30 minutes d’auto. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

D’un dépanneur à l’autre, la présentation des produits varie. À Beauport, ils sont tous regroupés dans un même présentoir, alors qu’à Limoilou, ils sont plutôt éparpillés. Les propriétaires se chargent de l’approvisionnement, mais les intervenants peuvent s’en mêler. Par exemple, dans Portneuf, l’intervenante les aide à trouver un fournisseur de sandwichs santé. Mme Chaumette explique que la notion d’aliment sain « n’est pas toujours claire ». Les sandwichs et les mets préparés sont souvent pleins de sodium ou de gras, mais « on essaie de rendre nos recommandations pas trop compliquées ».

Tous les dépanneurs choisis sont des indépendants et n’appartiennent pas à des chaînes, ce qui leur laisse plus de marge de manoeuvre. Dans le cas de la Punk-Icerie, ce fut presque un « match parfait » puisqu’ils voulaient déjà inclure une offre de produits santé.

Pourquoi les choisir, alors s’ils comptaient le faire de toute façon ? « Ce qu’on voulait, c’est mettre en valeur les aliments sains et les rendre attrayants. Dans certains cas, il y a eu des ajouts, des bonifications », répond Pascale Chaumette. Le projet pilote est d’une durée d’un an. On ne sait pas encore si les budgets seront présents pour le prolonger ou l’élargir.

1 commentaire
  • Raymond Chalifoux - Abonné 8 avril 2016 09 h 05

    Le commencement qui s'imposait...

    Il reste, au Québec, des coins où l'on peut acheter ses œufs bio dans le 5e rang, des légumes bio d’un maraîcher dans le 9e, de la viande de veau et de « bœuf » d’un fermier du 12e qui fait de la « vache-à-veau » élevée à l’air libre et qui sera « bouchée » au village. Ajoutez le poulet bio du 2e rang, le lapin et la truite d’élevage du « gentleman farmer » et, pour en rajouter une couche, le canard du marchand de Québec et le cerf du gars de Ste-Marie…

    Il n’y a pas de grande cuisine sans ingrédients top, dit-on. Ça, c’est le sommet, on s’entend. Mais à la base…

    L’Homme d’aujourd’hui a totalement délégué à l’industrie alimentaire le soin de le nourrir. Sauf qu’elle, son souci, c’est le profit. Alors, tous mangent du « fabriqué-à date-de-péremption étampée »…

    Résultat des courses? Le diabète, l’Alzheimer, le parkinson, les coronariennes, l’autisme, les allergies, l’asthme infantile, l’obésité, sont à des niveaux épidémiques et le coût des médicaments fait de l’alpinisme.. Selon certains, dans 20 ans, un enfant sur deux sera autiste. Les optimistes disent plutôt un autisme sur deux familles.

    Quand, il y a 10, 12 ans les parents d’enfants autistes, désespérés, se sont tournés vers les.. « alternatives », les naturopathes ils les ont « pris par le ventre » ces enfants-là : plus de lait, de céréales, doses quotidiennes de probiotiques (autres que le yogourt sucré..) etc. La médecine a hurlé au scandale, au vaudou! Mais, fastforward la décennie, les résultats absolument renversants dans moult cas sont aujourd’hui documentés, attestés, publiés. Et « nowadays » comme dirait l’autre, on a découvert que l’intestin contient entre 400 à 600 millions de neurones, que s’y fabrique environ 90% de la sérotonine en plus d’autres neurotransmetteurs… C’est littéralement « L’Intestin au secours du cerveau » (en librairie).

    Et votre médecin, qui traite votre côlon irritable avec des antidépresseurs, il rêve de faire de la politique parce que lui, les réponses, il les a