Caroline Néron crée comme ça lui chante

Extrait de la rétrospective du 10e anniversaire de l’entreprise Caroline Néron tenue en novembre 2015
Photo: Caroline Néron Joaillerie Extrait de la rétrospective du 10e anniversaire de l’entreprise Caroline Néron tenue en novembre 2015

Elle crée bijoux, sacs à main, parfums, montres… Elle carbure aux idées, ose, ne croit pas à l’échec, tourne au moyen de l’agenda : « Je suis une passionnée, je ne calcule pas les heures de travail. » Incursion dans l’entreprise de création d’accessoires de mode Caroline Néron.

« Les carrières se construisent avec un agenda, dit Caroline Néron d’entrée de jeu. C’est fou ce qu’on peut accomplir avec de la discipline et de l’organisation. Tu fais trois années dans une. » Malgré un horaire chargé — à peine de retour de Californie où elle tenait une boutique-cadeau aux Golden Globe Awards 2016, et sur son départ le lendemain pour New York —, elle nous reçoit en toute zénitude dans son bureau baigné de lumière, rue Beaumont à Montréal.

Sur les murs des espaces de travail, presque toutes les photos des campagnes publicitaires mettent en scène une seule icône : elle-même. Presque toutes, car certaines d’entre elles montrent maintenant la femme d’affaires en compagnie d’une jeune fille. « Ma nouvelle égérie », annonce la créatrice.

« Comme l’âge de ma clientèle varie entre 25 et 40 ans et que j’ai 42 ans, j’ai décidé cette année qu’il était temps de passer le flambeau à plus jeune. Puis, je porte déjà plusieurs chapeaux ici. Ça va me libérer un peu. Je continuerai d’utiliser mon image en joaillerie, entre autres pour ma nouvelle collection de bijoux haut de gamme qui s’adresse à une clientèle plus âgée. »

Une grande autonomie

Vêtue de façon décontractée, portant collier long, boucles d’oreilles et bracelet de son cru, Caroline Néron parle avec enthousiasme de son métier de femme d’affaires. « À cinq ans, je rêvais d’être une artiste. À huit ans, j’ai dit à mes parents qu’il me fallait un gérant pour développer plus vite ma carrière. À 17 ans, j’apparaissais dans diverses publicités. Puis, très vite, j’ai obtenu des rôles dans des téléséries et des longs-métrages. Après une prestation dans Grease, j’ai signé un premier contrat de disque. Et un second, qui n’a pas obtenu le succès escompté. »

Ayant compris les hauts et les bas du métier de comédienne-chanteuse et voyant aussi les artistes tombés autour d’elle, elle décide à 30 ans de se lancer en affaires. Pour ne plus être dépendante des producteurs, jouir d’une plus grande autonomie et créer à sa guise.

Le vent dans les voiles

C’est sur le tas que Caroline Néron apprend le métier. Des débuts difficiles, car elle ne connaît rien du monde de la joaillerie. Mais elle persiste, embauche une créatrice de bijoux et crée sa première collection.

L’entreprise voit le jour en 2004. Depuis, malgré un parcours parfois grippé, la PME, qui emploie quelque 140 personnes, grandit vite.

Au Québec, elle compte 18 boutiques, 5 franchises et 50 points de vente. Au Canada, où une boutique vient d’ouvrir au West Edmonton Mall, Caroline Néron a conclu il y a peu une entente avec un agent qui fera la promotion de sa marque d’un bout à l’autre du pays.

La PME québécoise est aussi présente dans les 40 boutiques d’Europe et d’Asie de la chaîne Cadenzza, propriété de Swarovski, à New York chez Kleinfeld Bridal, et en France où six agents se chargent de promotionner bijoux et accessoires de mode.

Un savoir-faire honoré en 2012 du titre « Entrepreneure de l’année » au concours Femme d’affaires du Québec ; puis, en 2013, le magazine Profit 500 classe son entreprise au cinquième rang des sociétés en croissance au Canada et en tête de liste au Québec. Plus récemment, elle est classée par les revues Châtelaine et Profit au Top 100 des entrepreneurs.

Au-delà des bijoux

« Ce qui fait mon succès ? La passion, bien sûr, mais aussi l’organisation, répond la mère d’une fillette de six ans. C’est elle qui m’apporte la discipline. C’est simple, si je veux passer du temps en sa compagnie, je dois être efficace. Ça marche, j’ai appris à déconnecter. »

L’équipe est aussi très importante pour Caroline Néron. « Derrière chaque création, il y a un travail de groupe, de la motivation, de la reconnaissance et des idées. »

D’ailleurs, chaque bijou porte un nom et un message : bague d’oreille Griffée, boucles d’oreilles Cassiopée, bracelet Carambole, bracelet Bonheur, collier Clair de lune, collier Sortilège, collier Joyau de Lave, collier Larme de Joie, stylo et collier Poursuis tes rêves…

Caroline Néron signe 300 nouveaux produits par année : quelque 120 bijoux pour femmes et une soixantaine pour hommes, une quarantaine de sacs à main, des lunettes solaires et un parfum.

La chef d’entreprise s’implique également dans la Fondation du cancer du sein en collaboration avec le magazine Clin d’oeil, dans le Club des petits-déjeuners du Québec et One Drop, l’organisation à but non lucratif créée par Guy Laliberté et dont le but est de fournir des infrastructures permettant un accès à l’eau potable pour tous…

« Je serai une artiste toute ma vie. J’adore la mode, je suis une acheteuse compulsive, au paradis dans un magasin. Le service à la clientèle est important pour moi et, bien que la créativité n’ait pas de limites, il faut garder en tête les besoins du consommateur. »