Internet à la conquête du ciel

« L’accès universel à Internet doit être considéré comme une priorité dans le monde. » Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a affiché d’entrée de jeu ses ambitions lors de sa venue aux Nations unies en septembre dernier. Il n’est pas le seul. Depuis des mois, les géants du Net ne parlent plus que de ça : relier les 4 milliards de personnes qui, en Afrique ou dans les pays émergents, n’ont toujours pas accès au Web. Et ce, dans les plus brefs délais.

Ce jour-là, à l’ONU, Mark Zuckerberg et Bill Gates, le fondateur de Microsoft, se sont engagés à tout faire pour parvenir à cet objectif d’ici à 2020. Ce projet, soutenu par des personnalités comme Richard Branson (patron de Virgin) ou Jimmy Wales (Wikipédia), s’inscrit dans le cadre du programme des Nations unies visant à éradiquer l’extrême pauvreté à l’horizon 2030. « Au XXIe siècle, développement mondial et connectivité mondiale sont intimement liés. Si vous voulez aider les gens à se nourrir, se guérir, s’éduquer et trouver un emploi partout dans le monde, il faut connecter le monde », affirme le fondateur de Facebook.

Conquérir de nouveaux utilisateurs

Sur son site, il précise que pour dix personnes connectées à Internet, une parvient, grâce à cela, à sortir de la pauvreté. « Si nous connectons les plus de 4 milliards de gens qui n’ont pas accès à Internet pour le moment, nous avons une opportunité historique de tirer le monde entier vers le haut dans les décennies à venir. » Au-delà de ces pieux engagements humanitaires, les géants du Net cherchent surtout à conquérir de nouveaux utilisateurs, et ainsi doper leurs revenus publicitaires.

Pour couvrir le globe, chacun y va de son expérience. La difficulté consiste à apporter Internet dans des zones où son déploiement par voie terrestre est trop coûteux. Fin juillet, Google annonçait le lancement de dizaines de ballons gonflés à l’hélium au Sri Lanka, à destination de plus de 20 millions d’habitants de cette île à partir du printemps 2016.

Des essais ont déjà eu lieu en Nouvelle-Zélande dans le cadre du programme baptisé Loon, comme « balloon » en anglais, auquel est associé le Centre national d’études spatiales (CNES). Ces ballons voguent au gré des vents stratosphériques, à vingt kilomètres d’altitude, avec une autonomie de cent jours. Ce projet est plus avancé que celui mené avec le fabricant de drones solaires géostationnaires Titan Aerospace qu’a acheté Google voici un an.

Le même jour, Facebook révélait les dernières avancées de son drone Aquila. Cet avion à hélices sans pilote, fonctionnant à l’énergie solaire, est le prototype de son futur système consistant à déployer une escadrille pouvant planer trois mois au-dessus de la Terre à une altitude oscillant entre 18 et 27 kilomètres pour connecter des clients.

Toujours plus haut, la connexion Internet passe aussi par la mise en orbite de satellites et les projets fleurissent. C’est ainsi qu’en janvier, Google est entré au capital de SpaceX, la société d’Elon Musk, qui prévoit de constituer une constellation de 4000 petits satellites. La firme de Mountain View a aussi acquis l’an dernier Skybox, une start-up californienne spécialisée dans la fabrication de petits satellites survolant la Terre pour prendre des photos et des petites vidéos.

Réduction par dix des coûts

De son côté, le coréen Samsung imagine également déployer 4600 satellites. La question centrale est de savoir « si l’espace va répondre aux besoins de connectivité qui vont exploser dans les années à venir et comment », estime Stéphane Israël, le patron d’Arianespace, en évoquant l’accélération du mouvement porté par les multiplications des projets de connexion pour les objets, les voitures ou les personnes. L’opportunité est d’autant plus grande que des besoins nouveaux vont croître, liés au changement de comportement induit par les smartphones et les tablettes. Pour accompagner cette évolution, il propose déjà de réfléchir à des microfusées capables de répondre à la demande si elle se confirme.