Les dépanneurs entendent «carter» tous les clients

Le président de l’association des dépanneurs, Michel Gadbois, estime que le gouvernement est en train de tuer ces commerces avec ses inspections et ses amendes.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le président de l’association des dépanneurs, Michel Gadbois, estime que le gouvernement est en train de tuer ces commerces avec ses inspections et ses amendes.

Les dépanneurs commenceront « très bientôt » à demander systématiquement une carte d’identité aux acheteurs de produits du tabac, d’alcool ou de loterie, quel que soit leur âge.

C’est la riposte de l’Association québécoise des dépanneurs en alimentation (AQDA) aux sanctions du gouvernement à l’encontre de ceux qui vendent ces produits aux mineurs. L’organisme, qui regroupe 1700 membres, affirme que cela « va changer le visage du Québec ».

L’association a fait connaître sa position jeudi, aux audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 44, qui vise à renforcer la lutte au tabagisme.

Ce projet de loi prévoit l’interdiction de fumer sur les terrasses, l’interdiction de fumer à bord d’un véhicule en présence d’un mineur de moins de 16 ans, l’interdiction des arômes et du menthol dans les produits du tabac, ainsi que l’assujettissement de la cigarette électronique aux mêmes restrictions que les autres produits du tabac.

En point de presse avant la présentation de son mémoire, le président de l’association, Michel Gadbois, a dit que le gouvernement est en train de tuer les dépanneurs avec ses inspections et ses amendes, en posant des « guets-apens » aux commis et aux propriétaires.

« C’est un drame, a-t-il déclaré. C’est 250 000 $ d’amende. Quand vous avez 5000 poursuites au bout du nez, on voit que le gouvernement y va par la répression. Nous, on y va par l’éducation et l’information. »

 

Pas de carte, pas d’achat

C’est fini, le discrétionnaire, a-t-il dit. Le permis de conduire ou la carte d’assurance-maladie sera demandé systématiquement.

« Le “cartage” subjectif a atteint ses limites, a-t-il soutenu devant la commission parlementaire en matinée. […] La répression accrue ne donnera rien. Il faut qu’on prenne le taureau par les cornes et qu’on règle le problème. »

M. Gadbois demande donc que le « cartage obligatoire », l’identification obligatoire des clients, soit ajouté au projet de loi, sinon les dépanneurs sont prêts à l’imposer eux-mêmes très bientôt.

« Nous sommes fin prêts, a dit M. Gadbois devant la commission parlementaire. Que vous le mettiez ou non dans la loi, nous, on y va. […] Pas de carte, pas d’achat, c’est aussi simple que ça. »

Il a donné l’exemple d’un dépanneur de Roberval qui a imposé la mesure de l’identification obligatoire, sans que personne s’en formalise, a-t-il précisé.

Le président de l’AQDA a affirmé que cette mesure imposée à la grandeur du territoire « va changer le visage du Québec ».

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, qui pilote le projet de loi, n’a pas dit clairement si le gouvernement allait légiférer pour rendre l’identification obligatoire.

Accrochage

Un accrochage a eu lieu entre l’opposition officielle et l’AQDA. Le porte-parole du Parti québécois, le député de Rosemont, Jean-François Lisée, a dit être surpris de constater que les positions de l’association sont les mêmes que les cigarettiers. Notamment, ils s’opposent à l’interdiction de l’ajout d’arômes et de menthol au tabac.

M. Lisée a voulu savoir quelle part du financement de l’AQDA vient des cigarettiers, mais M. Gadbois n’a pas voulu répondre.

« Le fait que vous disiez que vous ne savez pas quelle est la proportion de votre budget qui vient des cigarettiers, cela remet en cause votre crédibilité, a dit le député péquiste. Je pense que c’est un problème. La question vous avait été posée au Sénat canadien, vous aviez répondu : “Je n’ai pas les chiffres, je vous reviendrai une autre fois.” Là, c’est une autre fois, vous ne les avez toujours pas. C’est louche. »

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac a estimé pour sa part que l’AQDA fait diversion avec l’identification obligatoire, pour éviter d’aborder les grands enjeux.

2 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 20 août 2015 10 h 44

    un écran de fumée

    Le gouvernement pousse le ridicule.
    Il n'y a pas autre chose à chercher, comme ceux qui mettre le argent à l'abri de l'impôt? Ah! ce sont ses amis et les membres du parti.
    Ok, on se concentre sur les petits jeunes qui veulent fumer une cigarette.

  • François Bélanger Boisclair - Abonné 20 août 2015 12 h 39

    Une atteinte à la vie privé

    La riposte des consommateurs devrait être de porter plainte systématiquement en vertu de l'article 5 de la CHARTE DES DROITS ET LIBERTÉS DE LA PERSONNE (chapitre C-12) à la commission.

    Une demande d'identification dans ce contexte est selon moi une violation du droit au respect de sa vie privée déraisonnable dans un société libre et démocratique.