Une mode locale et ambulante

Le camion de Nomad Boutique se déplace et va à la rencontre d’éventuels clients et clientes.
Photo: Nomad Boutique Le camion de Nomad Boutique se déplace et va à la rencontre d’éventuels clients et clientes.
Après les camions de cuisine de rue, voilà le tour des boutiques mobiles, aussi appelées « fashion trucks » de se tailler une place sur le bitume.
 

« Je suis la gitane des temps modernes ! » rigole Nana Sananikone, la propriétaire de Nømad, une boutique mobile qu’elle a aménagée dans un camion FedEx à la retraite. Inspirée par un camion de mode aperçu à New York, la designer de mode s’est lancée dans l’aventure l’été dernier à Montréal. Elle était la première, avec le camion La Montréalaise de la designer Sabrina Barilà, à promener sa caravane de mode à travers les festivals de la métropole.

Cet été, le mouvement a pris de l’ampleur et elles seront deux fois plus à prendre le volant de ces camions de mode. Le camion Coven (le projet de cinq finissantes à l’École supérieure de mode de l’UQAM) ainsi que celui d’OldWIG, qui organise des événements d’exposants vintage, fouleront le bitume des divers événements et marchés montréalais au cours de l’été. Les quatre uniront d’ailleurs leurs forces pendant le Festival Mode Design vers la mi-août.

Le salut des artisans locaux ?

Designer depuis plus de 15 ans, si Nana s’est lancée dans l’aventure l’an dernier, c’est qu’elle trouvait de plus en plus difficile d’encaisser les coups avec la présence de gros détaillants tels Zara, Mango et compagnie. « Cette idée m’est venue d’une frustration. Je me demandais ce que je pouvais faire pour avoir de la visibilité », dit-elle. Et le camion est une superbe vitrine, notamment pour promouvoir les artisans d’ici et accroître la visibilité des créateurs et designers.

« Il faut vraiment sortir de la boîte, maintenant. Il ne faut plus s’attendre à ce que les gens viennent vers nous. La concurrence est féroce, autant sur le Web que sur les grandes artères. J’ai voulu aller vers les clients, les rencontrer dans les parcs, dans la rue ».

Évidemment, le rêve ne se transpose pas encore ainsi dans la réalité. Si Nana Sananikone rêve de voir Nømad sillonner tous les arrondissements ainsi que les régions, les boutiques mobiles n’ont pas encore le droit de se stationner où elles veulent. Les entrepreneuses (toutes des filles, dans le cas des camions de mode) ont un permis leur permettant de participer aux événements tels que le Marché des Possibles, le marché de Nuit du Mile-X et celui du Village au Pied du Courant. Nømad participe autant à des BBQ d’événements d’affaires qu’à des avant-bal de finissants, et le commerce sur roue a désormais un permis lui permettant de déballer sa cargaison à l’intérieur des maisons, selon le concept de la vente de Tupperware.

Quant aux filles d’OldWIG, l’extérieur du camion Purolator qu’elles ont acquis a été peint pendant le récent festival Mural, et l’intérieur sera aménagé d’ici la fin de l’été. « Pour nous, le fashion truck et un complément à nos événements, explique Valérie Boivin, productrice et cofondatrice d’OldWIG. Ça nous permet de balader l’univers de nos exposants — qui sont des boutiques en ligne et des collectionneurs vintage. On trouvait que ça nous permettait de sortir plus et de faire connaître nos événements annuels. »

Dans son camion Nømad, qu’elle promène autant à Montréal, qu’à Mont-Saint-Hilaire ou Drummondville, Nana propose vêtements, bijoux, accessoires et objets décoratifs signés de designers québécois (Covet, Valérie Dumaine, Jeane Jax) à prix doux. « Ça ne sert à rien d’avoir des produits trop dispendieux dans un camion, je peux vendre une poignée de robes à 300 $ pendant l’été, mais faire un malheur avec des camisoles à 45 $». Pour être à l’affût des déplacements des camions, il faut consulter les pages Facebook de Nømad, La Montréalaise atelier, OldWIG et Coven boutique mobile.

Nana Sananikone donne aussi un coup de pouce aux futurs entrepreneurs qui cherchent des conseils pour se lancer dans la mobilité. « Une fille de Rosemère m’a approchée, car elle aimerait faire de la manucure-pédicure dans une camionnette mobile. Un fleuriste aussi m’a approchée pour avoir mes conseils. C’est super ! On n’assiste pas seulement à un mouvement de fashion truck ou de food truck. C’est un mouvement de services on-the-go, qui est en train de se diversifier. Et ça va bouger plus vite qu’on le pense. »

Dans son camion Nømad, qu’elle promène autant à Montréal, qu’à Mont-Saint-Hilaire ou Drummondville, Nana propose vêtements, bijoux, accessoires et objets décoratifs signés de designers québécois à prix doux.