Jouets pour adultes

Présentation de «Fifty Shades of Grey» dans une salle de Los Angeles.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Présentation de «Fifty Shades of Grey» dans une salle de Los Angeles.

D’ordinaire l’apanage de films pour enfants, la déferlante de produits dérivés mis en boutique avant même l’arrivée en salle du film Cinquante nuances de Grey fait résonner les tiroirs-caisses.

On connaissait le jouet qui accompagnait le film, voire la petite voiture qui devançait dans les rayons la sortie du long métrage dont elle était l’héroïne. Bref, on connaissait le merchandising comme la deuxième mamelle du cinéma pour enfants. Plus maintenant.

L’arrivée de Cinquante nuances de Grey est accompagnée d’une avalanche de produits dérivés. Au point qu’on a beau retourner sa mémoire dans tous les sens : on n’a pas souvenir d’avoir déjà vu ça. Pourquoi ?

Miser sur le buzz du moment

Le côté sulfureux de cette histoire de soft bondage, sans doute, donne aux commerces des envies de rallumer le sapin. Plus encore, la concomitance maligne, aussi, entre sortie du film et week-end de la Saint-Valentin, ajoute à l’engouement. Et la course au buzz qui promet de générer un maximum de retour sur investissement.

Une ligne plus ou moins officielle Fifty Shades of Grey a même été lancée avec menottes en pilou, fouet tout doux, loups pour soirées libertines et même du vin, le cru du film cru.

La chaîne de grands magasins suisse Manor s’y est mise aussi. « Le succès de la trilogie Fifty Shades of Grey a suscité un engouement pour les thèmes liés à l’érotisme, engouement auquel Manor ne veut pas se fermer », explique Elle Steinbrecher, responsable de la communication pour Manor. La chaîne profite même du mouvement pour mettre en avant sa lingerie fine complètement « Grrrrr » et vendre « une huile de massage et une lotion pour le corps Fifty Shades of Grey ».

SM version quincaillerie

Comme quoi ce ramdam profite à tout le monde, la semaine dernière la boutique Fifty Shades of Geneva ouvrait ses portes sur la bien nommée rue Plantamour, dans le quartier des Pâquis. L’enseigne, qui se définit comme une boutique érotique de luxe, y propose des articles coquins haut de gamme. Mais dans le genre do it yourself amusant, on souligne l’initiative de la chaîne anglaise de magasins de bricolage B Q qui a placé ses employés en alerte maximum. La direction a même incité son personnel à lire le livre adapté au cinéma. But de cette révolution culturelle ? Servir au mieux une clientèle qui chercherait à faire comme dans le film en s’initiant au sadomasochisme avec les moyens du bord (scotch, serre-câbles en plastique, cordelettes). Le SM du pauvre.

Suggestions de lecture

Fifty Shades of Grey est un succès, mais il est… vraiment nul.

Voici donc une sélection de livres coquins conseillés par Emma Cavalier, spécialiste du genre.

Les onze mille verges (Guillaume Apollinaire, 1907) : probablement le roman érotique le plus connu de la littérature française, un texte à ne pas mettre entre toutes les mains.

La femme de papier (Françoise Rey, 1989) : le premier roman de Françoise Rey a profondément marqué le paysage de la littérature érotique française. La plume fine et pleine d’humour de l’auteure en a fait l’une des plus fameuses du genre.

Le bandeau (Jean-François Mopin, 2005) : le bandeau, c’est celui que porte cette jeune fille ordinaire chaque fois qu’elle rencontre son mystérieux amant. Une magnifique histoire d’initiation pleine de suspense, d’amour et d’un érotisme torride.

La preuve par le miel (Salwa Al Neimi, 2008) : ce très beau texte écrit par une auteure syrienne vivant à Paris nous fait revivre les grands textes érotiques de la littérature arabe, en mettant en question la sexualité en général et le plaisir féminin en particulier.

Perle (Anne Bert, 2011) : Perle, jeune femme née sous X, cherche son identité en s’abîmant dans la nature et le sexe. Un très beau roman, écrit dans une langue riche et imagée.

Histoire d’O (Pauline Réage, 1954) : grand classique de la littérature érotique et SM, ce roman est une fantaisie rédigée par une femme amoureuse pour son amant.

L’art de la fessée (Jean-Pierre Enard/Milo Manara, 1988) : on choisira pour le plaisir des yeux l’édition illustrée par Manara de cette histoire légère et agréable, celle d’un Casanova amateur de fessées qui tente de corrompre sa compagne de voyage au cours d’un trajet en train vers l’Italie.

Le lien (Vanessa Duriès, 1993) : récit autobiographique d’une jeune femme soumise, c’est un roman dur et poignant, sans concessions. Il est rapidement devenu un classique et une référence dans le domaine de la littérature SM.

Carnets d’une soumise de province (Caroline Lamarche, 2004) : le SM prend un visage humain, voire poétique, à travers les pérégrinations d’un couple dont les jeux doivent trouver à se loger dans les vicissitudes du quotidien…

Adore (Chloé Saffy, 2009) : sans se positionner dans la veine du roman érotique, ce livre pose un regard tendre et très actuel sur un jeune couple pour qui le SM n’est qu’une façon parmi d’autres d’exalter une passion dévorante.