Qui a besoin d’une détox?

Après la saison des Fêtes, on ressent le besoin de nettoyer son corps et, pourquoi pas, de perdre quelques kilos. Faut-il alors s’offrir une cure de détox ?
Photo: Anniston Star Associated Press Après la saison des Fêtes, on ressent le besoin de nettoyer son corps et, pourquoi pas, de perdre quelques kilos. Faut-il alors s’offrir une cure de détox ?

Plutôt que de cesser de fumer, faire de l’activité physique ou manger plus de fruits et de légumes, après les bombances des Fêtes, les gens bien intentionnés se tournent vers les produits et les cures de « détox », à la recherche d’un remède qui saura « désengorger leur foie » et « éliminer les toxines ». Des expressions qu’entend plusieurs fois par jour le pharmacien Olivier Bernard.

« Mais désengorger un foie, ce n’est pas vraiment quelque chose qu’on puisse faire », explique le professionnel de la santé. Et, pour ce qui est d’éliminer les « toxines » et les « déchets accumulés dans l’organisme », l’auteur du blogue d’humour Le Pharmachien, dans lequel il utilise ses connaissances pour vulgariser et différencier « le vrai du faux » en santé, se gratte la tête. Parce que les organes n’ont aucune difficulté à accomplir ce travail, et ce, même après 10 jours d’un régime de mousseux, de saucisses cocktails et de beignes de grand-maman. « Mais l’idée de la détox est tellement ancrée dans l’esprit des gens qu’on a de la difficulté à leur faire comprendre que ce concept n’existe pas », dit le pharmacien, qui se réjouit de voir ce nouveau courant de scepticisme nuancer cette pseudo-médecine.

La notion de détox « est à la fois très ancienne […] car elle renvoie à l’idée religieuse du carême et du manger maigre, [un concept qui] s’est métissé au fil du temps », expliquait la sémiologue Mariette Darrigrand au magazine Madame Figaro. Cette idée s’inscrit dans une époque où les consommateurs sont plus conscients des agents polluants présents dans l’environnement et méfiants envers les manipulations génétiques et les produits transformés qu’ils ingèrent.

Un remède à toutes les sauces

Aujourd’hui, plusieurs spas proposent des programmes de détoxication du corps. Les recettes de jus verts abondent dans le Web, thés, diètes liquides, gélules à base de plantes estampillés « détox » sont commercialisés, avec pour promesse de perdre 10 livres en quelques jours, de se « réénergiser », de couper les fringales, de remettre à neuf son métabolisme. Autant de produits et de modes de vie marqués au sceau de la « détox » foisonnent et apparaissent, aux yeux du consommateur, comme la solution aux troubles de digestion ou de sommeil, au manque d’énergie, aux ballonnements.

« La détox semble être la réponse à tous les maux, alors qu’en réalité, ce n’est pas le cas », admet David Côté, cofondateur et président de Crudessence, une entreprise québécoise d’alimentation vivante et sans cuisson.Sa réponse contraste avec la détox de 30 jours qu’annonce son site Web, un programme qui permet de « nettoyer votre corps grâce à l’alimentation thérapeutique ». Et il reconnaît d’emblée la contradiction. « On va changer le nom cette année, car le mot “ détox ” insinue que le corps est sale et qu’on doit le nettoyer. Notre corps n’est pas sale. Mais c’est logique de lui donner une pause de temps en temps », note-t-il.

Ces supposées « toxines » accumulées dans le corps sont davantage une hypothèse qu’un fait scientifiquement prouvé. La BBC a d’ailleurs fait le test de soumettre 10 bambocheuses à une retraite fermée de 10 jours. Pendant que la moitié pouvait continuer à lever le coude et à manger de la viande rouge, le reste du groupe devait s’astreindre à une diète stricte. Au terme de l’exercice, après un examen des reins et du foie et des prises de sang, l’étude a démontré qu’il n’y avait aucune différence notable entre les deux groupes.

« Le mot “ toxine ” existe, mais personne jusqu’à présent ne peut nous confirmer que notre corps est incapable d’éliminer les substances accumulées dans le corps », dit Olivier Bernard. Une intoxication, c’est un état critique qui menace la vie, c’est grave, mentionne le pharmacien en donnant comme exemple les intoxications aux métaux lourds tels le mercure et le plomb. « À moins de souffrir d’une grave maladie des reins ou du foie, on n’a pas besoin de détox. »

Les produits du commerce promouvant ces vertus détoxifiantes contiennent en général des laxatifs, des diurétiques et des plantes qui prétendent avoir des effets bénéfiques pour l’organisme. « Si on va plus souvent à la toilette, on élimine plus d’eau, donc, sur le coup, on se sent moins gonflé et on a l’impression d’avoir perdu du poids. Mais c’est un effet temporaire », souligne le Pharmachien.

L’équilibre, avant tout

Une détox, au fond, ça veut dire de sortir légèrement de sa zone de confort alimentaire, d’éliminer les excès pendant un bout de temps pour sentir la différence dans son corps, soutient le président de Crudessence. « Ce n’est pas juste de manger des jus verts ; c’est d’éliminer des choses graduellement pour voir ce qui se passe dans notre corps, de comprendre comment ça marche et de ne pas oublier qu’on mange aussi pour le plaisir. » Une devise que le fondateur à la proue de l’entreprise crudivore suit à la lettre : ce midi-là, il avoue avoir bu une bière et mangé des frites.

Derrière tous les symptômes dont lui parlent les gens dans les pharmacies où il travaille, Olivier Bernard estime qu’il se cache des maux qu’une détox d’un week-end ne peut panser. « C’est une solution simple à des problèmes beaucoup plus complexes. »

Reste qu’être à l’écoute de son corps, intégrer des aliments sains dans ses repas, être actif et trouver un équilibre sans tomber dans l’orthorexie (l’obsession d’une alimentation saine) est un engagement à long terme. Mais, de toutes les détox, il demeure l’investissement le plus payant. « On veut toujours une pilule magique, mais la vie, ça ne marche pas comme ça, et c’est le plus gros mal de notre société, dit David Côté. Au fond, c’est une détox de notre paresse dont on a besoin. »

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 12 janvier 2015 08 h 33

    10 km

    Un petit 10 km de ski de fond dégage le foie et élimine les toxines à coup sûr.

    • Yves Corbeil - Inscrit 12 janvier 2015 10 h 21

      Le meilleur remède est la marche en nature très, très loin des maudits centres d'achats et de la TV.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 12 janvier 2015 09 h 28

    Charlatanisme et ignorance

    Merci pour cet article qui met en relief une des nombreuses conséquences du manque d'éducation scientifique générale. Il est si facile d'abuser de la crédulité des gens pour leur faire avaler (littéralement) n'importe quoi, qui est censé être bon pour la santé. Combien de commerces et de pseudos experts se remplissent les poches avec des concepts tels la désintoxication du corps?

    Idem pour les suppléments alimentaires, produits naturels, probiotiques, etc. Aucune étude scientifique sérieuse n'a pu démontrer que ces substances ont un impact notable sur la santé. Pour être en bonne santé, bien manger et bouger fera l'affaire pour une majorité de citoyens.

  • Jean Richard - Abonné 12 janvier 2015 09 h 44

    Détox et carême ? Pas vraiment

    « La notion de détox « est à la fois très ancienne […] car elle renvoie à l’idée religieuse du carême et du manger maigre, [un concept qui] s’est métissé au fil du temps »

    La détox n'a rien à voir avec le Carême (qui précède la fête de Pâques) pas plus qu'avec l'Avent (qui précède la fête de Noël). Dès le départ, la détox est à l'autre bout de la fête. La détox suit la fête alors que l'Avent et le Carême prédèdent les fêtes (de Noël et de Pâques). Et il n'a jamais été question que ces deux périodes de l'année soient inspirées d'un besoin de nettoyer le corps, souillés par les excès des festivités. Elles avaient une signification tout autre.

    • Jerome Dubreuil - Inscrit 12 janvier 2015 16 h 49

      Petit bémol pour les probiotiques, des recherches ont prouvé que dans certains cas, ils pouvaient apporter un aide notable. La recherche avait été faite en milieu hospitalier et l'effet était réel face à des maladies comme le C. difficile.

      Pour le reste, je suis entièrement d'accord.