Au moins 20 % des cartes-cadeaux données sont inutilisées

La carte-cadeau fournit un revenu aux entreprises avant que la marchandise ou le service ne soient livrés.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La carte-cadeau fournit un revenu aux entreprises avant que la marchandise ou le service ne soient livrés.

Vous n’avez pas encore profité des cartes de l’an dernier que de nouvelles cartes-cadeaux glissées dans votre bas de Noël viennent de s’ajouter à votre trésor dématérialisé. Si la majorité des personnes admettent à mots couverts les préférer à un cadeau physique pour Noël, les cartes plastifiées finissent plus d’une fois sur cinq par s’empiler dans un tiroir ou au fond du portefeuille.

Précieusement conservée en attendant le « bon » moment pour la dépenser — comme on réserve sa belle vaisselle aux occasions spéciales — ou tout simplement oubliée dans un recoin discret, la carte-cadeau non utilisée est surtout un présent tombé du ciel pour les commerçants, ravis de vendre un bout de plastique — ou, mieux encore, une carte envoyée par courriel — à si gros prix.

La carte-cadeau traîne encore sa réputation de présent peu imaginatif, bien que la tendance change, avec la possibilité de personnaliser la carte avec des photos et des messages personnels. Quoique 30 % des gens avouent être gênés de demander une carte-cadeau (d’après un sondage de Cashstar, une plateforme de bons cadeaux en ligne) pour Noël, près de la moitié des Québécois avaient malgré tout l’intention d’en offrir une pendant les Fêtes. Ça tombe bien, car, selon un sondage réalisé en 2011 par l’entreprise américaine Blackhawk Network, le « leader mondial des programmes de cartes-cadeaux », 61 % des Québécois apprécient la liberté qu’offrent ces cartes, puisqu’elles permettent au receveur de s’offrir ce qu’il désire.

La carte-cadeau est une belle promesse d’évasion, si l’endroit a été choisi sur mesure pour l’être aimé qui profitera de son présent. Mais les chances sont grandes qu’un bon de massage offert à une personne qui a horreur de ce genre de petits soins pourrisse sur le babillard. Au contraire, un certificat d’une boutique de sport sera le plus beau cadeau reçu par celui qui passe ses week-ends sur les pistes de ski de fond.

Selon un récent sondage du National Retail Federation, la popularité de la carte-cadeau est irréfutable et, cette année, les consommateurs américains devaient dépenser autour de 47,87 $US par carte offerte.

Côté commercial, la carte-cadeau fournit un revenu aux entreprises avant que la marchandise ou le service ne soient livrés. Elle permet également de fidéliser le consommateur, ou du moins de s’assurer sa visite, puisque la marque de commerce traînera dans ses poches pendant quelques jours, semaines, mois… ou toujours. En 2011, l’Association canadienne des consommateurs évaluait à 40 % la non-utilisation des certificats ! D’après les chiffres de Kiind, une start-up créée en 2012 qui facture au client les cartes-cadeaux une fois qu’elles ont été échangées, le cofondateur, Leif Baradoy, estime que « 19 % des cartes offertes sont gaspillées, bien que plus le montant du cadeau est élevé, plus il a de chances d’être honoré ». Il a eu l’idée de la création de Kiind lors du déménagement de son frère, en trouvant dans une boîte toutes les cartes d’interurbain prépayées qu’il lui avait offertes et qu’il n’avait jamais utilisées.

Bien que monsieur et madame Tout-le-monde puissent recourir à ce fournisseur, Kiind s’adresse surtout aux entreprises qui offrent des cartes-cadeaux en grandes quantités. « Les individus qui offrent une carte de temps à autre endossent le risque que leur argent soit gaspillé », note l’entrepreneur.

Comment échanger ?

Tout comme un cadeau non désiré peut être retourné avec la facture, il existe sur le Web toute une économie de revente et d’échange de cartes-cadeaux. Des cartes de boutiques pour bébé, de magasins de disques, de vêtements et de spa sont proposées à rabais sur les sites de petites annonces tels Kijiji et Craigslist. Avant de conclure la transaction, les consommateurs qui rachètent ces aubaines devraient toutefois vérifier le solde de la carte, en se rendant directement dans la boutique avec le revendeur, ou s’assurer que le NIP derrière la carte est intact.

On peut toujours « recycler » la carte-cadeau en l’offrant à son prochain, en l’utilisant pour acheter un présent ou encore en la donnant à une oeuvre de charité.

De nombreux sites Internet proposent d’échanger son certificat contre de l’argent sonnant ou un autre bon cadeau, tels CardPool, Gift Card Granny et autres CardCash. Les cartes sont rarement remboursées dans leur totalité ; le site canadien CardSwap, par exemple, peut échanger en argent jusqu’à 92 % de la valeur nominale du cadeau dans une remise en bons-cadeaux échangeables pour des biens couramment utilisés, comme de l’essence ou une épicerie.

Depuis 2010, la Loi sur la protection du consommateur interdit aux entreprises d’inclure une date d’expiration dans leurs cartes-cadeaux et le consommateur peut en profiter tant et aussi longtemps que le commerce ne ferme pas ses portes. Reste que la meilleure manière de profiter pleinement de ce cadeau est de conserver bien en vue son certificat et de l’utiliser dès que l’occasion se présente. Car il n’y a jamais de meilleur moment que l’instant présent.

1 commentaire
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 décembre 2014 14 h 41

    Paresseux...

    C'est la partie la plus miraculeuse de l'échange de cadeau que de devoir trouver l'idée qui sera à la fois surprenante et qui fera plaisir à la personne.

    Le temps passé à chercher une bonne idée personnalisée fait partie du cadeau selon moi.

    Je trouve qu'acheter une carte-cadeau, c'est se débarrasser et la popularité de celles-ci ne fait que montrer la paresse des gens et à quel point Noël est devenu une fête commerciale et non plus familiale.

    Avec les achats en ligne on peut trouver tout ce qu'on veut sans sortir de chez soi, il suffit de pousser un peu l'imagination et mettre l'effort pour ceux qu'´on aime. Tant qu'a faire autant les paresseux pourquoi ne pas s'entendre sur
    un montant et échanger des chèques et on puisera l'esprit des fêtes en écoutant Joël Legendre au lieu.

    J'aime les beaux cadeaux uniques et bien-pensés, visés et achevés, et tant qu'a me forcer à me procurer quelque chose dont je n'ai pas besoin, donnez moi donc une pomme et une orange, au moins je n'aurai pas par la suite à encourager la société de consommation et au moins je serai surprise. Ça coûte pas cher faire plaisir à quelqu'un, juste d'avoir pensé à un cadeau original pour la personne fait acte d'attention envers l'etre aimé, c'est l'aspect le plus intéressant des présents qui nous sont faits c'est dommage que ça se perdent. Les gens sont rendus tellement trop pressés.