Le Salon des métiers d’art

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Photo: Marjorie Labrèque-Lepage

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La 59e édition du Salon des métiers d’art de Montréal se tiendra du 5 au 21 décembre 2014 à la Place Bonaventure, et ce, pour la 44e année consécutive. L’événement, dont l’entrée est libre, attire, bon an mal an, environ 120 000 visiteurs et réunira cette année 352 exposants, dont 71 qui y sont présents pour la première fois.

« Certaines personnes ont l’impression que ça ne change jamais au Salon des métiers d’arts de Montréal et qu’on y retrouve année après année les mêmes produits artisanaux, mais c’est faux, explique Martin Thivierge, directeur général du Conseil des métiers d’art du Québec. Il y a d’abord la présence chaque année de la relève, ce qui explique qu’il y a toujours de nouveaux exposants. De plus, les artisans doivent régulièrement revoir leur gamme de produits pour demeurer concurrentiels, ce qui fait que même ceux qui reviennent ont de nouveaux produits à offrir. »

Bien que la popularité du Salon des métiers d’art de Montréal ne se démente pas — sa longévité en est la preuve — Martin Thivierge estime qu’encore trop de personnes méconnaissent le métier d’artisan. « C’est un travail plus complexe qu’on le croit. D’abord, sa démarche s’apparente à celle du designer, dans le sens où l’artisan doit concevoir l’objet. Mais, contrairement à un designer, il est aussi responsable de la fabrication de l’objet, qui est fait à la main. De plus, il est aussi souvent son propre diffuseur, soit par le biais de salons, soit en vendant directement de son atelier. » On estime qu’il y a environ 3000 artisans au Québec, dont 1000 sont membres du Conseil des métiers d’art du Québec. « Le chiffre d’affaires de l’ensemble des artisans québécois avoisine les 300 millions de dollars par année. »

Du nouveau au Salon

La plus importante nouveauté cette année se trouve du côté de l’emplacement des kiosques. « Auparavant, l’attribution de l’emplacement des stands se faisait par tirage au sort. Nous avons mis fin à cette pratique et, cette année, c’est l’équipe du Salon qui a décidé des emplacements. Cela nous a permis de créer six zones thématiques autour desquelles sont regroupés les artisans. » Ces zones thématiques sont les suivantes : métiers d’art décoratif, métiers d’art mode, métiers d’art de la table, métiers d’art design et métiers d’art à offrir. La sixième zone, nommée Pavillon des saveurs, est entièrement consacrée aux producteurs artisanaux de denrées alimentaires du terroir. « Le Pavillon architecture et bâtiment, où on trouve les métiers artisanaux reliés au bâtiment, comme le couvreur ou le plâtrier, revient pour la deuxième année. »

Ce nouvel aménagement a le mérite de permettre au visiteur qui dispose de peu de temps de se diriger directement vers les métiers d’art qui l’intéressent. Rien n’interdit par contre d’y flâner, d’autant plus que de nombreuses activités, la plupart étant des démonstrations de techniques artisanales, sont prévues à l’horaire de la Place de l’animation. Diverses expositions sont aussi au rendez-vous. « Nous avons, pour la première fois, un pavillon dédié aux arts visuels. »

De nouvelles tendances

Le développement durable et les préoccupations écologiques ont fait leur entrée dans le domaine des métiers d’art. « C’est une tendance qui remonte à quelques années et qui semble se développer. Les artisans cherchent de plus en plus à fabriquer leurs objets à partir de produits écoresponsables. Ils s’éloignent aussi des produits toxiques, comme l’époxy. De plus, certains artisans travaillent avec des matériaux provenant de la récupération et du recyclage. »

Une autre tendance qui se développe est celle des métiers d’art qu’on pourrait qualifier, faute de mieux, de métiers d’art de création. « La conception la plus répandue d’un métier d’art, c’est que le métier d’art sert à créer et produire des pièces utilitaires. Et c’est vrai pour la grande majorité des artisans. Par contre, il y a un certain nombre d’artisans, dont plusieurs sont jeunes et proviennent de la relève, qui utilisent les techniques associées aux métiers d’art pour créer et fabriquer des objets dont le but n’est pas utilitaire. C’est ce que nous appelons des pièces de recherche, et nous sommes ici davantage dans une démarche de création artistique. Certains artisans aujourd’hui ne font que des pièces de recherche, tandis que d’autres font les deux. C’est une tendance qui prend de l’ampleur et nous avons aménagé au Salon quatre pavillons où seront exposées des pièces de recherche. »

L’arrivée du numérique

Le numérique est aujourd’hui présent dans le domaine des métiers d’art. « De plus en plus d’artisans font appel à des logiciels de design pour concevoir leurs objets. Ils vont même jusqu’à réaliser des prototypes numériques. Mais, comme ces logiciels sont conçus pour une utilisation industrielle, les artisans doivent les maîtriser et les adapter à leurs besoins spécifiques. »

De plus, la fabrication des objets se numérise aussi. « Il existe certains équipements qui peuvent être automatisés, je pense notamment à une tour à bois numérique ou à un métier à tisser programmable. Par contre, il faut dire que, malgré ces équipements automatisés, l’artisan garde le contrôle de la fabrication de l’objet. Sans compter que les artisans ont toujours travaillé avec des outils. »

Et que dire maintenant de l’imprimante 3D, capable d’imprimer un objet en utilisant des matériaux comme le plastique ou la céramique ? « L’imprimante 3D nous pose un sérieux questionnement. Est-ce qu’on irait trop loin en l’utilisant et est-ce que cela ne viendrait pas dénaturer le métier d’art ? Le milieu des métiers d’art est en pleine réflexion au sujet de l’imprimante 3D. »