Le temps des Fêtes, sur les planches

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Pierre-François Legendre et Émilie Bibeau jouent dans la pièce Les chroniques de Saint-Léonard au Théâtre Jean-Duceppe.
Photo: François Brunelle Pierre-François Legendre et Émilie Bibeau jouent dans la pièce Les chroniques de Saint-Léonard au Théâtre Jean-Duceppe.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Centre du Théâtre d'Aujourd'hui

En cette période des Fêtes, le Théâtre d’Aujourd’hui choisit de rendre hommage aux mots. Les 10 et 11 décembre d’abord, alors qu’Olivier Choinière et 25 autres auteurs monteront sur les planches pour réhabiliter les mots qu’ils ont choisi de sauver de la vacuité. Parce que la langue, les mots, leurs sens ont le pouvoir de lier une communauté autour d’images, de référents, de débats. Mais parce qu’ils ont aussi le dos large. Parce qu’on les récupère, les mate, les asservit au profit d’un inconsistant verbiage ambiant, d’un dérapage sémantique politique, d’une enflure langagière médiatique. Vingt-six auteurs. Vingt-six lettres, vingt-six adresses publiques.

Les mots toujours en janvier, avec cette fois Wajdi Mouawad à la création. Avec la pièce Soeurs, l’auteur poursuit son Cycle domestique démarré avec Seuls, qui sera suivi de Frères, puis de Père et Mère. Plusieurs points de vue pour témoigner de la diversité des vécus des membres de la famille. Au coeur de ce nouveau volet, la langue maternelle et l’identité profonde qu’elle offre à chacun, la blessure et l’humiliation de ne pas pouvoir librement la parler. Sur fond de rencontre dans une chambre d’hôtel, entre une jeune femme et une agente d’assurance.


Théâtre Jean-Duceppe
 

Au Duceppe, on passe les Fêtes en Italie avec des personnages fougueux et attachants. La pièce Les chroniques de Saint-Léonard, mise en scène par Steve Galluccio, convie le public à un repas à l’italienne au cours duquel une grande nouvelle doit être dévoilée. Un vin maison de qualité douteuse jumelé à une grand-maman libre de toute inhibition feront de cette tablée un terrain de jeu tout indiqué pour délier les langues, régler des comptes, dévoiler des secrets et se lancer sans ambages dans de solides démonstrations d’amour, malgré tout. À compter du 17 décembre et jusqu’en février, le Théâtre Jean-Duceppe vous entraîne dans une comédie touchante propre à rallier toutes les générations.


Théâtre du Rideau Vert
 

Déjà 10 ans que le Théâtre du Rideau Vert profite du temps des Fêtes pour revenir avec un humour incisif et débridé sur l’année écoulée. Avec 2014, revue et corrigée, à l’affiche depuis le 25 novembre et présentée jusqu’au 4 décembre, nul ne doute que les politiciens et autres vedettes qui ont défrayé la manchette toute l’année vont en prendre pour leur grade ! À la mise en scène, Alain Zouvi, aux textes, toujours la même équipe de comédiens composée de Jean-Philippe Durand, Isabelle Laperrière, Simon Leblond, Nadine Massie, Pascal Roberge et Guillaume Saint-Onge. Cette année encore, les numéros, sketchs, vidéos, chansons et imitations vont s’enchaîner avec vitesse et précision pour livrer près de deux heures d’un véritable marathon humoristique.


La Licorne
 

À La Licorne, ce ne sont pas 10 ans, mais bien les 20 ans des Contes urbains qu’on célèbre. Une formule considérablement renouvelée depuis l’an dernier, avec l’arrivée de nouveaux auteurs plus jeunes, qui poursuivent la tradition de raconter des histoires glauques et sales, vécues par les laissés-pour-compte du temps des Fêtes à Montréal, tout en y ajoutant une touche d’humour. Et, pour souligner ce vingtième anniversaire, l’édition 2014 donnera la parole aux femmes. Paroles de femmes, histoires de femmes.

La Licorne rouvre ses portes ensuite le 13 janvier pour une pièce destinée à nous questionner sur notre identité. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Ces trois questions à la fois simples et complexes, mais assurément universelles, sont explorées dans cette pièce réunissant divers tableaux qui prennent la forme de réflexions, de témoignages, de poèmes, de chants, de choeurs ou de monologues. Du big-bang à l’existence de Dieu, du génome à la sélection naturelle, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, Le dénominateur commun tente de percer ce mystère auquel nous participons tous : la vie.

 
Espace libre
 

Fidèle à sa volonté de faire réfléchir le public sur les tendances qui traversent la société, Espace libre propose, à partir de jeudi et jusqu’au 20 décembre, Tranche-cul, une pièce censée nous questionner sur l’utilisation parfois sauvage des réseaux sociaux. En insultant une placière, un spectateur désagréable lance un bal de combats verbaux auquel 15 autres spectateurs se livreront un à un depuis leur siège, parmi l’assistance. Les petites lâchetés volontaires de leurs discours libéreront alors de la haine et exacerberont la violence ambiante. Très communes dans les réseaux sociaux, ces invectives semblent souvent sans conséquence. Elles deviennent cependant mille fois plus sauvages une fois lancées haut et fort à une victime sans défense devant un public tantôt témoin impuissant, tantôt complice. Une pièce qui met en lumière toute la cruauté sauvage que chaque humain tente d’étouffer… ou qu’il se plaît à laisser exploser au grand jour.

 
Espace Go
 

L’Espace Go, quant à lui, fait relâche jusqu’au 20 janvier… mais c’est pour mieux revenir avec la pièce-culte de Tennessee Williams, Un tramway nommé Désir, dans une adaptation et une mise en scène de Serge Denoncourt, avec la comédienne Céline Bonnier dans le rôle de l’énigmatique Blanche DuBois. Après l en 2012, ces deux-là avaient scellé un pacte : travailler à nouveau ensemble sur le thème du désir. Raison pour laquelle cette version de la célèbre pièce choisit d’explorer les rapports charnels entre les personnages principaux, avec un regard dépouillé de la censure de l’époque. Une pièce déconseillée aux moins de 16 ans.


Théâtre du Nouveau Monde


Plusieurs générations d’écoliers ont découvert toute l’horreur du génocide juif durant la Deuxième Guerre mondiale via le Journal d’Anne Frank, du nom de cette jeune fille qui, cachée avec sa famille dans un appartement secret d’Amsterdam en 1942, a écrit son quotidien avant d’être dénoncée et de partir pour les camps de concentration. Cette histoire, la directrice artistique du TNM, Lorraine Pintal, a décidé de la mettre en scène sur un texte d’Éric-Emmanuel Schmitt. La pièce commence après la guerre, lorsque le père d’Anne, seul survivant de la famille, se voit remettre le journal intime de sa fille ; bouleversé par sa lecture, il revit, à travers les yeux d’Anne, ses années de clandestinité. Une oeuvre poignante formidablement servie par une distribution prestigieuse, dont la jeune Mylène Saint-Sauveur dans le rôle-titre, qui fait là ses premières armes sur les planches.

 
Usine C
 

Désir encore à l’Usine C, qui présente, début décembre, Phèdre, la très classique tragédie de Racine, l’histoire de la passion dévorante que voue Phèdre, l’épouse du roi Thésée, à son beau-fils Hippolyte. Un trio qui transpire le désir, la culpabilité et la colère, dans un huis clos crépusculaire. Mise en scène par Jérémie Niel, de la compagnie Pétrus, cette adaptation parle aussi d’aujourd’hui, de notre monde soi-disant laïque, de nos vaines quêtes du sacré et de la morale, qui pèsent toujours autant.

 
Le Grand théâtre du Québec
 

Au Grand Théâtre de Québec, on prolonge les réjouissances des réveillons avec la présentation, à partir du 13 janvier, de Dans la république du bonheur. Encore un souper de Noël, encore une famille aux allures unies… jusqu’à l’arrivée inattendue de l’oncle Bob. Quel bonheur ! Quelle joie ! Qu’on ajoute une place autour de la table ! Mais Bob ne restera pas. Sa femme, Madeleine, l’attend dans la voiture. Madeleine l’a chargé de répandre sa haine et son dégoût de sa propre famille avant de partir pour vivre leur bonheur ailleurs. Une pièce au travers de laquelle le metteur en scène Christian Lapointe aborde le thème de la liberté individuelle à l’intérieur de la collectivité. Ou la difficulté très contemporaine de parvenir à trouver le bonheur dans les petites choses du quotidien.


Théâtre Denise-Pelletier


Pour nous mener agréablement vers les réjouissances du temps des Fêtes, le Théâtre Denise-Pelletier invite les Montréalais à regarder 80 ans en arrière, au temps de la Grande Dépression dans le quartier Saint-Henri. Noël 1933 aborde des thèmes aussi sombres que la pauvreté, la méfiance et le racisme, avec pour trame de fond la crise des années 1930. L’intégration simultanée de l’histoire aux harmonies vocales issues de 14 chants a cappella lui confère un caractère unique et, au final, la pièce demeure avant tout un lumineux portrait de la famille et de l’époque.

En janvier, le théâtre revient avec Mademoiselle Molière, une pièce sur les relations entre l’auteur du Malade imaginaire et sa femme, Armande Béjart. Tantôt drôle, tantôt dramatique, mais toujours débordante d’affection pour ses protagonistes, l’oeuvre situe la scène au moment de la mort de la veuve de Molière. Dans ses moments de lucidité, elle se remémore et revit les différentes étapes de sa vie à travers l’oeuvre de son époux : leur rencontre, son ascension comme comédienne sous le nom de Mademoiselle Molière, son mariage à 20 ans avec le grand dramaturge qui en a 40, ses moments les plus heureux comme les plus sombres et les plus répréhensibles de son parcours.

 
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Pour Noël, offrez la culture en cadeau!

Développement durable par ci, responsabilité par là... En ces temps o/ il est de bon ton de condamner la surconsommation, quoi de plus écologique que d'offrir de la culture en cadeau? Ça tombie bien, la plupart des établissements proposent des chèques-cadeaux, abonnement sou autres forfaits à déposer sous le sapin.
 

Le chèque-cadeau de la grande saison revient cette année en édition limitée dans les librairies Archambault participantes. Offert à 149 dollars et valide tout au long de l’année, il représente une économie de 50 % environ sur le prix d’entrée de six établissements culturels de Montréal, à savoir le centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Danse Danse, la Tohu, le Musée des beaux-arts, l’Orchestre métropolitain et l’Opéra. Il suffit ensuite d’échanger les coupons contre une sortie au spectacle ou au musée.

Plusieurs salles de spectacles proposent des chèques-cadeaux, en vente dans leur billetterie et échangeables contre un ou plusieurs spectacles de la saison. Ces formules sont assez souples et donnent parfois la possibilité à ceux qui les achètent de choisir le spectacle ou laissent cette liberté à ceux qui les recevront.

 

Le chèque-cadeau est offert notamment aux théâtres Jean-Duceppe, du Rideau Vert, Denise-Pelletier, d’Aujourd’hui, du Nouveau Monde, Prospero, La Licorne, à Danse Danse, à l’Espace Go et au Grand Théâtre de Québec.

Autre idée de cadeau : un forfait donnant droit à quelques-uns des spectacles de la fin de saison. Il s’agit généralement de deux, trois ou quatre pièces, offertes avec un rabais.

Offert notamment aux théâtres Jean-Duceppe, du Rideau Vert et Prospero et à l’Espace Go.

Il est trop tôt pour les placer sous le sapin, mais le Théâtre du Rideau Vert offre six billets pour 2014, revue et corrigée au prix de 294 dollars, soit un rabais de plus de 50 dollars.

Espace Libre, quant à lui, a tout spécialement concocté des sacs-cadeaux de Noël. Plusieurs passeports vont de 64 à 110 dollars, selon qu’on opte pour deux, trois ou quatre spectacles, et incluent une carte de souhaits créée pour l’occasion, le texte de la pièce Faire l’amour et le premier numéro de la collection Pièces, gracieusement offert par Atelier 10, le collectif qui produit également le magazine Nouveau Projet.

L’Usine C, pour sa part, propose le forfait Liberté à 80 dollars pour quatre places, à déguster en solo, en duo ou entre amis.

L’établissement de théâtre jeune public La Maison Théâtre renouvelle l’expérience, faite l’an dernier, d’offrir une carte-cadeau de 15 dollars dans les librairies Renaud-Bray pour tout achat de billets, depuis le 22 novembre et pour tout le temps des Fêtes.