Airbnb accusé de réduire l’offre de logements

Dans les quartiers déjà très touristiques comme le Vieux-Québec, on craint carrément pour la vie de quartier.
Photo: Richard Taylor CC Dans les quartiers déjà très touristiques comme le Vieux-Québec, on craint carrément pour la vie de quartier.

Les nouvelles formes de tourisme à la sauce Airbnb contribuent à la spéculation et à la rareté des logements abordables, plaident des groupes de défense des locataires.

 

« Les logements qui sont loués de cette façon-là, c’est des logements en moins pour les locataires », avance Catherine Tragnée, coordonnatrice du Regroupement des comités logement et association de locataires du Québec (RCLALQ).

 

Même si la crise du logement est derrière nous, le taux d’inoccupation demeure bas et les appartements abordables sont rares, ajoute-t-elle. D’un autre côté, pour les propriétaires, la location touristique est clairement avantageuse. « C’est sûr que quand on loue une chambre à la semaine, on peut rapidement faire un profit plus élevé qu’avec le loyer mensuel d’un bail stable avec un locataire. »

 

L’organisme n’a pas de données sur l’ampleur du phénomène et son augmentation. Toutefois, Mme Tragnée a constaté que la vague Airbnb touche un territoire de plus en plus grand à Montréal. « Ça dépasse les quartiers centraux comme Ville-Marie ou le Plateau, dit-elle en donnant l’exemple de Villeray. Ça me laisse croire que le phénomène grandit. »

 

Cette semaine, le coordonnateur de l’un des groupes membre du Réseau dénonçait dans Le Devoir la multiplication de ces locations virtuelles dans l’arrondissement de Ville-Marie. « Que certains résidants décident d’utiliser cet expédient afin de “ joindre les deux bouts ” ne change rien au fait que, dans l’ensemble, l’industrie des [gîtes touristiques] exerce une pression à la hausse sur le coût du logement et contribue, à terme, à chasser de leur quartier les résidants “ ordinaires ” qui désirent y demeurer », écrivait Éric Michaud.

 

C’est pourquoi il demande que cet aspect de la question soit aussi traité au sein du comité consultatif constitué par le ministère du Tourisme en janvier pour mieux cerner le secteur de l’hôtellerie illégale. Actuellement, le comité est surtout composé de représentants du secteur de l’hôtellerie. M. Michaud suggère qu’on y ajoute des représentants du ministère des Affaires municipales, de grandes villes comme Montréal et Québec ainsi que des associations de locataires.

 

Vérification faite, le ministère des Affaires municipales y siège déjà. Pour le reste, le ministère du Tourisme « pourrait consulter, le cas échéant, certaines villes ou d’autres associations de locataires ou de résidants », a répondu un porte-parole de Tourisme Québec.

 

Au-delà de la rareté de l’offre, M. Michaud et Mme Tragnée plaident que ces nouvelles formes d’hébergement posent toutes sortes de problèmes de voisinage. « Lorsqu’on est locataire, on n’a pas le même rythme de vie qu’une personne qui est en voyage », dit Mme Tragnée en évoquant des cas de touristes faisant la fête un peu trop tard sur des balcons communs.

  

De Québec à San Francisco

 

Dans les quartiers déjà très touristiques comme le Vieux-Québec, on craint carrément pour la vie de quartier. « La société de Venise a été réduite comme peau de chagrin notamment par la spéculation et le remplacement des résidants par des gens de passage », écrivait récemment l’ex-président du comité de citoyens Louis Germain dans un blogue. La plupart du temps, écrit-il, « l’hébergeur ne cohabite pas avec le voyageur. Les hôtes ne se rencontrent pas. Ou s’ils se rencontrent, c’est pour bonjour-bonjour et voici mon cash ».

 

Dans le Vieux-Québec, le problème n’est pas nouveau et préoccupait bien avant qu’Airbnb ne fasse son apparition. Pour M. Germain, Airbnb et les autres sites Web du genre sont de très efficaces « engrais à spéculation »,mais ils ne constituent qu’une partie du problème. Dès lors, même si on forçait les utilisateurs à payer une taxe comme dans les gîtes de type « couette et café », il faudrait limiter leur nombre pour ne pas créer de déséquilibres comme dans le Vieux-Québec.

 

Au RCLALQ, on réclame carrément l’interdiction de convertir des immeubles à logements en résidences touristiques, qu’elles soient légales ou pas. Car dans un cas comme dans l’autre, « on prend un logement du marché puis on l’enlève », dit Mme Tragnée.

 

Le soi-disant impact d’Airbnb sur le marché locatif inquiète un peu partout. Aux États-Unis, la question a fait la manchette au début de l’été à la suite d’une enquête menée à San Francisco.

 

« Dans une ville où le manque d’appartements est un problème chronique, le nombre d’hébergements Airbnb qui semble ne pas être disponible sur le marché locatif est significatif », écrivait une analyste qui s’était penchée là-dessus pour le San Francisco Chronicle.

 

Les résultats montraient que les deux tiers des quelque 5000 lieux offerts dans cette ville sur le site Airbnb étaient des appartements ou des maisons en entier. Un portrait contredisant l’image d’Airbnb comme un service de location de chambres permettant d’interagir avec ses invités, notait-on.

 

Interrogé à ce propos par Le Devoir, l’un des ardents défenseurs d’Airbnb San Francisco, Peter K, a répondu que ces deux tiers n’étaient pas nécessairement loués tout le temps et que beaucoup de gens les offraient aux voyageurs pendant leurs propres vacances. Il ajoute qu’à San Francisco, la majorité des hôtes utilisateurs d’Airbnb (86 %) n’annoncent qu’un seul lieu, ce qui démontre, selon lui, que les gens louent leur propre résidence pour de courtes périodes.

8 commentaires
  • Richard Laroche - Inscrit 24 juillet 2014 09 h 06

    Logement abordable ou tourisme abordable

    C'est justement une opportunité comme Airbnb qui peut aider des familles défavorisées à supporter le prix de logement qu'ils ne pourraient pas normalement se payer. Si vous voyagez un peu hors des sentiers battus, vous constaterez que l'hébergement à domicile aide réellement les communautés et les familles. De ma propre expérience, les gens sont toujours accueillants et le contact culturel d'habiter quelques jours avec des gens de la place apporte une dimension réellement immersive au voyage.

    En parallèle à cela, il faut aussi considérer que beaucoup de touristes ne choisiraient pas les mêmes destinations si une offre d'hébergement abordable n'était pas disponible.

    Le RCLALQ voudrait des logements abordables dans les quartiers luxueux pour les familles démunies, mais ne pense pas que ces mêmes familles voudraient peut-être aussi pouvoir voyager à faible coût. Cette position réactionnaire et absurde démontre leur méconnaissance de la réalité avec Airbnb.

    • Daniel Bérubé - Abonné 24 juillet 2014 11 h 07

      J'ai un peu de difficulté avec l'idée de faire voyager partout dans le monde les familles démunies, sinon, entendons-nous sur ce que l'on entend par "démunies"... un peu comme l'autre jour, dans Le Devoir, une personne mentionnait la quantité de BS qui passe l'hiver dans le sud et y recoivent leurs chèques...

    • Richard Laroche - Inscrit 24 juillet 2014 13 h 25

      C'est vrai que j'ai étiré pas mal le terme "démuni".

      Reste que beaucoup de familles préfèrent se payer un logis dans un quartier plus pauvre afin de pouvoir économiser pour d'autre chose, comme des voyages.

  • Réjean Tremblay - Abonné 24 juillet 2014 09 h 26

    n'importe quoi !

    Que dire des locataires qui offrent leur logement sur Airbnb sans que le propriétaire n'y puisse rien.

    • Daniel Bérubé - Abonné 24 juillet 2014 11 h 08

      Sans doute... tout dépend des règlements en place et en vigeur dans le pays, l'état ou la province visé.

  • Michèle Dorais - Abonnée 24 juillet 2014 09 h 39

    bientôt prisonniers de nous-mêmes

    Il faudrait peut-être aussi interdire les animaux de compagnie, les cordes à linge, les décorations de noël, les enfants, la visite, le bruit, les manifestations, les étudiants, mais surtout nos voisins et la circulation dans les rues. Nous aurions la grande paix.

  • Alexie Doucet - Inscrit 24 juillet 2014 09 h 55

    Logements abordables

    En ce qui concerne la hausse du cout des logements, il faudrait cesser de taper sur la tête des propriétaires: le Québec s'accorde des hausses de 5 à 10% (Hydro-Québec, etc.) tandis qu'il accorde aux proprios des hausses de moins de 1%; les taxes scolaires et municipales augmentent de façon alarmante (hausses de 1000$ pour un 4plex à Verdun depuis 2010), puis les assurances, la main d'oeuvre et le cout des rénovations dans la même proportion. La Régie du Logement protège surtout les locataires et quand ces derniers partent sans payer ou en laissant des dommages, on n'y peut vraiment pas grand-chose. Et les augmentations qu'elle accorde pour les rénovations s'étalent sur 20 ans et ne tiennent pas compte des intérêts bancaires.

    Si les propriétaires se retournent vers d'autres marchés plus payants, c'est peut-être pour arriver à joindre les deux bouts ou pour éviter d'être forcés de vendre. S'il faut maintenir des logements abordables, il faudrait que le salaire minimum et l'aide sociale suivent le cout de la vie, que la ville prévoie davantage de logements sociaux et que la RdL soit plus impartiale dans ses règlements.

  • André Simard - Inscrit 24 juillet 2014 10 h 08

    Les hôtels et les restaurants sont hors de prix au Québec durant la saison touristique, comparer à d'autres villes de même grosseur dans le monde. C'est pour cela que les gens font affaires avec AirBNB.
    J'utilise ce système partout dans le monde et j'y reste deux fois plus longtemps pour le même prix. Donc, je laisse autant d'argent dans l'économie locale.
    Monsieur Germain voudrait habiter le vieux Québec seul ou avec sa gang de pelleteux de nuage. S.V.P. laisser le monde respirer.