Suivre son chien pas à pas, sans être là

Émilie Rivard, promeneuse de chiens, et sa bande. Sa compagnie, Chien Sourire, a adopté Runmeter, une application mobile permettant d’enregistrer l’activité physique que font les chiens qu’on lui confie.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Émilie Rivard, promeneuse de chiens, et sa bande. Sa compagnie, Chien Sourire, a adopté Runmeter, une application mobile permettant d’enregistrer l’activité physique que font les chiens qu’on lui confie.
La technologie s’est immiscée dans le travail du promeneur de chiens, au bonheur du maître, qui peut s’assurer ainsi que le marcheur accomplit bien sa tâche et qu’il n’est pas plutôt en train de profiter de votre télé câblée.​
 

Deux ou trois fois par jour, Émilie Rivard stationne la Dodge Grand Caravan de sa compagnie Chien Sourire et sort une dizaine de canins qu’elle attache à sa taille. Avant d’amorcer la balade dans les rues de Saint- Lambert avec son groupe, elle active Runmeter. L’application mobile, conçue pour monitorer l’activité physique d’un être humain, s’adapte tout aussi bien aux chiens et lui permet de minuter la promenade et d’enregistrer les moindres détails du parcours grâce au GPS.

 

Contrairement aux autres compagnies de promeneurs de chiens au Canada anglais et aux États-Unis qui font usage de technologies, les données que cumule Chien Sourire ne sont pas systématiquement envoyées au client. La jeune femme refile les informations à ceux qui en font la demande. Cette option n’est qu’un outil de plus permettant au client de veiller sur son compagnon poilu.

 

Si le concept semble un peu extrême, il est tout à fait sensé, estime la fondatrice de Chien Sourire. « Après tout, j’entre chez eux, j’ai leurs clés, les codes du système d’alarme, reconnaît Émilie Rivard, qui marche entre 45 minutes et une heure deux ou trois fois par jour avec sa communauté à quatre pattes. Il m’est arrivé une fois qu’une dame doute que je sois bien allée promener ses chiens. C’était une journée pluvieuse et les chiens portaient leurs manteaux, que j’ai essuyés en entrant dans la maison, alors les vêtements étaient secs à son retour. Elle se demandait si on était bien sortis, alors je lui ai envoyé la preuve en lui transmettant les informations de Runmeter. Cette application me permet de me protéger et de rassurer le client. »

 

Certaines technologies développées au cours des dernières années pour les promeneurs de chiens vont encore plus loin et permettent même au maître de suivre les péripéties de son animal de compagnie pendant qu’il est au boulot. Le maître reçoit une note quand le promeneur arrive à la maison, une « alerte caca » quand pitou fait ses besoins, comme le permet le système développé par la branchée compagnie de promeneurs de chiens new-yorkaise Swifto. L’américaine Pet Check Technology, par exemple, associe un code QR à chaque animal, ce qui permet aux compagnies de soins aux animaux de gérer la petite communauté de leur entreprise. La base de clients de Pet Check est surtout américaine et l’application, pas encore utilisée au Québec, est actuellement en phase de développement au Canada, mentionne dans un échange de courriels Doug Simon, le fondateur de Pet Check Technology.

 

Fido à la vidéo

 

Ryan, un jeune professionnel sans enfant vivant à Vancouver, adore savoir ce que fait son golden croisé caniche quand il s’aventure dans les bois avec Wagging Trails. Même si la seule tâche de promener les chiens est déjà exigeante, l’entreprise de l’Ouest canadien prend tout de même le temps de tourner une longue vidéo de la promenade et de prendre des photos qu’elle partage sur son site. À l’image des éducateurs en garderie, le promeneur laisse même une note au maître pour lui raconter ce que son animal a fait lors de sa sortie et avec quels chiens il fraternise !

 

Qu’est-ce que Ryan apprend ainsi sur son meilleur ami ? « Qu’il est un peu plate, en fait ! Il n’est pas très leader et suit le groupe tranquillement à l’arrière, raconte l’homme rencontré dans un train vers Vancouver. Mais j’aime beaucoup voir les statistiques de sa progression, ça me fait réaliser que mon chien est plus actif que je ne le croyais. »

 

Sur la quinzaine de kilomètres qu’elle parcourt chaque jour avec sa meute depuis quatre ans, Émilie Rivard essaie elle aussi de monter des vidéos des promenades — avec l’application de montage Magisto — qu’elles publient ensuite sur la page Facebook de Chien Sourire. À défaut de laisser une note personnalisée après chaque promenade au client, la vidéo et les photos sont une autre forme de communication pour garder le lien. « Sinon, je fonctionne selon le principe “pas de nouvelles, bonnes nouvelles !”,dit celle qui utilise également l’application PinDrop pour tracer son itinéraire de cueillette des chiens. La vidéo est une valeur ajoutée au service et les clients adorent ça ! »

 

Si la technologie s’immisce tranquillement dans le travail des compagnies offrant des services de soins aux animaux, le nombre de clients ayant recours aux services de promeneurs est de plus en plus nombreux, constate la propriétaire de Chien Sourire, dont la communauté compte une trentaine de quadrupèdes dans la banlieue sud de Montréal.

 

Les clients qui font affaire avec les marcheurs sont variés : certains ont une blessure ou un handicap qui les empêche momentanément de promener leur compagnon canin, d’autres sont en voyage. Certains chiens ont plus d’énergie et ont besoin de sortir plus souvent dans la journée, et les propriétaires n’ont pas toujours le temps de promener leur chien aussi souvent qu’ils le voudraient. « Je dis toujours que mon travail est un surplus dans les besoins quotidiens du chien. Les gens doivent tout de même continuer à le promener le soir et à s’en occuper », précise la professionnelle.

 

Technologie ou pas, voilà un engagement qui ne change pas.