La musique a bien meilleur goût

La musique est « la bande sonore du film du restaurant », explique Alexandre Auche, programmateur de l’ambiance sonore et gérant au FoodLab.
Photo: Sébastien Roy Société des arts technologiques La musique est « la bande sonore du film du restaurant », explique Alexandre Auche, programmateur de l’ambiance sonore et gérant au FoodLab.

Quand Victor Charlebois a ouvert la première succursale de L’Assommoir il y a dix ans, le propriétaire du restaurant-bar montréalais avait trois critères en tête. Servir des plats qui se partagent, avoir une liste de cocktails ambitieuse et créer une atmosphère vibrante grâce à la musique.

 

« Il y a dix ans, il n’y avait pas autant de DJ dans les restos qu’aujourd’hui, mais on a commencé avec cette direction musicale dès le départ, remarque le restaurateur. Ces artistes observent la clientèle du soir et s’adaptent à l’ambiance et à l’atmosphère. C’est grâce aux DJ et à leur musique si les clients restent en moyenne deux heures trente dans notre établissement. »

 

Plus qu’un simple fond sonore que les commerçants ajoutent de façon désintéressée pour créer une atmosphère, dans les restaurants la musique est étudiée et choisie pour attirer une clientèle précise. Elle fait partie de l’ADN des lieux. Selon la récente étude de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) sur la musique et les affaires, 81 % des propriétaires de restaurant croient que la musique est très importante dans l’expérience globale du client.

 

« C’est une partie intégrale de la réflexion quand on veut exploiter un commerce. On parle de restauration, mais c’est la même chose que dans un autre type de commerce, précise Me Marie-Josée Dupré, directrice des relations avec l’industrie à la SOCAN. Les gens ont compris l’apport de la musique et l’utilisent davantage qu’avant. Bon, ce n’est pas le steak dans notre assiette, mais la musique donne une valeur ajoutée à l’expérience client. »

 

Parmi les 1079 propriétaires d’entreprise ayant répondu au sondage de cette étude pancanadienne, 72 % accordent plus d’importance à la musique qu’à la décoration et à l’odeur, et plus de la moitié considèrent que leurs choix musicaux leur confèrent un avantage sur la concurrence.

 

Le Deville Dinerbar, situé près du Centre Bell, voit la musique comme une manière de préparer l’humeur des troupes avant leur sortie en ville. « Si tu es bien où tu es, tu vas vouloir rester. Et si tu aimes une chanson, tu vas peut-être avoir envie de prendre un autre verre. Elle est la cerise sur le gâteau », explique Olivier Corbet, directeur du Deville.

  

La juste mesure

 

Dans une ambiance agréable, les gens consomment davantage de boissons alcoolisées, un élément au final plus payant pour le restaurateur que le café ou le dessert. Pourvu que les clients s’entendent parler, bien entendu. « Ça, c’est le couteau à double tranchant, dit le propriétaire de L’Assommoir. Trop forte, elle va déplaire, mais il faut reconnaître qu’elle permet une certaine intimité entre les gens puisqu’elle empêche les autres tables d’entendre les conversations. »

 

Dans un cadre comme celui de la Société des arts technologiques (SAT), la trame musicale diffusée au Labo culinaire permet de créer une connexion entre les événements et les artistes produits entre ses murs. « On suit la même ligne directrice que la SAT, dit Alexandre Auche, le programmateur de l’ambiance sonore et gérant du FoodLab. On intègre à notre liste de musique un artiste de passage chez nous ou qui a joué à la SAT. Les restos peuvent exister sans musique, mais je trouve ça un peu plate. Elle est la bande sonore du film du restaurant. »

 

Cette étude illustrant l’importance de la musique pour les commerçants est aussi l’occasion pour la SOCAN de mieux connaître le type d’industries utilisatrices de musique et de rappeler la plus-value apportée par l’ambiance sonore dans les commerces. La SOCAN délivre des licences d’utilisation de musique de fond, libérant ainsi les droits d’un répertoire comptant entre trois et quatre millions d’oeuvres sonores. Pour une redevance minimale de 95 $, la licence sert à rémunérer les artistes. « La musique fait aussi partie des frais d’exploitation d’une entreprise, au même titre que l’électricité et le salaire des employés, illustre Me Marie-Josée Dupré. À 95 $, ça leur coûte l’équivalent de trente sous par jour. Ce n’est pas cher pour faire jouer de la musique légalement ! »

4 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 mai 2014 06 h 14

    Combien vaut le silence?

    Cet article ne parle pas de musique mais de bruit. Un bruit modulé selon l'heure du jour et le genre de client. Un bruit qui encourage à consommer.

    Il est vrai que le silence ne rapporte rien.

    Desrosiers
    Val David

  • André Michaud - Inscrit 12 mai 2014 09 h 52

    Payer pour la musique dans un restaurant?

    Un commerçant doit il payer pour avoir un fond musical ? Payer qui ? La SOCAN ? Et les revenus où iront-ils ? Vraiment aux musiciens dont on a utilisé la musique, ou distribué entre les plus riches?

    Il existe des centaines de milliers de musiciens au Canada , combien recoivent des sous de la SOCAN? N'est pas toujours les mêmes plus riches qui recoivent quelque chose? On connait tous plein de musiciens, auteurs-compositeurs, demandez leur si ils ont reçu un jour un quelque chose de la SOCAN ? La SOCAN représentent combien d'auteurs-compositeurs ? À peine 5 ou 10% au maximum..

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 12 mai 2014 13 h 03

      Les commerces qui diffusent de la musique, restaurants, magasins, salons de coiffure, sont obligés de payer une redevance annuelle à la SOCAN sous prétexte que des musiciens professionnels l'ont enregistré. On exige même une "taxe" pour les musiciens vivants. Il n'y a pas à dire, la musique officielle n'est plus accessible. Elle appartient à des syndicats.

    • Hélène Nadeau - Inscrit 13 mai 2014 09 h 57

      Monsieur Francoeur, pourquoi le musicien devrait-il donner son travail aux restaurateurs ? Est-ce que le restaurateur lui donnerait sa bouffe ? Je comprends que le travail musical est de l'art. Toutefois, on paye un tableau ou notre présence au cinéma. Ici, on parle d'un élément favorisant les affaires de ces commerçants et il faudrait que le musicien offre son travail ? La musique est accessible au public. Cependant ceux qui s'en servent à des fins commerciales doivent payer ceux et celles qui l'ont exécuté. Cela est tout à fait équitable. H. Nadeau