Les femmes craquent pour la moto…

Au Québec, plus de 70 000 femmes possèdent un permis de conduire une motocyclette.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Au Québec, plus de 70 000 femmes possèdent un permis de conduire une motocyclette.

Quand Hélène Boyer a commencé à faire de la moto en 1998, elle a dû acheter son manteau de cuir trop grand pour elle dans le rayon des hommes. À l’époque, il n’y avait presque aucun équipement pour les femmes. Les temps ont changé ; depuis dix ans, le milieu très masculin de la motocyclette a les yeux rivés sur elles.

 

« Vous savez, la moto, c’est comme la dernière taverne. Depuis longtemps, les femmes se sont approprié le ski de fond, la bicyclette, comme les hommes. La moto était un peu le dernier bastion masculin », illustre la présidente de l’Association des femmes motocyclistes du Québec (AFMQ). Maintenant, les femmes sont là pour de bon.

 

Elles sont loin de représenter la moitié du parc motocycliste, mais elles sont désormais responsables de 13 à 15 % des ventes du marché, estime Bertrand Gahel, auteur de l’ouvrage de référence Le guide de la moto 2014.

 

Cours d’initiation

 

Selon les chiffres fournis par la Société de l’assurance automobile du Québec, 70 659 femmes possédaient un permis de conduire ou un permis probatoire les autorisant à conduire une motocyclette en 2013, pour 425 198 hommes.

 

Certains détaillants ainsi que des constructeurs comme Harley-Davidson et BMW offrent des ateliers d’initiation pour les familiariser avec des engins adaptés à leur taille. Dans le lot des modèles plus adéquats pour mesdames, quelques-uns se distinguent, mais trouver la perle rare est tout un défi dans cet univers encore viril. La plupart des bolides sont lourds et trop hauts pour la charpente féminine, ce qui explique en partie pourquoi les femmes ne sont pas plus nombreuses sur les routes.

 

« À partir du moment où les constructeurs étiquettent un modèle comme étant une moto de femme, les gars vont la bouder », explique M. Gahel, dont le guidecélèbre sa vingtième année. Comme les hommes représentent un bassin de près de 90 % de la clientèle et des ventes, peu de compagnies s’aventurent sur ce terrain. « Paradoxalement, les filles sont insultées quand on les dirige vers des modèles “pour femmes”. Se lancer dans l’univers de la moto est vu comme un défi, un accomplissement de soi. D’un côté, elles ne veulent pas qu’on leur facilite trop la vie et veulent conduire une moto “normale”. De l’autre, elles voudraient avoir des motos plus basses. Mettez tout ça dans le plat d’un constructeur qui doit se demander quel genre de moto il doit fabriquer. C’est tout un défi, on entre vraiment dans la psychologie humaine. »

 

Il est d’ailleurs difficile de mettre le doigt sur ce qui fait exactement monter les filles sur la selle d’une moto. Hélène Boyer évoque le désir de liberté doublé de passion. Un coup de foudre. Pour l’univers, mais aussi pour l’objet. « Tu n’achètes pas une moto. Tu tombes en amour avec elle. C’est un achat vraiment différent. Tu y penses longtemps », dit la coauteure du guide de randonnées Le Québec à moto, chez Ulysse.

 

Le marché actuel est plutôt favorable aux femmes. Pendant vingt ans, les compagnies ont tout misé sur les baby-boomers, une clientèle expérimentée et surtout favorisée pour qui elles imaginaient des gammes de motos chères et massives. Parce que les boomers vieillissent et font moins de moto, les compagnies se sont ouvertes aux nouveaux conducteurs, et les modèles sont devenus plus accessibles, plus bas et plus légers, observe M. Gahel. « Une moto de femme n’est pas une moto pour novice, mais ça adonne que les motos de novices correspondent bien aux requêtes des femmes. »

 

Celles-ci ne sont pas encore les nouveaux boomers, mais les compagnies aimeraient bien qu’elles le deviennent.

 

Des fleurs et des papillons

 

Pour augmenter le bassin de vente, il leur fallait attirer la clientèle féminine, et les fabricants d’accessoires ont trouvé chez ces consommatrices un excellent filon. Ils se sont mis à lui faire de l’oeil en remplaçant la tête de mort sur les casques par des fleurs et des papillons. Alors que leurs pendants masculins se contentent d’accessoires essentiels, « les filles veulent être su’a coche », remarque le journaliste spécialisé du monde de la motocyclette, se défendant de jouer sur les stéréotypes.

 

« Choisir la couleur de leur scooter prend dix minutes, mais choisir le coloris du casque peut prendre trois heures ! », lance en riant Paul Brunette, le directeur des ventes de Vespa Montréal. Le concessionnaire montréalais, qui développe sa gamme d’accessoires en fonction de l’intérêt grandissant des consommatrices, estime que, parmi sa clientèle, plus de 60 % des femmes possèdent les clés de la mobylette italienne. « Les filles, c’est Vespa. Ce sont elles, mes clientes cibles. »

 

Les outils adaptés aux femmes leur ont permis de trouver leur autonomie dans le monde du « bicycle à gaz ». Mais pour ces passionnées, c’est plus qu’une question de mode et de gadgets.

 

La moto n’est pas qu’une activité qu’elles pratiquent. Elle fait partie de qui elles sont.

6 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 28 avril 2014 08 h 03

    Elles ont le droit de mourir elles aussi....

    Bonne chance me dames!

    • François Dugal - Inscrit 28 avril 2014 10 h 34

      Monsieur Vanier, un peu de civisme et de courtoisie de la part des automobilistes ferait des miracles.
      Je possède un scooter 200 cc; je conduis prudemment en respectant scrupuleusement le code de la route; je mets toutes les chances de mon côté. Ceux qui ont des accidents sont les distraits et les imprudents.
      Si on veut éviter à 100% les accidents, on ne sort pas de la maison.

    • Beth Brown - Inscrite 28 avril 2014 13 h 32

      Madame Dugal, vous me faites penser à cette motarde qui respecte scrupuleusement le code de la route, sans distraction, sans imprudence, qui suit une voiture à 80 kmh dans une zone de 100 kmh et qui, soudain, frappe un bout de bois 4x4 échappé du camion d'un imbécile, qui sort de sous la voiture en avant d'elle qui vient juste de l'éviter. Ça donne une commotion, 3 côtes cassées, une dentition à refaire, une jambe et un bras cassés, 5 mois de douloureuses vacances et la promesse de ne plus jamais marcher comme avant.

      Cette motarde c'est moi: j'ai vendu ma moto! J'aurais certainement pu mourir cet après-midi là...

    • François Dugal - Inscrit 28 avril 2014 16 h 54

      François est un prénom masculin madame Brown.

    • Beth Brown - Inscrite 28 avril 2014 23 h 20

      Je m'en excuse monsieur Dugal. Je suis de l'âge de ces féministes qui se croyaient obligées de mettre des (e) partout. Il m'arrive de régresser à cette époque qui a dû me marquer plus que je ne le crois.

      Évidemment je sais que François est un prénom masculin et que les hommes aussi craquent pour la moto. Même le pape du même nom qui a grandi sur une moto dit qu'il préfèrerait ne pas avoir à prendre l'air sur une papemobile.

  • François Dugal - Inscrit 28 avril 2014 08 h 26

    1968

    C'est en octobre 1968 que je suis allé à Chicoutimi rencontrer celle qui allait devenir mon épouse. Elle est venue me chercher au terminus d'autobus avec son Vespa 90.
    J'ai eu la piqure ...