Des maillots et des femmes

La designer Angela Jones et sa fille Mélissa Jones, qui s’occupe du marketing dans l’entreprise de sa mère, aiment développer de bonnes relations avec leurs clientes et les fidéliser.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La designer Angela Jones et sa fille Mélissa Jones, qui s’occupe du marketing dans l’entreprise de sa mère, aiment développer de bonnes relations avec leurs clientes et les fidéliser.

Les machines à coudre s’alignent dans l’atelier de la rue Cyrille-Duquet, à Québec. Devant chacune d’elles, une couturière s’affaire avec minutie. Ici, on joint les pièces de tissu aux couleurs chatoyantes ensemble. Là, les élastiques ajustent la coupe, les détails rehaussent le modèle.

Depuis 1984, la designer Angela Jones pense tous les jours au corps des femmes. À la meilleure façon de le mettre en valeur tout en l’habillant si peu. Première à offrir des maillots de bain faits sur mesure au Québec, elle a ouvert la voie à un marché jusqu’alors inoccupé.

 

Trente ans plus tard, de nouveaux modèles arrivent dans ses boutiques presque toutes les semaines. « On crée selon les désirs des clientes, explique Angela Jones. Après,si le modèle nous plaît, on l’ajoute à notre collection. »

 

Du petit atelier de salon des débuts à l’entreprise familiale prospère, le temps et l’expérience ont permis à la marque de s’imposer peu à peu sur la scène locale. Aujourd’hui, presque une trentaine de personnes y travaillent et il est possible de se procurer les modèles de la designer québécoise dans quatre boutiques à Québec et à Montréal.

 

C’est lors d’un voyage à Porto Rico que l’idée de confectionner elle-même des maillots a pris forme dans la tête d’Angela Jones. « J’avais trouvé les maillots tellement beaux, tellement colorés, se rappelle la styliste. Il y en avait partout, alors qu’au Québec, c’était impossible, à l’époque, de trouver un maillot de bain en dehors de l’été. » De retour au pays, la jeune infirmière décide de combler ce manque et se jette à l’eau. « J’ai tout laissé tomber et démarré mon entreprise. C’était un peu fou », lance-t-elle en riant.

 

Elle ouvre alors une première boutique à Québec, un bastion qui tiendra seul le fort pendant une vingtaine d’années. Les choses changent en 2002 lorsque sa fille, Mélissa Jones, se joint à l’entreprise. Diplômée en marketing, la jeune femme s’attelle depuis à développer la marque. « Lorsque j’ai rejoint l’équipe, j’ai convaincu ma mère d’ouvrir une boutique sur la rue Saint-Denis à Montréal. Pour moi, c’était essentiel de s’établir dans la métropole. »

 

À chacune son maillot

 

En 30 ans, la conceptrice en a vu de toutes les couleurs, des crises économiques aux pénuries matérielles. Depuis l’ouverture de la première boutique, beaucoup d’autres compagnies se sont lancées dans la confection de maillots. « Ce qui nous rend particuliers, c’est avant tout la relation qu’on développe avec les clientes, insiste Mélissa Jones. Elles sentent qu’elles ont une véritable influence sur nos collections et nous leur fabriquons des maillots à leur image. »

 

La fille de la fondatrice ajoute que le sur-mesure a permis à l’entreprise de creuser un fossé de taille entre elle et ses concurrentes. « C’est très rare qu’une cliente ne revient pas chez nous, lance Angela Jones. Lorsqu’une femme aime un modèle, elle veut souvent ravoir le même, et le sur-mesure nous permet de lui offrir cela. »

 

Au fil des coups de coeur de la clientèle, des tendances se sont dessinées. « Il y a des couleurs, comme le noir, qui ne se démoderont sans doute jamais, soutient la créatrice. Et il y a des modèles que je ne suis plus capable de voir, mais que voulez-vous, les clientes les aiment ! »

 

La relation entre les femmes et cette pièce de vêtement a beaucoup changé en 30 ans. « Elles sont plus vulnérables lorsqu’elles sont en maillot, soutient la designer. Malgré cela, on vend de plus en plus de bikinis aux femmes de 40 ans ou plus. C’est une petite révolution comparativement à ce qui se faisait à mes débuts. »

 

Les femmes sont-elles plus à l’aise avec leur corps aujourd’hui ? Sans aucun doute. « Je n’arrive pas à me l’expliquer complètement, mais ce qui a vraiment changé, c’est que maintenant, ces femmes se trouvent belles. »

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