Osez oser

Marie-Claude Lacerte, responsable de la stratégie marketing, Isabelle Deslauriers, fondatrice et présidente, et Myriam Baribeau, assistante designer, chez Désirables, une entreprise montréalaise de produits érotiques et éthiques.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Marie-Claude Lacerte, responsable de la stratégie marketing, Isabelle Deslauriers, fondatrice et présidente, et Myriam Baribeau, assistante designer, chez Désirables, une entreprise montréalaise de produits érotiques et éthiques.

Savez-vous ce que contiennent vos jouets sexuels ? La compagnie Désirables s’est penchée sur la question et y répond par une proposition audacieuse et éthique, inspirée de l’âge de pierre.

L’être humain bien de son époque est sensibilisé à son empreinte écologique. Il est invité à composter, à recycler, à bouder le sac de plastique, à conduire une voiture hybride, à s’alimenter bio et local et à éviter le bisphénol A en choisissant une bouteille de plastique. Mais scruter la liste des composants d’un jouet érotique déballé à la Saint-Valentin n’est peut-être pas encore un réflexe naturel. Dans cette foisonnante industrie peu surveillée, mieux vaudrait toutefois garder l’oeil ouvert.

 

C’est ce qu’a fait la designer Isabelle Deslauriers avant de fonder Désirables, entreprise de produits érotiques et éthiques 100 % montréalais. Mal à l’aise devant les accessoires criards inspirés de dauphins et d’abeilles branchés sur dynamo, faits de plastiques nauséabonds, la jeune designer a pourtant trouvé là un terrain où elle pourrait avoir un impact.

 

La chef d’entreprise abhorre les plastiques, latex, silicones et ce qui peut contenir des phtalates, produit chimique utilisé pour assouplir les plastiques souvent employés pour la fabrication des jouets coquins. « Une fois en contact avec le corps humain, ses particules se mêlent au système sanguin, dit-elle. Quant au latex, il est constitué comme une éponge et absorbe les substances corporelles, malgré un bon nettoyage. Tu ne garderais pas ton éponge à vaisselle ad vitam aeternam, n’est-ce pas ? »

 

Sa collection, féminine et élégante, présentée à la récente foire de design Souk@SAT, comporte pour le moment deux produits d’exploration corporelle s’adressant aux couples. Un godemichet aux lignes épurées ainsi qu’un trio de pierres à massage. Les produits sont amis des gauchers et envoyés dans un paquet-cadeau au détail soigné. Les sacs de rangement sont cousus à la main par la patronne et ses amies, et les paquets sont livrés avec un certificat d’authentification inséré dans une minuscule enveloppe, suprême touche de luxe apportée au produit.


Sexe préhistorique

 

Datant de 28 000 ans avant Jésus-Christ, le premier godemichet était taillé dans de la pierre polie. Le choix d’utiliser la céramique dans la fabrication des jouets rapproche Désirables de son aïeul. « La céramique, noble et hypersaine, est utilisée depuis des milliers d’années dans l’alimentation », explique Marie-Claude Lacerte, responsable de la stratégie marketing pour Désirables.

 

Après avoir fait fi de l’avis de professeurs lui suggérant de faire fabriquer ses produits en Chine, Isabelle Deslauriers a trouvé un céramiste à deux rues du quartier général de sa compagnie. « Si je développe un bon réseau de céramistes, on va pouvoir garder la production ici. Ils font un merveilleux travail, autant mettre leur talent à profit. Je ne fabrique pas mes produits en Chine, mais c’est quand même un Chinois qui moule nos produits ! »

 

La vision éthique de Désirables déteint sur la vision même de la compagnie, qui évacue la performance (les jouets ne vibrent pas) et la pornographie de son discours. Les filles veulent avant tout promouvoir l’intimité, la communication et la dimension spirituelle, intellectuelle et émotionnelle de la sexualité. Et ce, pour tous les types de couples, jeunes comme vieux. « À la Saint- Valentin, on parle beaucoup de performance, de statistiques sur les fantasmes des femmes, sur le nombre de relations sexuelles par semaine qu’un couple devrait avoir. Je ne me vois pas écrire sur la boîte de l’autoérotiseur que ça va procurer un orgasme en quatre minutes garanti », mentionne la jeune femme d’affaires, rare designer nord-américaine d’objet autoérotiques.


Un domaine tabou

 

Isabelle Deslauriers a longtemps craint la réaction de son père, ingénieur électronique, devant son projet. « Je l’imaginais déjà me dire : voyons, j’ai pas payé quatre ans de scolarité pour que tu vendes des sex toys ! » Elle a vite été rassurée quand ce dernier lui a avoué avoir flirté dans son jeune temps avec l’idée de fonder une compagnie de jouets érotiques Bluetooth. L’adversité est plutôt venue de son alma mater.

 

Certains professeurs de sa précédente université ont voulu freiner le développement de son projet de bac, avant qu’Isabelle ne trouve une oreille attentive à HEC Montréal, alors qu’elle suivait un programme d’entrepreneuriat. Le sexe fait vendre, mais il est aussi très tabou.

 

« Mon ancienne université a voulu cacher mon projet, me censurer. On m’a dit que les jouets érotiques étaient l’équivalent de fabriquer des armes à feu. Chez HEC, j’ai reçu des bourses et on a même mis mes projets dans les centres de table lors d’un souper de remise de bourses auquel assistait le gratin du milieu des affaires montréalais, raconte-t-elle. Les artistes m’ont cachée, tandis que les gens d’affaires ont mis mes godemichets comme centre de table. C’est le monde à l’envers ! »

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 10 février 2014 13 h 00

    Tout ça

    Pour ça !

    Necessite biologique oblige et gagne!