Les choix santé selon votre épicier

Les grandes épiceries ont développé différentes stratégies pour guider les choix des consommateurs.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les grandes épiceries ont développé différentes stratégies pour guider les choix des consommateurs.

Que ce soit à grand renfort d’étoiles ou de bonshommes sourire, une épicerie près de chez vous veut votre bien. Elle prétend inviter dans votre panier des céréales plus riches en fibres et des craquelins moins gras et moins salés sans que vous ayez à plonger douloureusement dans les listes d’ingrédients et les tableaux des valeurs nutritionnelles.

 

Je passe toujours beaucoup (trop) de temps devant les étalages de yogourt. Entre celui offert au rabais, celui réclamé par l’enfant, le yogourt nature qu’on devrait choisir et le yogourt dessert à 10 % de matière grasse avec confiture au fond, mon coeur balance chaque semaine. Les sourires rondouillets indiquant un bon choix n’abondent pas dans cette section chez Metro, mais un de ces clins d’oeil santé m’a amenée dernièrement à tenter un yogourt grec à la vanille riche en protéines et faible en sucre ajouté qui pourrait bien figurer dorénavant sur ma liste d’épicerie.

 

Étoiles, sourires et compagnie

 

Peut-être pour ne pas vexer les marques qui n’en profitent pas, les visages souriants qui indiquent les bons choix sont assez subtils : ils sont petits et imprimés en noir et blanc sur les étiquettes de prix des aliments. On peut facilement faire son épicerie sans les remarquer. Mais pour qui souhaite les repérer, ils facilitent la prise de décision dans l’allée des céréales, des produits surgelés ou des jus. À noter : aucun jus ne se qualifie « meilleur choix », le plus grand sourire. Il y a seulement quelques « bons choix » (le petit sourire), car, à tout prendre, croquer dans une pomme vaut mieux qu’un verre de jus, jugent les nutritionnistes qui ont élaboré le programme.

 

Seuls des critères objectifs et scientifiques ont été utilisés pour sélectionner les produits santé dans les allées, assurait Marc Giroux, le vice-président marketing et communications de Metro lors du lancement de l’initiative, en octobre. « Les équipes qui développent nos marques maison étaient nerveuses, concède-t-il. Il y a des produits de la marque maison qui ne se sont pas qualifiés. Mais nous n’avons pas plié. »

 

Côté science, Metro a réussi à s’adjoindre la docteure Laurette Dubé, une professeure à l’Université McGill qui se spécialise en psychologie des consommateurs.

 

Cette dernière explique que, plus que la science ou l’information factuelle, c’est l’humour qui peut influencer les comportements des consommateurs à l’épicerie. Selon elle, c’est sur ce motivateur que les enseignes doivent s’appuyer. Elle déplore qu’en Amérique du Nord, on dissocie plaisir et nourriture santé. « Cette opposition n’existe pas en Inde ou en Chine », selon la Dre Dubé. « Il faut trouver ce qui va entraîner les gens à changer leurs habitudes », dit-elle. Elle estime qu’en s’associant avec une chaîne privée, elle pourra tester plusieurs de ses hypothèses dans les magasins.

 

Du côté de Loblaw et de Provigo, le Guide étoiles, importé des États-Unis, a aussi été implanté dernièrement. Le principe est sensiblement le même que chez le concurrent, bien que les critères de sélection des aliments diffèrent un peu. Par exemple, les carottes et les clémentines obtiennent trois étoiles dans leurs épiceries, alors que chez Metro les fruits et légumes sont jugés d’emblée comme des produits santé et ne sont pas classés. Un yogourt sucré avec un édulcorant est étoilé chez Provigo, alors que les nutritionnistes de Metro ont décidé d’exclure tout aliment additionné de succédané. À l’inverse, à cause du sucre ajouté, même en petite quantité, mon yogourt grec choisi chez Metro ne m’aurait pas été conseillé chez Provigo.

 

Utile, vraiment ?

 

La nutritionniste indépendante Catherine Lefebvre trouve audacieuses ces enseignes qui prennent le risque de souligner que même leurs marques maison « santé » ne sont pas de si bons choix que ça. « Chez Loblaw, plusieurs produits du menu bleu [santé] ne se qualifient pas. C’est transparent. »

 

Mais est-ce que les consommateurs embarquent ? « Le Guide étoile, aux États-Unis, a eu un impact positif », constate-t-elle. Mais la chasse aux étoiles ou aux sourires peut s’avérer décourageante. « Il n’y a pas tant de produits obtenant des étoiles. Dans la rangée des yogourts, c’est un peu décourageant. Il ne reste plus beaucoup de choix. » Toutefois, selon elle, ça lance un message à l’industrie : pour vous qualifier, changez vos recettes.

 

Elle croit qu’il serait intéressant qu’un organisme indépendant évalue les différents produits vendus au Québec et lance une application qui fonctionnerait peu importe l’enseigne, à partir des codes barre des produits.

 

Cette idée permettrait de percer une autre barrière : celle des épiceries comme Super C ou Maxi, où les bas prix priment sur l’aspect santé des aliments pour plusieurs consommateurs.

 

La Dre Marie-France Raynault, directrice du Département de médecine sociale et préventive de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et directrice générale du Centre de recherche Léa-Roback sur les inégalités sociales de santé de Montréal, doute fort que les étoiles ou les sourires améliorent les choix des familles, riches ou pauvres. Selon elle, la visée première de ces guides reste le marketing. « Les enquêtes montrent que les gens savent très bien ce qu’il faut manger, mais ils n’ont pas l’argent pour l’acheter. En fait, les campagnes grand public pour promouvoir les choix santé creusent les écarts », explique-t-elle.

 

Le plus gros déterminant de consommation de fruits et de légumes ne réside pas en un système quelconque de points, rappelle-t-elle, mais plutôt dans… le prix des loyers. « Les gens ont moins d’argent pour l’épicerie quand les loyers augmentent plus vite que les salaires ou l’aide sociale », souligne la Dre Raynault.

9 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 6 janvier 2014 07 h 44

    Dans la bonne direction, osons plus.

    Émergera de tout cela un système de classification de plus en plus près du réel et du vrai.

    Nous nous le souhaitons en ce début 2014.

    Tellement d'intérêts en jeu en ce monde où bien manger ne devrait pas être un jeu mais un enjeu de société.

    Merci pour cet excellent article.

    Et pourquoi pas nous souhaiter collectivement pouer 2014 un 1e Sommet pancanadien sur Moins de gras Moins de sel Moins de sucre !

  • Serge Lemay - Inscrit 6 janvier 2014 08 h 48

    Et le mien de sourire ?

    Et le mien de sourire je le retrouverai quand l'épicerie me proposera un étiquetage clair indiquant sans OGM et sans huile de Palme.

    Je dis l'épicerie car si on attend le gouvernement pour imposer un étiquetage concernant l'industrie OGM et palmiste ...

  • Guy Vanier - Inscrit 6 janvier 2014 09 h 04

    Encore de la poudre au yeux!

    Aussi longtemps que ce ne sera pas fait par des gens indépendants ça sera toujours dirigé vers des intérêt particuliers! Même le guide Canadien nous dirige encore vers les intérêts des producteurs, même si ce n'est pas bons pour nous.
    Je vois qu'ils recommandent encore une pomme par jour? Juste cet item devrait être accompagné par la mention <BIOLOGIQUE> toute les autres sont à proscrite......... Et ce n'est pas moi qui le dit, mais des spécialiste qui savent très bien les produits chimiques qui sont nécessaires pour obtenir une pomme parfaite de nos jour.
    Ils n'osent même pas nous mentionner les produits qui contiennent des OGM......
    nos gouvernements on peur de MONSANTO qui produits 35,000 produits chimiques....ou pensez vous qu'ils les utilisent?
    Ce que j'aimerais voir ici au Québec, c'est des épiceries biologiques comme dans certaines régions des USA, genre WHOLE FOOD et TRADERS JOE qui sont à 90% biologique et ou les produits sont tous bien étiquetés et proviennent très souvent de la région. Ça serait la bonne façon de réduire les allergies et les cancers de plus en plus présent chez nous.
    Alors pour les petits sourires ils peuvent repasser......
    Je vais continuer à lire les étiquettes, éviter la viande <je suis végétarien depuis 40 ans> choisir les produits biologiques et locaux le plus possible, prendre mes deux verres de rouge et faire de l'exercice tout les jours.

    Jeune retraité de 73 ans qui est encore en grande forme sans aucune maladie et sans pilules.

    • Guy Vanier - Inscrit 6 janvier 2014 11 h 59

      J'ai oublié de mentionner que même les Chinois commencent à exiger des produits biologiques.

  • Jacques Beaudry - Inscrit 6 janvier 2014 11 h 59

    blablabla

    Tant qu'on remplacera les matières grasses dans notre alimentation par des produits du sucres et des féculents pour y donner du goût nous sommes condamnés à l'embonpoint, à l'obésité et au diabète. Pour en savoir plus sur la connaissance des faits je vous invite à lire sur le site @Santé,Nature, Innovation ce qu'on en dit. C'est un site d'info-santé gratuit qui a la rigueur de nous faire connaître les sources de ce qui y est affirmer. Ceux qui savent peuvent bien agir.

  • Murray Henley - Inscrit 6 janvier 2014 12 h 08

    De faux choix santé

    En faisant la promotion des aliments faibles en gras et en combattant le cholestérol (composé organique essentiel), on se trompe de cible. Une abondante littérature démontre plutôt que le problème principal de l'alimentation occidentale est la trop forte proportion de glucides: pâtes, riz, patates, desserts... Et les glucides se cachent partout dans les aliments préparés du commerce, car on les substitue au gras, comme dans le cas de yogourts sans gras mais bourrés de sucre.

    Hé oui, votre grand-mère avait raison!

    Lecture recommandée: Gary Taubes : "Fat - Pourquoi on grossit"

    Un avant-goût:

    http://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-poids/minc