Consommation - Chiner dans les petites annonces

Isabelle Clément passe jusqu’à trois heures par jour à fouiner sur les Kijiji, LesPac et autres sites de petites annonces.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Isabelle Clément passe jusqu’à trois heures par jour à fouiner sur les Kijiji, LesPac et autres sites de petites annonces.

Chaises Marcel Breuer, commodes sixties, meubles en teck et cabinets Art déco : de véritables trésors se cachent sur les sites de petites annonces, à des prix ridicules, perdus dans un flot d’articles sans intérêt. S’il faut s’armer de patience pour dénicher l’objet de ses rêves, cela peut être très payant.

 

Demandez à Isabelle Clément, chineuse du virtuel. Elle passe deux à trois heures par jour sur les Kijiji, Craigslist et LesPac de ce monde, à écumer les petites annonces. Comme son appartement et son chum ne peuvent accueillir davantage de meubles, elle déverse désormais ses trouvailles sur sa page Facebook, intitulée De la ruelle au salon. Plusieurs fois par jour, ses annonces font le bonheur de ses 13 000 abonnés. (Il faut être vite sur le piton pour mettre la main sur les collections de plats en pyrex et les objets Art déco qu’elle partage.)

 

« Je trouve de tout là-dessus : les uniformes scolaires pour ma fille, mon appartement, mon auto. Et je n’ai jamais payé un meuble plus de 100 $», dit cette maître ès puces, qui a accepté de partager ses trucs de pro.

 

Patience, tel est le mot magique et le prix à payer pour faire des économies. Au début, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Mieux vaut savoir ce que l’on désire et avoir un plan. « Sinon, tu te ramasses avec des morceaux que tu n’arrives pas à placer. Je me suis prise à mon propre jeu, en trouvant une magistrale unité murale en bois de rose. Je dois maintenant refaire mon décor parce que le canapé ne convient plus ! »

 

Isabelle Clément suggère notamment de créer des alertes à l’aide de mots clés sur les principaux sites de petites annonces en ligne. Mais avec les délais, il se peut que la trouvaille ait disparu avant qu’on ait le temps de décrocher le combiné. « Les plus belles trouvailles ne sont pas répertoriées par catégories et je ne les ai pas trouvées sous les mots “mid-century”, “rétro”, “vintage” ou “antiquités”. Elles flottent parmi les commodes, les chaises, les tables. C’est pour ça que ce n’est pas cher, parce que les gens ne savent pas ce qu’ils ont entre les mains. »

 

Ramener le butin à la maison

 

Une fois l’objet idéal trouvé, encore faut-il savoir comment mettre la main sur le butin. Surtout, ne pas se limiter à l’envoi d’un courriel. « Laissez un message téléphonique convaincant, montrez-vous disponible. Le but est d’accrocher le vendeur, d’avoir un rendez-vous. J’agis comme une chasseuse de trésor. Même incertaine, je vais voir et prends une décision sur place. Le vendeur répondra à celui qui lui permettra de boucler la vente le plus vite possible, à son prix. Quand on veut vraiment l’objet, on propose plus cher », conseille-t-elle.Pas trop de questions ni de négociations par courriel. Personnaliser l’offre ajoute aussi aux chances, puisque les gens sont attachés à leurs choses, insiste Isabelle Clément. Pour son vieux miroir mis en vente, elle a retenu, dans le lot des courriels, celui d’un gars qui voulait à tout prix l’offrir à sa blonde. « Mon miroir va être aimé, tu vois ? Pour le vendeur, c’est l’fun de penser à ça. »

 

À ne pas négliger : les sections « à donner » et « gratuit » des sites, où se terrent aussi des pièces intéressantes dont les gens veulent se débarrasser. On peut y trouver des piscines (à démonter soi-même), des cabanons (à démonter aussi) et… des pianos. « En payant le déménagement et l’accordage, tu fais une superaubaine comparativement au prix d’un piano neuf ! » En achetant d’occasion, les gens se sentent moins coupables de se défaire d’un objet qui ne cadre plus dans le décor. Ce type de magasinage connaît un boom puisque 75 % des Québécois ont acheté l’an dernier au moins un produit usagé, selon l’Observatoire de la consommation responsable.

 

Maintenant que sa passion est devenue une occupation à temps plein - la chasseuse tient un blogue pour Kijiji, multiplie les projets de livres et plus encore -, Isabelle Clément estime que le « seconde main » fait de plus beaux décors. « Ça prend du temps, mais je trouve que dégoter un objet dans les petites annonces apporte plus de fierté que de cracher 4000 $ dans un magasin. »

 

L’Homo sapiens n’est peut-être plus le chasseur qu’il était, mais il a trouvé une façon de renouer avec ses vieux réflexes.

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