Consommation - Les chefs entrent à l’école

Le chef Olivier Perret a titillé les papilles des élèves de l’école Ahuntsic avec un menu audacieux.
Photo: Christine Bourgier Le chef Olivier Perret a titillé les papilles des élèves de l’école Ahuntsic avec un menu audacieux.

Inspirés par le chef vedette Jamie Oliver, qui, en 2010, se désolait du portrait de santé des Américains et a voulu leur donner les outils pour prendre leur santé en main en commençant par les enfants, un chef, une nutritionniste et une auteure jeunesse ont interprété à leur façon sa révolution en offrant une journée sur le thème de l’alimentation à une école publique de Montréal. Récit.

 

 

Cette journée spéciale est l’une des manières qu’Olivier Perret a trouvées pour initier les jeunes à l’équilibre alimentaire. Ce midi-là, le chef du Renoir, le restaurant de l’hôtel Sofitel, avait 500 jeunes bouches à nourrir, attablées à la salle à manger de fortune du gymnase de l’école Ahuntsic, une école primaire sans cafétéria ni cuisine. « Quand j’ai appris ça, que les enfants mangeaient des sandwichs toute la semaine, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose », dit le chef d’origine française établi depuis deux ans et demi à Montréal. Il a agité ses contacts, trouvé des fournisseurs qui l’aideraient à concocter ce repas gratuit pour les élèves (« quand je leur ai dit que c’était pour les enfants, tout le monde a dit oui »). À son initiative, qu’il avait déjà expérimentée à deux reprises dans une école privée « et dont les élèves se souviennent encore », se sont greffées Bénédicte Guettier, auteure jeunesse des intrigues de l’inspecteur Lapou dans son potager et la nutritionniste et animatrice Hélène Laurendeau.

 

Sous les yeux écarquillés des préados, la collaboratrice au magazine et à l’émission Ricardo leur a démontré comment est fabriqué le jus d’orange industriel, à l’aide d’eau, de colorants, d’essence artificielle et de sachets de sucre. À son cinquième sachet versé dans le verre, les enfants hurlaient. « J’arrête à cinq vous pensez ? Six ? Que non ! Certains jus vendus au supermarché ont jusqu’à neuf sachets de sucre. »

 

De son côté, Bénédicte Guettier a inventé avec les plus petits une histoire esquissée à partir des légumes du menu du chef Perret alors que celui-ci a développé leur goût avec notamment une audacieuse salade de betteraves et de canard effiloché, qui a surpris plusieurs enfants.

 

« Pour apprivoiser un aliment, il est prouvé qu’il faut le présenter de 10 à 15 reprises avant que l’enfant l’adopte, constate Hélène Laurendeau. S’il ne l’a pas aimé cru, peut-être qu’il va l’aimer cuit. Et si tu invites à la maison un ami qui aime ça, peut-être qu’il va essayer d’y goûter. Il faut user de son intelligence et surtout ne pas se décourager ! »

 

Du verger aux croustades

 

Depuis que les cours d’alimentation ne sont plus au menu du programme scolaire, et que les parents ont moins de temps pour transmettre ces connaissances, ce savoir est intégré à l’intérieur du cursus scolaire. Ainsi l’éducation physique et les sciences servent à parler de nutrition et du système digestif. Dans un monde où la nourriture est aujourd’hui omniprésente, à la pharmacie autant que dans les centres de rénovation, Hélène Laurendeau croit à l’importance de les sensibiliser dès leur plus jeune âge. L’apprentissage demande de la patience, autant pour les éducateurs que pour les parents. « Quand l’enfant commence sa première journée d’école, tu ne le garroches pas à la porte en te sauvant, illustre-t-elle. Tu y vas de façon progressive. C’est la même chose avec l’alimentation. » L’introduction se fait à l’épicerie en essayant les dégustations, au retour du verger en cuisinant des croustades. « Même si tu as acheté du poulet rôti déjà cuit et de la salade préemballée, tu en profites pour leur faire ajouter la vinaigrette, leur donner le choix entre du brocoli ou des pois en accompagnement. La cuisine développe l’estime de soi. Quand ils réussissent quelque chose en cuisine, ils sont fiers pas à peu près. »

 

Et les adultes, à leur façon, retirent aussi de la fierté. Après le repas, alors que le chef, vanné, signait des autographes aux élèves repus et heureux d’avoir une toque à l’école pour le lunch, la discrète Bénédicte Guettier affichait un sourire de combattante. « J’ai réussi à convaincre deux fillettes de goûter au quinoa qu’elles repoussaient du bout de leur fourchette. Eh bien, elles ont presque tout mangé ! »

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