Consommation - De la ferme à la maison, même en hiver

De fin octobre à mars, les légumes de conservation sont en vedette dans les paniers préparés par les fermiers de famille.
Photo: Léonie Rouette Tétreault De fin octobre à mars, les légumes de conservation sont en vedette dans les paniers préparés par les fermiers de famille.

La disparition des tomates, du bok choy et du brocoli dans les champs signe la fin de l’été, mais pas celle des récoltes. Les carottes, les courges et les poireaux prendront bientôt le relais dans les paniers d’hiver du réseau de fermiers de famille d’Équiterre, une façon économique de s’approvisionner en bio pendant la saison froide. Et de donner une tape dans le dos au petit agriculteur d’à côté.

 

 

Pour 10 000 familles québécoises, les paniers de légumes viennent inverser les habitudes d’alimentation. Plutôt que de planifier le menu de la semaine avant d’aller au supermarché, elles s’inspirent de ce que la nature leur laisse chaque semaine dans un point de chute près de la maison.

 

« Quand on a pris l’habitude de cuisiner à partir de ce qu’on a dans le frigo, c’est toujours difficile de revenir en arrière ! », explique la directrice générale adjointe d’Équiterre, Isabelle Saint-Germain, qui carbure à ces paniers depuis douze ans.

 

Lorsque Équiterre a lancé ce modèle d’agriculture soutenue par la communauté (ASC) en 1995, les paniers d’hiver n’existaient pas. Depuis une dizaine d’années, les fermes se sont outillées de chambres froides pour conserver les aliments et la nouvelle planification de leurs productions permet d’étendre la période de livraison.

 

En début de saison - les inscriptions d’hiver sont en cours -, les clients, appelés « partenaires », assument les tribulations du métier d’agriculteur en avançant le montant des paniers bios à un fermier de famille, qui livre les fruits de sa récolte dans le point de distribution. Le rayon rétrécit pendant la saison froide, mais sur la centaine de fermiers maraîchers et d’élevage membres du réseau, vingt-six continuent de sillonner les routes enneigées pour approvisionner les régions du Québec en viande et en légumes bios.

 

Composé de 6 à 10 variétés, chaque panier coûte environ 35 $ (plus une cotisation de 18 $ versée au programme ASC d’Équiterre) et il est livré toutes les deux semaines - certains fermiers vont même le livrer à la maison moyennant un supplément. De fin octobre à mars, sont mis en valeur les légumes de conservation, et c’est au tour de la carotte, des pommes de terre, des topinambours, des poireaux et autres courges de connaître la gloire en nourrissant des familles de 2 à 4 personnes.

 

Les fermiers de famille ont l’habitude de garder contact avec leur « partenaire » en envoyant des infolettres pour annoncer le contenu du paquet surprise.

 

Moins connu que le panier de légumes, celui de viande bio est aussi une importante contribution au réseau de distribution alimentaire et permet aux personnes vivant dans les secteurs plus éloignés d’avoir accès à une viande biologique. Pour la plupart, les éleveurs membres (que l’on retrouve avec les autres maraîchers sur la page des paniers bios du site d’Équiterre) suggèrent une liste de produits et de coupes offertes et le client passe sa commande, livrée dans un point de chute et parfois à domicile, si la commande s’élève au-delà d’un certain montant.

 

Dans les points de chute, des agriculteurs vendent à l’occasion des produits complémentaires de leur ferme, comme des oeufs, du miel, du pain.

 

Coup de pouce à l’économie locale

 

En s’approvisionnant directement à la source, le consommateur fait d’une pierre deux coups, il s’assure des produits frais, de qualité et abordables, qui n’ont presque pas de kilomètrage dans le corps, en plus de soutenir l’économie locale.

 

« Les paniers sont nos enfants chéris », souligne François Tanguay, agriculteur des Jardins du petit tremble, servant depuis 15 ans les partenaires, été comme hiver. Située à Saint-Antoine-sur-Richelieu, la ferme dessert aussi les commerçants, mais les paniers demeurent la priorité. « Les gens injectent de l’argent chez nous en début de saison et nous font confiance, souvent sans même avoir goûté aux légumes. C’est un beau geste de solidarité et c’est surtout très valorisant. Tu nourris les gens après tout, ce qui est toute une responsabilité ! »

 

En payant comme M. Tanguay leur cotisation annuelle de 175 $, les agriculteurs profitent de la clientèle déjà bâtie d’Équiterre, qui possède le plus important réseau d’agriculture soutenue par la communauté au monde. Ailleurs, les fermes se débrouillent en solo, explique la directrice générale adjointe. Ici, l’organisation québécoise s’occupe du recrutement en plus d’encadrer leur pratique en fournissant des formations tant sur la lutte biologique que sur la communication et le marketing et la façon de concevoir des paniers attrayants.

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