Consommation - L’autre diamant noir

Kimberlee Clarke et Gabrielle Thérien
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Kimberlee Clarke et Gabrielle Thérien

Conçu à partir de déchets, ce « diamant brut » que taillent à la main les créatrices de Cinderella Garbage préserve, à sa façon, un morceau d’éternité.
 

 

La matière avec laquelle les créatrices de Cinderella Garbage façonnent leurs gemmes a du caractère. Sombre comme une nuit étoilée, cette pierre brillante aux airs de quartz n’a rien de précieux, à moins de trouver une certaine poésie dans… des résidus de déchets vitrifiés.

 

Il y a plus de deux ans, alors qu’elle travaillait à la galerie L’Arsenal, Kimberlee Clarke a vu du beau dans cette intrigante roche opaque que produisait le système de destruction de déchets de Pyrogenesis, l’entreprise de la porte à côté.

 

La jeune femme s’est approprié cette intrigante matière pour l’utiliser en joaillerie, après avoir flirté avec l’idée de l’utiliser pour la sculpture, en vain. « Elle est très capricieuse et plutôt imprévisible, car le refroidissement crée de la tension, des bulles d’air et des irrégularités, comme cette minuscule bulle de métal, ici, qui a refusé de fondre. Pour un projet de sculpture, il n’était pas réaliste d’utiliser cette lave, mais c’était parfait pour des bijoux », explique la bachelière en histoire de l’art et en administration à l’Université Concordia.

 

Après un stage chez un lapidaire, elle et Gabrielle Thérien, son associée, ont lancé la première collection de Cinderella Garbage - des bagues, des pendentifs et des boucles d’oreilles accessibles et haut de gamme, toutes conçues autour de cette mystérieuse matière.

 

Plutôt que de rechercher le prestige et la pureté qui donnent tant de valeur au vrai diamant, l’entreprise préfère chercher la beauté dans l’authenticité. « Le diamant naturel n’est pas éthique, remarque Gabrielle Therrien, en faisant référence aux conflits du marché diamantifère en Afrique. Comme les confections de luxe utilisant la matière recyclée n’existent à peu près pas, on trouvait que ce “diamant” issu de résidus de la consommation était plutôt pertinent, d’autant plus qu’il est fait de carbone cristallisé, tout comme le diamant naturel. Sauf que le processus du nôtre est un peu plus… forcé ! »

 

Une pierre qui fait du chemin

 

La matière qu’utilise Cinderella Garbage sert aussi à la confection de routes et de béton, ou encore de carrelage pour le sol, mais la transformation en bijoux est la façon la plus glamour que Pyrogenesis a trouvée pour donner une seconde vie à ce plasma inorganique très résistant. « Il est formé à partir de la combustion de déchets à plus de 2000 degrés Celsius. Puisqu’il est complètement inerte, il a l’avantage d’être non toxique pour l’environnement », explique Tom Whitton, directeur de gestion des affaires pour l’entreprise montréalaise.

 

Même si tous les types d’ordures passent sans distinction dans le système, M. Whitton précise que la technologie ne supplée pas au compostage et au recyclage, mais « notre approche de gazéification au plasma est beaucoup plus efficace que l’incinération ou l’enfouissement des déchets en matière de récupération d’énergie », poursuit le directeur.

 

Matières à réflexion

 

Appliqué à la joaillerie, le mélange des genres donne à la marque une touche féminine avec de la poigne. Préférant une Cendrillon indépendante à la princesse se languissant de se faire passer la bague au doigt, Cinderella Garbage a de l’esprit et s’amuse à puiser dans le métaphorique de l’art conceptuel avec ses confections raffinées et tirées en éditions limitées portant un numéro de série. Sa récente trouvaille, la Cinderella Pop, imite la Ring Pop, cette bague en suçon des années 1980, encore commercialisée de nos jours et symbole de la consommation.

 

Dans un petit atelier du Centre-Sud, Kimberlee travaille à la gestion de l’entreprise pendant que Gabrielle taille les gemmes avec « une minutie maniaque », selon une méthode qu’elle a apprise chez l’un des rares artisans la pratiquant toujours au Québec. « Tout se fait à la machine aujourd’hui, dit-elle. Mais on préfère traiter la matière avec autant de respect que si c’était un diamant. »

 

Car les clients en font tout autant. Récemment, un jeune homme a demandé sa compagne en mariage avec l’une des bagues de Cinderella Garbage. Quelques jours plus tard, Kimberlee a eu des nouvelles des tourtereaux. Et puis ? « Oui, elle a dit oui. »

1 commentaire
  • François Grenier - Abonné 30 septembre 2013 17 h 40

    Un conte de fées...

    De telles histoires, ça ne s'invente pas. Quand on songe que la plupart des diamants naturels se retrouvent en inclusion dans une roche appelée kimberlite...