Vie privée sur le Web: les Canadiens sont inquiets, mais imprudents

Selon un sondage national mené par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, les deux tiers des répondants croient que dans le nouvel environnement numérique, les détails de leur vie privée seraient moins bien protégés en 2011 qu’il y a 10 ans.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Selon un sondage national mené par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, les deux tiers des répondants croient que dans le nouvel environnement numérique, les détails de leur vie privée seraient moins bien protégés en 2011 qu’il y a 10 ans.

Branchés, mais inquiets. Quatre Canadiens sur dix estiment que la numérisation des rapports humains, par l'entremise des ordinateurs, tablettes et réseaux sans fil, fait peser aujourd'hui un risque élevé sur leur intimité et leur vie privée.

Paradoxalement, ils semblent alimenter eux même cette angoisse en fréquentant des espaces en ligne qu'ils jugent pourtant non sécuritaires et en négligeant la protection de leurs informations personnelles dans les espaces numériques de communication, indique un sondage national mené par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada et dont les résultats ont été dévoilés hier.

En substance, les deux tiers des répondants croient que dans le nouvel environnement numérique, les détails de leur vie privée seraient moins bien protégés en 2011 qu'il y a 10 ans, révèle le coup de sonde lancé dans un bassin de 2000 adultes en février et mars dernier par Harris/Décima pour le compte du Commissariat. Les trois quarts étaient propriétaires d'un appareil de communication mobile. La moitié s'exposait sur les réseaux sociaux.

Pour des «sanctions sévères»

Avec une marge d'erreur est de 2,2 %, 19 fois sur 20, l'exercice de consultation met également en lumière le fait que la majorité des Canadiens exigent que des «sanctions sévères» soient imposées aux organisations qui n'ont pas protégé la vie privée des personnes de manière adéquate, 80 % des répondants réclamant même des mesures comme «la publication du nom des organisations fautives, l'imposition d'amendes et des poursuites devant les tribunaux».

Pour le spécialiste en sécurité de l'information à l'Université de Sherbrooke, Marc-André Léger, ces craintes s'expliquent par la place grandissante que prennent les technologies dans le quotidien, mais aussi par une méconnaissance générale des infrastructures numériques que l'on fréquente, méconnaissance qui induit parfois des «comportements inconscients», selon lui. «La protection de la vie privée relève avant tout d'une démarche personnelle, dit-il. Moins on en diffuse, moins on s'expose.»

Le message est en partie reçu chez quatre Canadiens sur cinq, qui disent utiliser les paramètres de protection de la vie privée dans les réseaux sociaux, indique le sondage. Malgré tout, 45 % d'entre eux se disent préoccupés par les risques que font peser ces entreprises de communication, comme Facebook, Twitter, MySpace et consorts, sur leur vie privée, révèle la mesure de l'opinion pilotée pour le gardien fédéral de la vie privée.

Votre mot de passe?

Pis, si un tiers des répondants dit utiliser des services d'accès à Internet par l'entremise de bornes sans fil publiques — dans les parcs, restaurants, aéroports... —, ils sont aussi 85 % à le faire en se disant qu'il y a peut-être un risque pour la sécurité des données qui vont y transiter. Enfin, 60 % des personnes soumises à la question ont indiqué ne pas utiliser de mot de passe pour limiter l'accès à leur appareil de communication portable.

«En matière de sécurité et de vie privée, la dimension humaine est certainement la plus fragile, a indiqué au Devoir Julie Horn, consultante indépendante en sécurité humaine sur les réseaux sociaux et en cyberterrorisme. Les gens croient que leurs données sont en sécurité et commettent aussi beaucoup d'erreurs qui compromettent cette sécurité.» Parmi elles: le fait de croire que les réseaux sociaux sont des espaces privés, mais aussi de penser que les informations qu'on y laisse ne sont pas partagées avec d'autres sites. «Il y a un grand besoin d'éducation», dit-elle.

Le sondage le confirme d'ailleurs en indiquant qu'à peine 30 % des répondants croient avoir une bonne connaissance de leur droit à la vie privée. Les autres sont dans le vide. Et le vide, forcément, fait peur.