Centres de formation en entreprise et récupération - À l'école du développement durable

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
En Beauce le CFER a formé un partenariat avec le distributeur d’accessoires de salle de bain MAAX.
Photo: Source CFER En Beauce En Beauce le CFER a formé un partenariat avec le distributeur d’accessoires de salle de bain MAAX.

Commerce équitable, véhicules à moteur hybrides, vêtements griffés confectionnés avec des matières biologiques... Autant d'exemples qui illustrent, individuellement et collectivement, les transformations en cours dans notre manière de se comporter et de consommer.

Vers la fin des années 1980, des enseignants québécois réunis autour du désir de faire l'école autrement cherchaient déjà à monter un programme menant à la création de bonnes habitudes et pratiques de travail pour des élèves en difficulté. Une réflexion orientée sur le développement durable qui a mené à la création de ce qu'on appelle aujourd'hui les centres de formation en entreprise et récupération (CFER).

Plutôt que d'asseoir ces jeunes sur les bancs d'école à raison de plusieurs heures par semaine, les CFER ont décidé de les former à l'emploi. Cela dit, en plus d'offrir des cours comme le français et la géographie, le réseau, qui regroupe aujourd'hui 21 écoles affiliées à travers la province, a mis en place un système unique de formation à l'emploi, soit des écoles-usines où enseignent des professeurs dits généralistes qui en plus assurent cette formation. La mission très intégrée du CFER tire ses assises de trois objectifs fondamentaux: le développement de personnes autonomes, de citoyens engagés et de travailleurs productifs.

«Il existe une bonne proportion de la clientèle scolaire qui n'accroche pas à l'école», admet la directrice générale du réseau CFER, Sylvie Castonguay. Découragés, ces jeunes décident souvent de décrocher une fois leurs seize ans sonnés. En effet, encore aujourd'hui, environ

20 % des jeunes ne finissent pas leurs études secondaires, alors que 30 % n'arrivent pas à les terminer dans le temps prévu, d'ajouter cette dernière, histoire d'illustrer un peu le portrait au Québec. Orthopédagogue de formation, Mme Castonguay a assuré la direction du CFER de Bellechasse de 1997 à 2004, avant d'être nommée à la direction générale du réseau, dont les bureaux administratifs sont situés à Québec.

Après une troisième secondaire

Les élèves qui fréquentent les centres ont 15 ans quand ils se présentent pour la première fois. Et souvent ils n'ont pas terminé leurs études primaires, précise-t-elle, en rappelant que, s'ils ont suivi le cours «normal» des choses, les jeunes âgés de 15 ans ont habituellement en poche une troisième année de secondaire.

Reconnus par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), tous les programmes donnés par les CFER font dans le développement durable et accordent aux jeunes qui réussissent la formation de trois ans le certificat de formation en entreprise et récupération. Et nombreux sont les marchés d'emplois qui recourent à une main-d'oeuvre semi-spécialisée ou non spécialisée pour mener à bien leurs activités. Sylvie Castonguay avance d'ailleurs que, actuellement, 23 % des emplois au Québec ne nécessitent pas d'avoir terminé la cinquième année de secondaire.

Un premier CFER à Victoriaville


Né d'une initiative de récupération du papier et du carton, le premier CFER à voir le jour en 1990 est celui de Victoriaville. «Les jeunes se sont mis à amasser le papier et le carton d'abord dans les écoles et ensuite à travers la ville pour le vendre à Cascades», explique-t-elle. L'école-usine est ainsi devenue le premier centre de tri du Québec.

Rappelons que la ville ayant été sacrée championne du recyclage est considérée comme un exemple d'efficacité dans la cueillette et le traitement des déchets domestiques. Elle atteignait déjà en 2005 les objectifs fixés par la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles sur dix ans, adoptée en 1998.

«Nos usines sont toujours un prétexte de formation à l'emploi, alors si l'usine a des objectifs de production qui dépassent nos objectifs de formation, on va la laisser aller et en ouvrir une autre dans un autre secteur d'activité.» C'est ce qui est notamment arrivé avec le centre de tri de Victoriaville, racheté par la famille Gaudreau, qui en a pris la relève et l'exploite d'ailleurs toujours.

Les enseignants alors à la recherche d'un autre concept de formation ont proposé de commencer à ramasser les vieux contenants de peinture. Au fil du temps, il s'est produit le même scénario: l'école-usine qui récupérait la peinture et la teinture inutilisées pour des fins de réemploi a pris de l'ampleur. Elle a ainsi été vendue à l'entreprise Laurentide ReSource au début des années 2000. L'entreprise fabrique désormais les produits recyclés de marque Boomerang (latex, alkydes et teintures) qu'on retrouve en plusieurs teintes et finis sur les tablettes des quincailleries.

Pendant ce temps, en Beauce

Un autre exemple intéressant est celui de la Beauce, où le CFER a formé un partenariat avec le distributeur d'accessoires de salle de bain MAAX. L'entreprise, qui recourait à des palettes de 12 pieds composées de pin jaune de Californie pour importer ses produits, devait débourser des sommes considérables pour ensuite les enfouir, étant donné qu'elles n'étaient pas standard. Or, plutôt que de perdre cette matière première — du bois qui ne pourrit pas — le CFER beauceron récupère les palettes, à partir desquelles les élèves fabriquent surtout des meubles et des quais.

Bien entendu, les partenariats d'écoles-usines sont nombreux. Sylvie Castonguay parle notamment d'un CFER où on procède au tri des déchets de téléphonie de Bell et d'un autre où on fait le traitement de la quincaillerie de lignes électriques d'Hydro-Québec. On a entamé d'ailleurs depuis peu un nouveau projet de revalorisation du textile des vêtements de travail usagés ou non conformes des employés de la société d'État.

Des retombées pour aujourd'hui et plus tard


Tandis que le premier CFER accueillait 40 élèves en 1990, chaque établissement compte aujourd'hui entre 80 et 100 élèves inscrits. «Quelque 80 % de nos jeunes obtiennent le diplôme et ont un emploi dès qu'ils terminent la formation, à 18 ans.» Un taux de réussite dont se réjouit l'équipe administrative du réseau.

«Dans les CFER, on part du principe qu'il n'y a pas de déchets mais juste des ressources, termine Mme Castonguay. Au même titre, si la société ne s'occupe pas de ces jeunes, ceux-ci donneront lieu à des coûts sociaux très élevés. Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas fait d'études supérieures qu'ils ne peuvent pas devenir des travailleurs productifs...»

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Collaboratrice du Devoir

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