Il est difficile d'être un consommateur responsable

Normand Thériault Collaboration spéciale
Photo: Agence Reuters Mike Theiler

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si des entreprises, des PME d'abord au Québec, œuvrent dans le secteur des technologies propres, ce n'est pas encore demain qu'on pourra définir notre planète comme un lieu de développement harmonieux. La responsabilité sociale impose d'être vigilant à tous les instants.

La nouvelle est tombée. Et elle est réjouissante: en marge de la grande rencontre en août prochain, quand Écocité accueillera à Montréal les grands acteurs citoyens dont l'objectif est de transformer la planète en un lieu où la responsabilité et le respect des gens et de l'environnement auront priorité sur le développement pour le développement, un autre grand forum se tiendra simultanément dans la métropole.

Denis Leclerc, président d'Écotech Québec, cet organisme qui regroupe les PME québécoises de la technologie dite propre, a convaincu en novembre dernier les responsables de la jeune Global Cleantech Cluster Association, un regroupement des plus importantes grappes de technologie propre du monde, de venir de ce côté-ci de l'Atlantique pour y tenir leur première conférence internationale. Pour décrire la taille potentielle d'un tel événement, qu'on sache que cette GCCA (c'est son sigle) affiche une liste de membres qui décline les noms de 10 000 entreprises et de 500 universités et centres de recherche.

Et, pour le maire en place, celui de la ville qui sera l'hôtesse de cette double conférence, une telle annonce sera comme un velours, lui qui a fait inscrire dans les plans de développement au Québec la formule des «grappes» et qui soutient pour sa ville toute initiative où les expressions «créativité» et «développement durable» se conjugueraient en harmonie.

Risques et actions

Mais attention! Une semaine en août n'aura pas pour conséquence que le Québec deviendra un paradis social où la responsabilité sera le premier critère d'évaluation des actions individuelles ou entrepreneuriales. Il restera toujours dans le paysage des gens et des économistes, avec leurs grands alliés politiques, pour dire qu'il faut développer à tout prix, indépendamment des conséquences de ces actions en regard de la qualité de vie et du respect de la ressource: n'aura-t-il point fallu que les citoyens envahissent les tribunes pour qu'une certaine exploration gazéifière entende un holà avant que ne se répandent, dans les eaux de surface et autres lieux, les déchets d'une exploitation à la technologie non éprouvée?

Pourtant, déjà des actions positives s'inscrivent dans le paysage. Ainsi, pour tous les gestes faits depuis 1983, le Fonds de solidarité FTQ, par la voix de son président, Mario Tremblay, rappellera qu'il doit toujours avoir à l'oeil les entreprises dans lesquelles il recommande qu'il y ait investissement: «C'est une question de gestion des risques, dira-t-il. Si on investit, disons, 10 millions dans une entreprise et qu'après il y a une enquête et qu'elle doit finalement revoir ses installations, c'est le principe du pollueur-payeur. Donc, comme investisseur, il y a un risque financier.» De plus, le Fonds est ainsi devenu partenaire du Fonds d'amorçage Cycle-C3E, créé en janvier pour investir dans l'amorçage d'entreprises spécialisées dans les technologies propres.

Enquêtes

Pour que la responsabilité s'inscrive dans les moeurs, il faut toutefois que se développe une conscience citoyenne. Et ici, plus d'un geste sera difficile à poser ou à ne pas poser. Ainsi, le citoyen consommateur doit résister à toutes ces campagnes publicitaires dont le thème premier est établi en sorte de le convaincre que ce qui est moins cher vaut mieux pour lui: on lui demande alors de ne pas s'enquérir de la provenance du produit offert, ni de s'informer des conditions de travail et surtout de ne pas évaluer l'empreinte écologique de ce qu'on lui offre.

Pour comprendre la portée de toute action qui irait dans un sens contraire, supposons que, dès demain, à la pompe, non seulement seront inscrits le prix des taxes, la marge de profit et le coût de l'essence, mais aussi s'ajouteront les frais entraînés par les émissions de carbone générées lors de l'utilisation de cette essence, dont les résidus se répandent dans l'atmosphère. À combien reviendrait alors le litre? Et même alors, un Harper, comme tout autre chef politique favorable à une telle mesure, aurait peu de chances d'être élu ou réélu.

Si on sait — car tous, on doit l'admettre, nous sommes en constant déplacement — qu'on fait en sorte de ne pas entendre quand se tient un tel discours, même la personne «responsable» n'est pas au bout de ses peines: il est difficile d'être un consommateur responsable.

Quoi qu'on achète, il faut faire enquête pour savoir si l'information qu'on nous transmet est véridique ou simplement publicitaire, car, comme le rapporte Fabien Durif, directeur de l'Observatoire de consommation responsable, «le consommateur québécois qui s'intéresse à la consommation responsable au Québec se trouve confronté à un véritable fouillis d'informations»: ce secteur fonctionne sans réglementation autre que celle qu'une entreprise déclare. Avec pour résultat que, «si la consommation responsable est en augmentation au Québec, elle est peu développée par rapport à ce qui se fait dans les pays scandinaves et européens».

Dans un tel contexte politique, l'avenir passe donc par une volonté des entreprises de se vouloir responsables. Et plus les citoyens se montreront vigilants, mieux il sera compris que, pour faire des profits et générer de la rentabilité, la seule voie possible est celle de la responsabilité.