Le Baromètre de la consommation responsable - Les Québécois ont amorcé un mouvement de «déconsommation»

Les Québécois souhaitent non seulement consommer moins, mais ils sont aussi plus sensibles au recyclage.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les Québécois souhaitent non seulement consommer moins, mais ils sont aussi plus sensibles au recyclage.

Consommer moins et mieux. Dans les dernières années, plus de la moitié des consommateurs ont amorcé un important mouvement de «déconsommation» en réduisant de manière significative leurs achats de biens non essentiels.

Ils ont aussi succombé en grand nombre à l'achat de produits écolos, équitables ou biologiques, et ce, beaucoup par respect de l'environnement et pour leur santé. Mais ils l'ont fait aussi, dans 40 % des cas, pour «avoir une bonne image d'eux-mêmes», pour se «donner l'impression d'être une bonne personne» et pour «augmenter leur propre estime», indique le tout premier relevé du Baromètre de la consommation responsable au Québec.

«C'est une découverte qui peut paraître étonnante, mais qui était connue des milieux scientifiques, a indiqué hier au Devoir Fabien Durif, de l'Observatoire de la consommation responsable et l'un des maîtres d'oeuvre du Baromètre. En matière de consommation responsable, l'image que ce geste donne du consommateur est une composante importante. Et une proportion comme celle-là indique que l'on est, pour le moment, plus devant un phénomène de mode que devant une tendance lourde.»

N'empêche, l'environnement préoccupe les Québécois, dont plus du tiers se sont mis au vert de manière active en devenant adeptes de produits socialement et écologiquement responsables. Les femmes tout comme les personnes âgées de 50 à 59 ans ont le plus contribué au mouvement, révèle le Baromètre, mis en place par l'Observatoire de la consommation responsable de l'Université de Sherbrooke et dont les grandes lignes doivent être rendues publiques aujourd'hui avec la complicité du magazine consumériste Protégez-vous.

Dans l'ensemble, le Québec obtient la note de passage en matière de consommation responsable avec, pour 2010, un indice inscrit au Baromètre de 64 sur un maximum de 100. Cet indice repose sur la mesure de 49 indicateurs de comportements, d'actions et d'achats passés. L'enquête s'appuie en partie sur un coup de sonde lancé dans le cyberespace entre le 5 et le 12 novembre dernier dans un bassin de 750 internautes-citoyens. Research Now a piloté la chose, dont la marge d'erreur est de 3,6 %.

De la parole au geste

En substance, le Baromètre met en lumière des changements importants dans les habitudes de consommation, habitudes teintées désormais par une préoccupation environnementale affichée par 51,8 % des Québécois. Les deux tiers des répondants se sont dits également «confiants dans leur pouvoir d'action en tant que consommateur», peut-on lire.

Ils le prouvent en ayant favorisé au cours de la dernière année l'achat de produits réutilisables (67,6 %), durables (66,4 %), pouvant être recyclés (65,8 %), et en optant pour le produit le moins toxique pour l'environnement (62,8 %), lorsque le choix se présente à eux.

Autre révélation: plus de la moitié des consommateurs indiquent avoir volontairement diminué leur consommation générale en 2010 pour le bien de la nature, selon le Baromètre, qui précise au passage ce mouvement de «déconsommation»: entre 59 et 65 % des gens ont réduit leur consommation d'énergie et renoncé à l'achat de produits ou services dont ils n'avaient pas besoin pour minimiser leur empreinte écologique. La moitié des répondants disent aussi avoir ajusté à la baisse leur consommation d'essence.

«Nous nous doutions que l'environnement avait pris une place importante dans le monde de la consommation, mais la force de la déconsommation est, elle, plutôt inattendue, dit M. Durif. Bien sûr, le contexte économique y est pour quelque chose, mais il n'y a pas que cela et nous allons continuer de suivre ce phénomène dans les prochaines années.»

Les gestes posés par les consommateurs sont nombreux, mais prévisibles, indiquent les propriétaires de l'instrument de mesure, qui pointent le sac d'épicerie réutilisable, l'adoption d'une poubelle spéciale pour le recyclage, l'achat d'électroménagers certifiés Energy Star, l'utilisation d'ampoules fluo compactes, de piles rechargeables et l'achat de produits en grand volume comme les principales actions responsables des Québécois. L'achat de fruits et légumes de saison, de papier essuie-tout, de papier hygiénique et de papier pour impression faits de matière recyclée, les produits d'entretien ménager verts, la viande élevée localement et les produits de jardin sans pesticide sont aussi au nombre des biens encouragés par les consommateurs responsables.

Une carence de services responsables


«Ces comportements et ces choix ne sont pas étonnants puisqu'ils sont dictés par l'offre et par la réglementation, dit le chercheur. Cette liste met toutefois en lumière que les produits verts dont on entend parler depuis très longtemps ont été ceux qui sont le plus adoptés. À l'inverse, elle montre aussi la carence de services entrant dans cette catégorie.»

Dans l'ensemble, le Baromètre vient confirmer que le recyclage, l'achat local, la protection de l'environnement, la déconsommation, la protection des animaux et l'engagement social des entreprises sont, pour le moment, les principaux moteurs des comportements en matière de consommation dite responsable. Le transport durable et le compostage sont également une source d'inspiration pour les Québécois, mais de manière un peu plus marginale.

Par ailleurs, 28 % des répondants, dont une grande majorité d'hommes (59 %), se disent réfractaires à ce type de consommation, alors que 36 % des répondants se présentent comme «sensibles» au phénomène, mais freinés dans leurs projets d'adoption par le prix plus élevé des produits responsables (56 %) et par le manque d'information (46,6 %).

Au cours de la dernière année, les consommateurs ont aussi modifié leur comportement à la lumière de grands événements écologiquement ou socialement préoccupants dans l'actualité, indique le Baromètre de l'Observatoire de la consommation responsable. En tête: la marée noire dans le golfe du Mexique, qui a sensibilisé 72,4 % des Québécois à l'impact de l'humain sur la nature. Le tremblement de terre en Haïti est aussi au nombre des moments marquants de 2010 pour les consommateurs. À l'inverse, à peine le quart des consommateurs se sont dits préoccupés par le rejet au Canada de la proposition d'interdire le commerce international du thon rouge, dont la survie est pourtant menacée par une surpêche, souvent illégale.

Le consommateur vert du Québec justifie aussi ses comportements par plusieurs préoccupations, dont la protection de l'eau (87 %), la protection de la santé (86,6 %), la protection de l'air (84 %) et la lutte contre la pollution (80 %). La biodiversité (60 %) et l'impact environnemental des pays émergents (65 %) arrivent loin derrière, précise le Baromètre.
8 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 1 décembre 2010 09 h 26

    Les mentalités changent et c'est tant mieux.

    Je suis de ceux qui sont sensibles à cette façon d'entrevoir notre futur sous cet angle. Pour aller dans ce sens, cependant, il y a par contre tellement d'influence contraire que ça demande un effort constant. Ce qui aide, semble-t-il, c'est qu'il semble y avoir un courant naturel qui nous entraîne à la «déconsommation». On ne peut pas s,empêcher d'évoluer et c'est tant mieux.

  • Khayman - Inscrit 1 décembre 2010 10 h 29

    Du « toujours plus » vers le « toujours mieux »

    C'est le seul espoir de survie de l'espèce humaine.

  • Emmanuel - Inscrit 1 décembre 2010 10 h 54

    Tant mieux

    Je suis content d'apprendre que les tendances changent. Je constate que le fait de le dire aux gens autour de moi influence l'ensemble. J'ai hâte que l'on puisse en dire autant de la consommation automobile.

  • Olivier Laroche - Inscrit 1 décembre 2010 11 h 14

    Bravo

    Merci pour ces bonnes nouvelles. Il en faut de temps en temps !

  • Jean-Laurent Auger - Inscrit 1 décembre 2010 14 h 12

    Bonne nouvelle, mais...

    Il aura fallu un effort considérable de sensibilisation et quelques catastrophes écologiques pour provoquer un minimum de prise de conscience. Heureusement s'en est suivi une certaine amélioration dans nos habitudes de consommation.
    Mais, quant à moi, c'est encore trop peu si l'on pense au pourcentage de la population qui a modifié ses habitudes. Et ces personnes qui sont réellement sensibilisées, dans quelle tranche de revenus les retrouve-t-on? Serait-il juste de croire que chez les plus de 250 000$/an, le pourcentage soit particulièrement faible? Moi, j'en suis convaincu. Et c'est pourtant eux les très gros consommateurs. 2-3 autos(ou 4X4) par famille, une maison de 10-12 pièces avec 4-5 écrans de télé, et je passe les meilleures. Et ils sont de plus en plus nombreux. Par curiosité, jetez un coup d'œil sur leurs vidanges et leur bac à recyclage. Un vrai pied de nez à l'environnement. Passons!

    Pour conclure, il y a de quoi se réjouir à l'annonce de ces résultats intéressants bien sûr, mais il faudra beaucoup plus pour changer la triste trajectoire que nous avons initiée.
    Miser prioritairement sur la jeune génération serait prometteur d'une poursuite accélérée de cette nouvelle et heureuse tendance. Ça, j'y crois.
    Jean-L Auger