Au Québec - Sur la route des marchés de Noël

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Le marché de Noël de Baie-Saint-Paul<br />
Photo: Alain Janisson Le marché de Noël de Baie-Saint-Paul

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ancienne tradition européenne datant de la fin du Moyen-Âge, les marchés de Noël sont revenus au goût du jour depuis une vingtaine d'années, au point de devenir les nouveaux incontournables de la période des Fêtes. Originaires de l'Allemagne et de l'Alsace, ils se sont multipliés aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord. À côté du célèbre marché de Noël de Strasbourg, qui date de 1570, ou de Nuremberg, qui date de 1623, on en trouve aujourd'hui de tous les formats et de tous les styles.

De plus en plus de villes, petites ou grandes, ont désormais leur marché du temps des Fêtes et proposent chaque année de délaisser les centres commerciaux pour leur préférer de petites cabanes en bois. Traditionnellement, des étalages de produits régionaux et artisanaux sont au rendez-vous: pain d'épices, vin chaud ou fruits confits, mais aussi décorations de Noël, santons, boules et guirlandes, le tout accompagné d'illuminations et d'animations de saison, chorales ou autres festivités.

Au Québec, le succès de cette formule est désormais bien établi, à tel point que les dix dernières années ont vu pousser des marchés de Noël comme des champignons. Parmi les pionniers, citons le marché du Vieux-Port de Québec, qui en est à sa douzième édition, et celui de Val-David, à sa huitième. Ceux de Baie-Saint-Paul, de L'Assomption et de Compton reviennent pour une deuxième année, et on en trouve aussi à Trois-Rivières, Joliette, Longueuil et Sherbrooke, chacun offrant sa spécialité, son cachet bien à lui. «Nous sommes en voie d'avoir une vraie route des marchés de Noël au Québec. C'est une nouvelle manière de développer notre patrimoine touristique», affirme Agathe Sauriol, présidente du marché de Noël de L'Assomption.

Un phénomène qui révèle des habitudes de consommation changeantes, plus soucieuses des enjeux écologiques et économiques. En privilégiant l'artisanat et les producteurs régionaux aux objets fabriqués en Chine, le bois au plastique et le fait main à l'industriel, les marchés de Noël permettent en effet de soutenir une production locale. Du côté des idées de cadeaux, ils s'adressent aux amateurs d'originalité qui tentent de dénicher la perle rare. «C'est une autre façon de faire des achats», souligne Agathe Sauriol.

Québec

Le marché de Noël du Vieux-Port de Québec, par exemple, joue la carte de la gastronomie: sous le thème cette année de «L'effervescence des sens», il réunira 1000 produits du terroir parmi lesquels on pourra compter alcools, fromages fins, gibiers, charcuteries ou encore pâtisseries et confiseries. On y trouvera également sculptures, articles de décoration ou des arts de la table, laines et fourrures, savons, chapeaux, foulards ou encore bijoux.

Du 25 novembre au 31 décembre: www.marchevieuxport.com/marche-de-noel.php.

L'Assomption

Du côté du marché de Noël de L'Assomption, l'accent a été mis sur la créativité, avec l'intention de faire revivre l'esprit des marchés de Noël dans la pure tradition européenne. «Après plusieurs voyages en Europe, nous avons décidé de concevoir ce marché sur le modèle européen, en privilégiant des produits du terroir, artisans et métiers d'art. Nous avons même importé notre recette de vin chaud épicé!», s'exclame Agathe Sauriol. Des maisonnettes signées Claude Tremblay, directeur artistique de cinéma, des braseros conçus et réalisés par un forgeron local et des animations avec artistes de cirque, jongleurs, cracheurs de feu, échassiers, danse folklorique, chants, contes et légendes, le marché fait le pari du pittoresque pour attirer et fidéliser une clientèle variée.

Du 2 au 23 décembre: www.marchedenoeldelassomption.ca.

Montréal

Et cette année, c'est au tour de la ville de Montréal de faire le pas et de se doter d'un marché de Noël: Les Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM) inaugureront le premier marché de Noël à caractère philanthropique de Montréal, le Marché Casse-noisette, au Palais des congrès. «Montréal se devait d'avoir son marché des Fêtes, comme tant d'autres villes européennes et nord-américaines. Les Grands Ballets ont eu la brillante idée de profiter de ce créneau unique en instaurant une nouvelle tradition», a déclaré Michel Blanc, président d'honneur du Marché Casse-noisette.

L'ambition est de taille: jusqu'à 15 000 personnes sont attendues et ce marché vise à devenir un rendez-vous annuel, une tradition à l'instar du spectacle Casse-noisette, de Fernand Nault, adapté du conte d'Hoffmann sur la musique de Tchaïkovski, qui se produit depuis 47 ans. À cette occasion, le Palais des congrès prendra les couleurs du Casse-noisette, un décor placé sous le signe de la féerie et signé Jean Daniel Pilon, collaborateur régulier des GBCM.

Ce marché de Noël revisite la tradition européenne pour jouer la carte du luxe. Plutôt que les habituels produits de saison, artisanat et producteurs régionaux, le concept est celui du «tout sous un même toit»: on y trouvera donc des idées de cadeaux qui touchent aussi bien à la mode qu'à la décoration, à la gastronomie, aux jeux ou aux produits de beauté. Il troque les laines et fourrures contre du prêt-à-porter signé par des créateurs contemporains, le vin chaud et le pain d'épices contre des confiseries, chocolats et épicerie fine, avec quelques touches résolument originales, comme des produits à base de plantes boréales ou de fleurs comestibles. Parmi les autres trésors à y dénicher, plus de 70 exposants tiendront des kiosques diversifiés mais tous placés sous l'égide de l'objet rare et original. Les créations en écodesign et en art de la récupération auront notamment leur place. Un parfum nommé Clara, faisant écho au personnage du conte, a été créé pour l'occasion et sera également lancé. Les animations de Noël feront place à des activités comme des contes pour enfants, des ateliers de dégustation, de fabrication d'orfèvrerie ou encore de poupées.

Et, pour dépenser sans scrupules, le marché inaugure une nouvelle formule: 10 % des ventes et la totalité des revenus réalisés par les GBCM seront versés au Fonds Casse-noisette pour enfants et en soutien à la production de Casse-noisette, pour la restauration des décors et des costumes. Créé il y a 13 ans, le Fonds permet chaque année à 1800 écoliers issus d'un milieu défavorisé et inscrits dans une soixantaine de classes du grand Montréal de participer à des ateliers éducatifs et d'assister à une représentation de Casse-noisette.

Du 25 novembre au 5 décembre: www.marchecassenoisette.com.

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Collaboratrice du Devoir