Sondage Léger Marketing - Le Devoir - Les Québécois veulent savoir où les OGM se cachent dans leurs assiettes

Pas moins de 83 % des Québécois sont en faveur de la mise en place par Québec d’un étiquetage obligatoire des OGM dans l’alimentation. Seuls 6 % trouvent le projet inintéressant.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pas moins de 83 % des Québécois sont en faveur de la mise en place par Québec d’un étiquetage obligatoire des OGM dans l’alimentation. Seuls 6 % trouvent le projet inintéressant.

La tendance se maintient. Une fois de plus, les consommateurs du Québec envoient un message clair au gouvernement Charest: ils veulent que la présence des organismes génétiquement modifiés (OGM) soit obligatoirement mentionnée sur l'emballage des aliments qu'ils achètent. Et ce, même si ces substances ne leur font pas forcément peur, indique un sondage.

Le peu mérite d'être souligné. Alors que Québec vient de rendre publique une étude qui confirme la présence discrète des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans les paniers d'épicerie, les consommateurs restent catégoriques: ils veulent être en mesure de distinguer facilement les produits qui en contiennent et demandent du coup à Québec, dans une quasi-unanimité, soit 83 %, d'imposer l'étiquetage obligatoire des OGM dans l'alimentation.

C'est du moins ce qui ressort d'un sondage Léger Marketing qui vient d'être réalisé pour le compte du Devoir. Le coup de sonde a été envoyé partout au Québec, par Internet, dans un bassin de 1047 consommateurs du 25 au 28 janvier dernier. Sa marge d'erreur est de 3 %, 19 fois sur 20.

En substance, la moitié (50 %) des personnes sondées se disent fortement en accord avec la «mise en place par Québec d'un étiquetage obligatoire des OGM». Un autre tiers est simplement «en accord» avec la proposition, pour un total de 83 %. À l'inverse, 6 % des gens trouvent le projet inintéressant.

«C'est un point de vue très fort, a commenté Mathieu Gagné, de Léger Marketing. L'idée des Québécois sur le sujet est faite: ils ne voient pas pourquoi les OGM ne seraient pas étiquetés pour leur permettre de faire des choix éclairés.» Et ce besoin exprimé est d'ailleurs guidé autant par la transparence que par la peur.

En effet, 54 % des répondants disent aujourd'hui craindre la présence des aliments transgéniques dans leur alimentation, contre 37 % pour qui l'inquiétude n'existe pas. La peur des OGM s'exprime davantage chez les femmes (62 %), les Montréalais (60 %), mais aussi chez les universitaires (59 %) et les personnes sans emploi (70 %).

«La préoccupation des gens face aux OGM est toujours la même, a commenté hier Stéphane Groleau des Amis de la Terre, un groupe opposé au génie génétique agroalimentaire. Cela montre qu'ils sont éveillés, informés et qu'ils veulent la liberté de choisir d'en mettre dans leurs assiettes ou pas.»

L'appui à cette forme d'étiquetage n'est pas nouveau. En 2007, un sondage commandé par Greenpace a mis en exergue un appui de 86 % de la population en faveur de cette obligation. Ils étaient 76 % du même avis en 2004. «Ce n'est pas forcément une priorité pour les Québécois, a indiqué M. Gagné. Mais ce n'est pas non plus un effet de mode.»

Une étude publiée par Québec à la mi-janvier a révélé qu'entre 9 et 10 % des aliments entrant dans un panier d'épicerie, principalement ceux à base de maïs, de canola et de soya, peuvent contenir des OGM, la plupart du temps à l'état de traces. Or, l'emballage de ces produits n'en fait jamais mention. Jusqu'à maintenant, la seule règle en vigueur au pays est une norme d'étiquetage adoptée par Ottawa en 2004 à laquelle l'industrie peut adhérer sur une base volontaire.

En campagne électorale, les libéraux de Jean Charest ont toutefois promis de «développer une politique rendant obligatoire l'étiquetage de tous les aliments contenant des OGM», peut-on lire dans un document présenté aux électeurs en janvier 2003. Régulièrement rappelée à la mémoire du gouvernement par les groupes écologistes et consuméristes, cette mesure a pour le moment fait l'objet d'une évaluation économique, de la part de Québec. Sa mise en place coûterait 158 millions de dollars pour l'infrastructure et 26,5 millions en frais de fonctionnement pour le secteur de la production, de la transformation et de la distribution alimentaire.