Tempête dans un verre de lait bio

Tempête dans un verre de lait bio. L'organisme Québec Vrai a décidé de suspendre la certification biologique de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) en raison «d'un problème majeur de non-conformité» aux règles en vigueur, explique-t-il sans plus de détails. Le transport par camion du lait bio produit au Québec, entre les fermes et les usines de transformation, est toutefois au coeur du litige.

La décision a été portée en appel devant le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), la police du bio, par le puissant syndicat de producteurs. Une décision est attendue avant la fin novembre. D'ici là, la Fédération, une des composantes de l'Union des producteurs agricoles, peut poursuivre ses activités biologiques, mais dans le cadre d'une certification temporaire qui arrive à échéance le 30 novembre prochain.

Selon l'organisme de certification, cette suspension était inévitable puisque la FPLQ n'a pas réussi dans les derniers mois à apporter «la preuve documentaire» qu'elle respectait bel et bien les normes biologiques en matière de nettoyage des camions-citernes. Ces normes imposent entre autres exigences un double rinçage pour éviter d'éventuels croisements avec du lait traditionnel. L'absence de résidus de savon ou de désinfectant doit également être démontrée.

«En matière de certification biologique, nous avons besoin de ces documents pour nous assurer que l'ensemble des règles est respecté 365 jours sur 365», a résumé plus tôt cette semaine Julie Bergeron, directrice générale de Québec Vrai qui évoque un problème qui pourrait «porter atteinte à l'intégrité biologique du produit.» L'organisme a indiqué également au Devoir ne pas en être à son premier différend en matière de non-respect des normes avec la Fédération qui est certifiée depuis 2004 par Québec Vrai.

Tout en refusant de «commenter cette affaire», la Fédération s'est toutefois voulue rassurante en indiquant qu'elle manipulait du lait biologique au Québec depuis 1993 sans aucun problème, et ce, tout en respectant les normes de nettoyage des camions-citernes imposées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. «Là, on nous demande de mettre en place une nouvelle procédure, a indiqué François Dumontier, porte-parole du syndicat. Et on a décidé de contester.»

Le CARTV, l'organisme qui encadre légalement le bio et s'assure du respect des normes de production et de transformation biologiques au Québec, a confirmé que la suspension de la certification du syndicat laitier faisait l'objet d'une demande d'appel. «Une première» dans l'histoire de l'organisme, selon Denis-Paul Bouffard, responsable du Conseil. «Le comité d'accréditation va regarder ça, dit-il. Nous allons bien sûr regarder toutes les informations transmises avant de prendre rapidement une décision.»

Notons que l'organisme Québec Vrai a interpellé au courant de l'été le comité des normes de ce Conseil afin de vérifier le bien-fondé de l'exigence documentaire transmise à la FPLQ quant au nettoyage des camions-citernes. Selon ce comité, le type d'information demandée quant au nettoyage serait d'ailleurs une demande très répandue dans le secteur du biologique afin d'assurer le caractère bio des produits mis sur le marché.

Le lait biologique a le vent dans les voiles au Québec depuis 2002 avec une production en croissance de plus de 60 % en cinq ans. Le Québec est à l'origine de la moitié de la production canadienne. Actuellement, ce produit de niche ne représente toutefois que 1 % de la production globale de lait au Québec. Il est aussi alimenté par plus de 100 éleveurs de vaches à lait qui, en 2006-2007, ont touché une prime pour leur lait bio d'environ 19 $ par hectolitre produit, selon les données fournies par la FPLQ. À titre de comparaison, cette prime était de 7 $ en 2002-2003.

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