Un importateur de produits équitables crie à l'injustice

gracieuseté françois bellemare
Amoureux de l’Afrique, François Bellemare s’y rend régulièrement pour tisser des liens avec ses artisans-fournisseurs, comme ces travailleuses du raphia du village de Bafout, dans le nord-est du Cameroun.
Photo: gracieuseté françois bellemare Amoureux de l’Afrique, François Bellemare s’y rend régulièrement pour tisser des liens avec ses artisans-fournisseurs, comme ces travailleuses du raphia du village de Bafout, dans le nord-est du Cameroun.

La controverse vient de rattraper la deuxième édition de la Foire du commerce équitable, qui s'ouvre samedi à Montréal. C'est qu'un importateur de meubles africains s'indigne de voir ses produits équitables exclus de l'événement, faute d'une certification en règle désormais imposée par les organisateurs. Une obligation injuste, selon lui, pour bien des artisans africains qui n'ont pas les moyens ni les ressources administratives qu'il faut pour accéder à cette reconnaissance.

Injustice au royaume de la consommation responsable. Un importateur montréalais de mobilier africain issu du commerce équitable remet sérieusement en question le principe de certification imposé par ce courant commercial après s'être fait refuser l'accès à la Foire du commerce équitable cuvée 2009, qui doit se tenir samedi prochain à Montréal.

La raison? Les organisateurs lui reprochent de ne transiger sur le terrain qu'avec un seul regroupement d'artisans certifiés équitables sur les neuf qui l'approvisionnent. Une carence qui n'a rien de condamnable, se défend-il: la majorité de ces fabricants de meubles ne sont pas «certifiables» pour des raisons structurelles propres à l'Afrique. Et le mouvement du commerce équitable ne devrait pas les exclure de la filière d'échanges commerciaux plus justes pour cette seule raison, indique l'ancien coopérant. Il appelle du même souffle à un débat public et impartial sur ce qu'il qualifie aujourd'hui de dérive dans «l'industrie du logo».

François Bellemare, un ébéniste qui pendant trois ans a supervisé un atelier de meubles au Cameroun pour Oxfam-Québec, est indigné. «La décision de nous exclure de la Foire est une grave injustice pour nos partenaires africains», a-t-il indiqué en début de semaine. Le Devoir l'a rencontré dans l'entrepôt de son entreprise d'importation, Intermonde, à Montréal. «Nous respectons les principes du commerce équitable. Notre démarche est d'ailleurs totalement transparente. Mais là, nous nous retrouvons devant une application sans nuance des principes de certification.»

L'homme ne s'en cache pas: la majorité des artisans qui l'approvisionnent ne sont pas certifiés, car comme beaucoup d'entre eux en Afrique, «ils fonctionnent dans une économie informelle, n'ont pas de bureau et sont parfois analphabètes, précise-t-il. Le seul groupe certifié que nous avons a été monté par des blancs et certifié par des blancs. Or, le mouvement du commerce équitable est actuellement en train d'exclure de son réseau des groupes vulnérables, simplement pour un logo. C'est donc aller à l'encontre des valeurs de base de ce mouvement auquel je crois beaucoup».

Joint par Le Devoir, un des organisateurs de l'événement, Steven Roy, de l'organisme Dix mille villages, a expliqué que la décision d'exclure Intermonde a été prise au nom des consommateurs qui réclament cette certification pour être assurés que les produits équitables qu'ils achètent le sont bel et bien. «En groupe, nous avons décidé de n'accepter que les organismes certifiés, a-t-il indiqué. Nous ne pouvons pas faire d'exception. Si on ouvre une brèche, qui sait qui va s'y engouffrer à l'avenir?»

Dans les dernières semaines, Intermonde a toutefois reçu l'appui de plusieurs groupes communautaires africains, dont le Centre AFRICA de Montréal et l'Association des Camerounais du Canada, qui en choeur ont dénoncé l'intransigeance des organisateurs de la Foire, tout en confirmant la complexité de certification des artisans fournisseurs de l'entreprise. Lundi, le député du Parti québécois Maka Kotto a apporté sa voix, à titre personnel, à ce concert d'appuis.

La Foire du commerce équitable est organisée cette année par Dix mille villages et fibrEthic, deux organismes qui vendent des produits équitables, dont du mobilier. Elle est aussi en partie financée par Transfair Canada, un influent certificateur au pays. Notons que la certification équitable n'est régie par aucune loi au Canada et repose uniquement sur des normes établies par les acteurs du mouvement. Ce sont également ces mêmes acteurs, et non le gouvernement, qui s'assurent du bon fonctionnement des règles du jeu.