Des vertes et des mûres

René Derouin veut décorer le Metro de Val-David d’une murale et l’habiller de végétaux grimpants. Et intégrer ainsi l’édifice aux montagnes et au paysage verdoyant. Et en faire une oeuvre d’art.
Photo: René Derouin veut décorer le Metro de Val-David d’une murale et l’habiller de végétaux grimpants. Et intégrer ainsi l’édifice aux montagnes et au paysage verdoyant. Et en faire une oeuvre d’art.

Pris en étau entre la féroce concurrence des géants de l'alimentation de Sainte-Adèle et de Sainte-Agathe, l'épicerie Metro de Val-David voyait son avenir pâlir, quitte à devoir céder le fruit de ses années de labeur devant les Plus et les Mart avoisinants. L'artiste René Derouin, Valdavidois d'adoption, a eu la rafraîchissante idée d'envelopper l'édifice de végétaux pour l'intégrer à l'environnement typique de la municipalité. Petit tour de cette idée verte, et mûrie.

Depuis trois ans, Jacques Dufresne, propriétaire du Metro de Val-David, unique marché d'alimentation de la municipalité, planche sur un plan d'agrandissement de son bâtiment. La municipalité a des rêves de faux pignons pour rendre plus jolie la façade de l'épicerie. Lui n'a que faire des pignons pour faire beau. Résidant depuis 40 ans de la ville de 4500 habitants, l'artiste René Derouin a eu une idée en soupant sur la terrasse d'un restaurant donnant sur le commerce: celle de l'orner d'une murale et de l'habiller de végétaux grimpants. D'intégrer ainsi l'édifice aux montagnes et au paysage verdoyant. Et d'en faire une oeuvre d'art.

L'idée a immédiatement suscité l'enthousiasme de M. Dufresne. «Ce projet, c'est exactement la vision de Val-David, qui est une ville de culture et de plein air», dit l'homme d'affaires, qui a flirté un moment avec l'idée de baisser les bras et d'abandonner le commerce familial, victime de la cruelle concurrence avec les marchés rivaux. Sur les plans de l'agrandissement, ils ont mis de côté les pignons et les fantaisies architecturales pour laisser la place à la création de René Derouin. Une murale de 350 pieds de long qui lèche les quatre murs extérieurs du bâtiment, des arbres et des plantes grimpantes, verdoyantes en été et qui rougiront à l'automne, explique l'artiste. «Ça va être une oeuvre que la population va voir évoluer avec les années, comme la nature. Je fais une part du travail et la nature va le compléter», explique M. Derouin

Loin de lui le désir de voir sa murale voler la vedette à l'architecture végétale. Évaluée à trois quarts de millions de dollars, la toile immense, constituée de 45 panneaux de 4 par 8 pieds de longueur, est offerte par l'artiste au propriétaire du Metro de Val-David, qui ne paiera que le prix de sa réalisation. Du reste, Derouin en conserve les droits, au cas où Jacques Dufresne se départirait de son établissement. «Cette murale représente mon engagement envers la communauté», affirme le lauréat du prix du Québec Paul-Émile-Borduas en 1999 pour l'ensemble de son oeuvre.

Vert l'avenir

Évidemment, on ne peut verdir les parois d'une épicerie sans susciter des attentes aussi vertes à l'intérieur de ses murs. En passant au vert, Jacques Dufresne sait ce qui l'attend. «Ces dernières années, on a fait beaucoup d'efforts de recyclage, de promotion des sacs réutilisables, mais il reste beaucoup à faire.» Il souhaite se diriger vers une réfrigération plus saine pour l'environnement, pratique qui nécessite actuellement une pléiade de gaz chimiques. «On va se faire pousser dans le dos, et c'est voulu. Les clients feront en sorte qu'on ne dévie pas de notre mission!»

Depuis que la municipalité a entériné le projet, c'est devenu le talk of the town au sein de la population. Ce «cadeau» que le duo Dufresne-Derouin lui offre s'insère dans la «dynamique de beauté» que l'artiste veut créer dans sa municipalité. «Je me disais que ça pourrait avoir un effet d'entraînement sur les autres bâtiments de la rue principale, comme la pharmacie, le centre d'exposition.»

Les travaux d'agrandissement et d'embellissement, qui ajouteront 3000 pieds carrés aux 15 000 actuels de l'épicerie, se termineront en novembre. L'équipe de la Fondation Derouin, créée en 1995 par René Derouin, gravera et installera la murale au cours de l'hiver, pour plancher avec des spécialistes de l'aménagement paysager dès le printemps sur l'aspect végétal du projet. À côté des grosses enseignes qui lui font de l'ombre, le modeste épicier s'accroche malgré tout et enfonce ses racines, vieilles de 100 ans, encore plus profondément dans sa communauté.

«Et connaissant René [Derouin], je sais que le projet ne restera pas comme sur la maquette. Il va le bonifier, j'en suis persuadé!» Le présent n'est peut-être pas tout rose pour le Metro Dufresne, mais il met tout en oeuvre pour que son avenir soit plus vert.

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