OGM: promesse non tenue

Tout ça pour ça. Après 20 ans de recherche et près de 15 ans de commercialisation, les organismes génétiquement modifiés (OGM) peinent à améliorer le rendement des cultures de maïs et de soya, contrairement à ce qu'avancent les promoteurs de ces biotechnologies. Et ce constat d'échec amène désormais un groupe de chercheurs indépendants à remettre sérieusement en question le soutien financier et politique accordé à cette technologie qui au final procure si peu.

«Il n'est pas très sensé d'appuyer à ce point le génie génétique, et ce, parce qu'il n'a pas démontré sa capacité à accroître les rendements», a indiqué hier par voie de communiqué l'Union of Concerned Scientists (UCS), un organisme indépendant de recherche installé à Cambridge, aux États-Unis. Le groupe vient d'évaluer la contribution des OGM au monde agricole. Son rapport a été rendu public hier. La conclusion est catégorique: «Les promesses faites par les OGM n'ont pas été tenues», peut-on lire.

Après avoir passé au crible une vingtaine d'études portant sur le maïs et le soya génétiquement modifié cultivé aux États-Unis depuis plus d'une décennie, l'UCS estime que le maïs transgénique a permis depuis 1996 d'accroître de 0,2 à 0,3 % par an le rendement des cultures. Or, dans sa version traditionnelle, ce maïs s'accompagne d'un rendement supérieur d'environ 1 % chaque année, souligne le groupe de scientifiques. Son constat est similaire pour le soya issu du génie génétique, qui ne fait pas mieux que le soya ordinaire, précise le rapport.

«L'industrie des biotechnologies a dépensé des milliards de dollars en recherche et en relations publiques, mais ses semences génétiquement modifiées, pour l'alimentation humaine ou animale, n'ont pas permis aux agriculteurs américains d'augmenter significativement le poids de leurs récoltes, a indiqué hier Doug Gurian-Sherman, à l'origine de cette analyse. En comparaison, les productions traditionnelles continuent de faire mieux.»

Pour Les Amis de la Terre, un groupe qui pourfend les OGM depuis des années, ce portrait confirme que les plantes transgéniques demeurent de «la poudre aux yeux» et sont loin d'être la «solution d'avenir» que plusieurs multinationales présentent, a résumé hier Stéphane Groleau, porte-parole de l'organisme. «Il est d'ailleurs temps de réorienter l'agriculture vers des procédés plus respectueux de l'environnement», a-t-il ajouté.

L'UCS le croit d'ailleurs et précise, études en main, que dans certaines régions du globe des cultures biologiques ou dites intégrées — afin de réduire naturellement l'usage de pesticides — ont permis «de doubler les rendements, et ce, à des coûts minimes pour les fermiers», précise le groupe. Il recommande également au département américain de l'Agriculture ainsi qu'aux universités de concentrer à l'avenir leurs efforts de recherche sur l'ensemble des techniques agricoles qui ont démontré leur capacité à augmenter les productions plutôt que sur celles qui ne donnent rien.
2 commentaires
  • Tim Yeatman - Abonné 15 avril 2009 08 h 41

    Rendement dénoncé: étiquetons maintenant!

    L'étude de L'Union of Concerned Scientists n'est pas la seule qui constate que les OGM ne sont pas aussi efficaces que leur promoteurs ont promis. Voici quelques autres résultats semblables:


    À l'Université d’Essex Jules Pretty et Rachel Hine ont étudié plus de 200 projets agricoles dans les pays en voie de développement et ont découvert que pour l’ensemble de ces projets - ce qui inclut 9 millions de fermes sur près de 30 millions d’hectares - le rendement augmentait en moyenne de 93%. Une étude sur sept ans portant sur 1000 fermiers cultivant 3.200 hectares dans le district de Maikaal, dans le centre de l’Inde, établit que la production moyenne de coton, de blé et de piment était jusqu’à 20% plus élevée dans les fermes biologiques que dans les fermes conventionnelles de la région.


    Niels Halberg, de l’Institut danois de sciences agricoles, est arrivée à des conclusions très semblables, bien que ses auteurs soient des économistes, des agronomes et des experts en développement international. Roland Bunch, un agent de vulgarisation agricole qui a travaillé pendant des dizaines d’années en Afrique et en Amérique et travaille maintenant avec COSECHA (Association of Consultants for a Sustainable, Ecological and People-Centered Agriculture ; L’association des consultants pour une agriculture soutenable, écologique et centrées sur les populations) au Honduras. Bunch sait par expérience que l’agriculture biologique peut permettre aux fermiers pauvres de produire davantage que l’agriculture conventionnelle.


    Liens à cet effet:

    http://allafrica.com/stories/200902120900.html

    http://www.timesofmalta.com/articles/view/20090104

    http://www.rodaleinstitute.org/files/GreenRevUP.pd


    Ceci dit, est-ce qu'on pourrait avoir l'étiquetage des aliments pour les consommateurs?

  • Chryst - Inscrit 19 avril 2009 15 h 55

    Intérêts premiers ?

    Si nos gouvernements et nos institutions protègent d'abord les intérêts financiers des entreprises, imaginer le souci qu'ils peuvent avoir pour votre santé.