Le couvre-lit reprend le dessus

Tout le monde se souvient d'avoir manipulé un jour, à l'heure du coucher, un couvre-lit à passepoil de grand-mère. Bien emboîtant, avec plis plats aux angles et galon rapporté. En velours assorti aux rideaux, de préférence. Le lendemain matin, la tâche consistait à replacer minutieusement la chose pour un rendu impeccable. Le couvre-lit avait pour mission de parfaire la finition de literie d'un intérieur bien tenu. Il n'était même pas pensable de s'allonger dessus.

Les temps ont changé, la couette et sa désinvolture sont passées par là. Exit la raideur, peu adaptée à ce linge de lit mollasson et informe. Ce que l'on montrait ces dernières années, c'était la créative housse de couette et le couvre-lit semblait mort.

Or le voilà qui ressuscite. Même s'il peine à se défaire de son image vieillotte, l'objet s'est modernisé. Il est devenu un véritable accessoire de décoration. Les jetés mi-cachemire, mi-laine, les écharpes de lit en panne de velours et les boutis aux motifs ou aux coloris contemporains séduisent. «C'est très demandé. Aussi bien par les gens très branchés que par les petites mamies», explique Perrine, vendeuse au BHV, à Paris.

Rien d'étonnant puisque «la frontière entre le ringard et le branché peut être très mince», assure Vincent Grégoire, de l'agence de style Nelly Rodi. Les couvre-lits feraient partie de ces «produits avec une histoire, un savoir-faire», qui reviennent à la mode et répondent à un «besoin de tradition avec une touche un peu mode, sans que ce soit bling-bling non plus», estime le chasseur de tendances. Résultat: on trouve de nombreux modèles dans les rayons des géants de l'ameublement comme Ikea.

L'esthétique du couvre-lit semble avoir pris le pas sur son utilité. «C'est un moyen de saisonnaliser sa chambre sans en changer l'ameublement», estime Julia Duhamel, responsable de la communication chez Habitat. Plutôt que de tout chambouler, «on change le couvre-lit car il s'agit d'une pièce maîtresse qui habille toute la chambre», poursuit-elle.

Même si, chez Habitat, on assure que le couvre-lit constitue un «produit transgénérationnel», la majorité des clients se situeraient autour de la quarantaine. «Ce sont des gens qui ont les moyens et cherchent à créer une ambiance», explique Robert Kaszer, créateur de textile de maison.

Vincent Grégoire résume: «Avant, on ne montrait pas cette pièce. Maintenant, le lit doit être mis en scène, comme une pièce de théâtre.»

À voir en vidéo