Crise alimentaire ou crise de civilisation?

Alors que la crise financière et alimentaire mondiale poursuit son évolution, une équipe de géographes de l'Université de Montréal cherche désormais la réplique. Et pour ce faire, ils viennent de réunir autour de la même table 23 experts provenant de milieux disparates avec un objectif clair: cerner les problèmes agroalimentaires d'aujourd'hui pour trouver comment relever les défis de demain.

«La crise agricole actuelle n'est finalement qu'un épiphénomène d'une crise plus globale que l'on pourrait qualifier de crise de civilisation», a résumé hier Rodolphe De Koninck, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques, à l'origine, avec deux de ses étudiants, de cette rencontre. «Et pour y faire face, il est nécessaire de confronter la diversité des points de vue» sur les grands enjeux auxquels va faire face l'humanité dans les prochaines années.

Provenant du milieu agricole, universitaire, syndical, environnemental, mais représentant aussi des organismes non gouvernementaux ou des entreprises privées versées dans le marketing alimentaire ou l'environnement, ces experts, qui se sont rassemblés pour la première fois vendredi dernier à Montréal, ont d'ailleurs du pain sur la planche. Le groupe doit réfléchir en effet sur la nature du paysan de demain, l'influence de la société américaine en matière d'alimentation, le développement des organismes génétiquement modifiés (OGM) en Afrique ou encore la façon dont les huit milliards d'individus vont être nourris en 2025. Entre autres.

«Nous sommes devant des enjeux d'actualité», dit M. De Konink qui s'est dit satisfait par ce premier — «mais pas le dernier» — tour de table auquel Jean-Pierre Chicoine, d'Oxfam-Québec, le sous-ministre à l'Agriculture, Marc Dion, Linda Gagnon de Solidarité Union Coopérative, Isabelle Joncas d'Équiterre, le philosophe Harvey Mead ou encore la spécialiste des HEC en consommation de masse, JoAnne Labrecque, ont pris part.

«Le bilan est très positif. Il y a eu convergence pour identifier les problèmes actuels.» Des problèmes alimentés certes par les consommateurs du Québec et l'impact de leurs choix de consommation sur le reste de la planète que par certains États qui, par leurs politiques agricoles, menacent l'environnement. «Le palmier à huile est à l'origine d'un désastre écologique en Asie, résume-t-il, parce qu'il y a une demande mondiale en croissance pour cette huile.»

Ce regard croisé de 23 experts sur une époque en crise où «note modèle de société doit être remis en question» doit se retrouver au coeur d'un livre, annonce déjà le géographe. Et ce, d'ici à l'été.
2 commentaires
  • Françoise Breault - Abonnée 10 février 2009 13 h 47

    Qu'ont en commun ces crises?

    Crise alimentaire, crise des changements climatiques, crise financière, crise économique, crise forestière, crise de l'agriculture, crise des produits de la mer... Qu'ont en commun toutes ces crises? Le capitalisme: ce système économique axé le profit à tout prix...de s'enrichir toujours plus à tout prix, un système qui pille à toute vitesse les ressources de la planète pour toujours plus de profit, un système qui a réussi à installer ses bonzes à la tête de nos médias (sauf Le Devoir)et à obtenir une concentration des médias telle que ce système n'est pas remis en question...(ou très occasionnellement pour faire croire encore à la liberté de presse), un système qui avec la puissance de l'argent a réussi à faire capituler nos politiciens en leur faisant signer des accords qui vont à l'encontre de la protection du bien commun comme l'a écrit Michaël Mandel, de Business Week le 20 nov. 06: "Global forces have taken control of the economy. And government, regardless of party, will have less influence than ever."

    Tout cela forme un tout, comme les morceaux d'un casse-tête. Toutefois, même si nos médias (du moins les médias non corporatifs) nous en montrent des morceaux occasionnellement, jamais ils ne font une analyse et ne montre le casse-tête au complet.

    Pourtant contrairement à ce que bien des gens pensent ce système n'a pas toujours existé. Il a peine deux cents ans. Le monde fonctionnait aussi avant le système capitaliste!

    Ce qui est triste, c'est qu'à chaque fois qu'on ose nommer les lacunes du système capitaliste, la réaction est presque toujours la même: le système communiste n'était pas mieux. Comme s'il fallait absolument choisir entre ces deux systèmes! Comme si critiquer ce système implique que les gens n'auraient plus la liberté de partir de petites entreprises! Avant ce système fondé sur le "droit" d'accumuler sans limite, il y avait plein de petites entreprises. Un sytème dont le coeur serait le coopérativiste, pourrait très bien coexister avec une multitudes de petites entreprises. Comme les ressources naturelles appartiennent à tous les citoyens, ces secteurs pourraient être nationalisés. Nous avons Hydro-Québec grâce à la vision de René Lévesque et son équipe d'alors, nous pourrions avoir Mines-Québec. Prenons l'exemple de notre forêt publique. S'il y a une crise forestière, c'est évidemment, qu'il y a eu une surexploitation, quoiqu'en dise le pantin de l'industrie forestière et ex-ministre, M. Chevrette, surexploitation autorisée par la collusion de nos gouvernements avec l'industrie forestière...Imaginons que notre forêt publique aurait été géré par des coopératives forestières, dont le but premier n'est pas le profit, nous aurions aujourd'hui cette crise forestière. Malheureusement, le gouvernement, complice des forestières, a refusé aux coopératives forestières l'accès qu'il accordait aux grandes Cies forestières. Résultat: Voulant faire toujours plus de profits, de plus en plus vite = plus de bois.

    Présentement, cette cupidité sur lequel repose le système capitaliste a plongé le monde entier dans la crise financière et actuelle... Pourtant, les solutions actuelles pour régler le problème, ne font pas de lien avec la cause! Elles ne sont qu'un "plaster" sur un système cancéreux! En fait, plus justement, ce système est en lui-même un cancer en train de tout ronger, de tout piller autour de lui...et qui mourrait sans tous ses soins intensifs...

    Continuons de faire comme si de rien n'était! Continuons notre aveuglement! Continuons de ne pas appeler un chat, un chat! Tôt ou tard, le monde sera replongé dans le chaos! Et cette fois, pas certains que nous pourrons nous en sortir!

    Comme cela prend du temps aux humains de comprendre.

  • Jean Maxime - Inscrit 12 février 2009 07 h 10

    QUEL DOMMAGE...!

    Vous voyez Madame Breault, ce qui est le plus étonnant dedans tout cela, c'est qu'un article traitant des vrais enjeux n'ait qu'un seul commentaire dans son courant (le vôtre). Alors qu'un article (Mme Bombardier) traitant d'une déclaration supposément INCENDIAIRE de Sarkozi en génère près d'une centaine.

    C'est bien beau de penser que des petites coopératives vont tout régler, le faire quand on a été habitué à considérer notre monde, qu'a travers une perspective dualiste, est une toute autre affaire.

    Quel DOMMAGE que des textes traitant des vrais affaires n'attirent pas plus d'ATTENTION...!