Abattage de volailles - Inspection des aliments: Ottawa se déleste de certaines obligations

Photo: Agence Reuters

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) se retrouve une fois de plus sur la sellette. Au coeur de la controverse: un programme expérimental mis en place dans quatre abattoirs au pays, dont deux au Québec, où à l'avenir le retrait de la chaîne alimentaire des poulets non conformes sera laissé au jugement d'employés du secteur privé, plutôt qu'à des vétérinaires du gouvernement. Une réforme jugée inquiétante par les fonctionnaires qui ont décidé d'amener leurs craintes devant la Cour fédérale.

Le projet-pilote, mené par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) et qui vise à mettre dans les mains de l'industrie des procédures d'inspection dans plusieurs abattoirs au pays, dont deux situés au Québec, continue de soulever l'ire des vétérinaires du gouvernement fédéral.

Se disant d'ailleurs inquiets au sujet de cette réforme qui pourrait être à l'origine, selon eux, d'une nouvelle crise sanitaire au pays, ces spécialistes en santé animale ont décidé de traîner l'Agence et ses dirigeants devant la Cour fédérale avec un objectif clair: inciter leur employeur à faire marche arrière.

Baptisé «Projet du rejet des carcasses de volaille (PRCV)», cette refonte réglementaire pilotée par l'ACIA consiste, dans les grandes lignes, à confier à des employés d'abattoir le soin de retirer de la chaîne alimentaire les animaux non conformes à la consommation humaine. Jusqu'à maintenant, cette responsabilité incombait à un vétérinaire de l'ACIA qui, dans le cadre de la réforme en cours, n'aurait alors plus qu'à valider les rapports d'inspection fournis par l'industrie, sans forcément être présent sur la chaîne de production.

Le hic, c'est que cette nouvelle façon de faire bafouerait la Loi sur l'inspection des viandes en laissant des personnes non qualifiées poser des gestes relevant uniquement de la médecine vétérinaire. Ces actes visent d'ailleurs à «protéger la santé publique et à promouvoir la confiance des consommateurs en l'innocuité des produits de la volaille», résume l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), l'organisme à l'origine de la poursuite, dans un document de trois pages déposé en cour le 30 janvier dernier. La date d'audience de cette cause n'a pas encore été fixée.

Joint hier par Le Devoir, l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) s'est, lui aussi, dit «très préoccupé» par les allégements réglementaires au profit du secteur privé proposés par Ottawa, a résumé Alain Laperle, vice-président du regroupement. «Nous sommes craintifs devant ce projet-pilote. En bout de ligne, quel va être la qualité de l'inspection? Pour assurer l'innocuité des produits, ça prend des médecins vétérinaires sur le plancher [d'un abattoir].»

Dans une lettre adressée à la présidente de l'ACIA, l'été dernier, les vétérinaires fédéraux semblaient d'ailleurs sur la même longueur d'onde en qualifiant le nouveau programme de gestion de la volaille de «contraire à l'intérêt public», peut-on lire. «On ne doit jamais jouer avec la salubrité de notre chaîne alimentaire et nous sommes surpris, à la lumière de l'attention publique que reçoit cet enjeu dernièrement, que l'ACIA ne rebrousse pas chemin», poursuivent-ils.

En août dernier, une éclosion de listériose après la découverte d'une bactérie délétère dans une usine de transformation de viande de la compagnie Maple Leaf à Toronto a fait une vingtaine de morts en plus de rendre malades plusieurs centaines de personnes au pays. À l'époque, un document interne de l'Agence, dévoilé par le syndicat des inspecteurs, avait mis en lumière les intentions du gouvernement Harper de donner plus de place à l'industrie en matière d'inspection des aliments. L'usine du charcutier industriel, à l'origine de la crise, participait justement à un projet-pilote similaire à celui dénoncé aujourd'hui par les vétérinaires du gouvernement.

Placée une fois de plus sur la sellette, l'ACIA s'est défendue hier, en fin de journée, de prendre des risques avec l'innocuité des aliments. «La santé publique, c'est notre priorité, a résumé Richard Arsenault, directeur du programme d'inspection des viandes. Contrairement à ce que l'Institut dit, ce projet-pilote ne concerne que les carcasses retirées de la chaîne alimentaire. Les poulets destinés à la consommation humaine vont toujours être inspectés par des vétérinaires.»

Pour l'agence, l'objectif de la réforme «est de rehausser la salubrité des aliments» et ce, en libérant les vétérinaires de «tâches répétitives liées au retrait de produits de la chaîne d'alimentation des humains», dit-il. À terme, cela devrait permettre à ces professionnels «de mettre plutôt leurs compétences à profit dans la surveillance de l'invisible». Un invisible où évoluent un grand nombre de pathogènes, dont la Listeria monocytogène, à l'origine de «l'affaire Maple Leaf», fait partie.
 
2 commentaires
  • Lise Jacques - Abonnée 7 février 2009 09 h 21

    Encore un autre dossier ou le gouvernement est dans le champ

    Ce n'est pas la première fois...et ce ne sera probablement pas la dernière. Comment peut-on concevoir que le gouvernement Harper soit aussi négligent quand il est question de la sécurité alimentaire, donc de notre santé. Ce gouvernement préfère couper dans les dossiers importants et engloutir des soommes faramineuses dans la guerre en Afghanistan par exemple ou dans des subventions aux plus gros pollueurs.

    Une chance que certains veillent au grain!

  • Frederic Fradette - Inscrit 7 février 2009 11 h 36

    bizarre de mise en page

    Votre article aurait, à mon avis, été mieux servis si vous aviez mentionné au début l'objectif de cette réforme, plutôt que de le mentionner uniquement dans le dernier paragraphe. Votre article est scandalisant jusqu'au dernier paragraphe où là on se questionne sur les bienfaits de cette loi.