Publicité destinée aux enfants - Coupable, Saputo versera une amende de 44 000 $

Revirement de situation au palais de justice de Saint-Jérôme. Après des mois à plaider l'innocence, le géant de l'alimentation Saputo a finalement reconnu sa culpabilité hier pour publicité illégale destinée à des enfants de moins de 13 ans. Ce faisant, l'entreprise évite la tenue de plusieurs jours de procès intenté contre elle par l'Office de la protection du consommateur (OPC).

«À l'aube d'un procès qui devait débuter aujourd'hui [hier], une entente de règlement est intervenue entre [l'OPC et Saputo] mettant ainsi fin aux procédures judiciaires», a indiqué en matinée l'agence gouvernementale par voie de communiqué. Dans le cadre de cette entente, Saputo plaide donc coupable aux 22 chefs d'accusation portés contre elle pour diverses infractions à la Loi sur la protection du consommateur (LPC), en particulier l'article 248 qui interdit à toute entreprise de faire de la publicité visant des enfants de moins de 13 ans. Elle s'engage aussi du coup à verser 44 000 $ d'amende pour les délits commis.

L'affaire remonte à février 2007. La division gâteaux Vachon de Saputo a alors orchestré une vaste campagne de promotion de ses nouveaux muffins baptisés Igor dans plus de 230 Centres de la petite enfance (CPE) au Québec. Cette campagne comprenait la distribution d'échantillons gratuits et d'affiches mettant en vedette un petit gorille définissant l'image du produit ainsi que d'un CD présentant une chanson promotionnelle faisant résonner le nom du gâteau industriel. Une pratique dénoncée par la Coalition québécoise sur la problématique du poids (CQPP), un organisme dénonçant la malbouffe, qui avait alors porté plainte contre Saputo auprès de l'OPC.

La tournure des événements a été accueillie comme «une bonne nouvelle» hier par Suzie Pellerin, directrice de la CQPP. Le groupe espère que cette cause freinera à l'avenir les ardeurs des entreprises qui, comme Saputo, souhaiteraient transgresser la loi pour séduire des consommateurs en bas âge. «Bien sûr, le montant de l'amende n'est pas très élevé au regard des dépenses publicitaires que Saputo a dû engager pour les gâteaux Igor, a-t-elle ajouté. Mais cette affaire a une portée négative sur la réputation de l'entreprise, ce que les entreprises n'aiment généralement pas.»

Même si le fabricant des gâteaux Igor — qui désormais ne sont plus sur le marché, selon les informations diffusées sur son site Web — n'est plus dans la mire de la justice, le dossier n'est pas clos pour autant. L'OPC maintient en effet ses poursuites contre P2P Proximité Marketing, l'agence de publicité qui a orchestré la campagne dans «plus de 1000 CPE en Ontario, au Québec et dans les Maritimes», comme l'indique la firme de communication dans une brochure visant à promouvoir ses services. Ces «actions tactiques» auraient d'ailleurs «permis à Saputo de s'assurer une présence forte dans plusieurs milliers de points de vente», poursuit P2P qui fait face à 15 chefs d'accusation pour non-respect de la loi en matière de publicité destinée aux enfants. La cause devrait être entendue devant un tribunal dans le courant du

printemps.

Par ailleurs, sur la base de plaintes déposées par des groupes de défense des consommateurs, l'Office a également amorcé dans les derniers mois des procédures judiciaires contre Burger King, General Mills ainsi que les restaurants McDonald's pour des motifs similaires. La bande-annonce de Ciné-Cadeau, à Télé-Québec, mettant en vedette des croquettes de poulet, un site Internet à vocation ludique pour des céréales ainsi qu'une campagne de promotion avec jouets, est à l'origine de ces poursuites.

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