Recours collectif contre des «boissons santé»

Le Center for Science in the Public Interest (CSPI), aux États-Unis, vient de déposer devant un tribunal californien une demande de poursuite en recours collectif contre le géant de la boisson gazeuse Coca-Cola. L’objet du litige: les eaux vitaminé
Photo: Le Center for Science in the Public Interest (CSPI), aux États-Unis, vient de déposer devant un tribunal californien une demande de poursuite en recours collectif contre le géant de la boisson gazeuse Coca-Cola. L’objet du litige: les eaux vitaminé

La médicalisation de l'alimentation, ou l'art très contemporain de faire passer une boisson aux fruits, des céréales à déjeuner ou des yogourts pour des médicaments censés guérir de tous les maux pour nous faire vivre jusqu'à 150 ans — on résume —, n'est décidément pas une tendance à la baisse en 2009.

Et forcément, cette stratégie de marketing, douteuse selon plusieurs, risque encore cette année d'attiser le scepticisme et l'indignation des consommateurs et de certains groupes qui viennent à leur défense.

Un doute? Le Center for Science in the Public Interest (CSPI), aux États-Unis, vient de donner une belle preuve de cette indignation en déposant il y a dix jours, devant un tribunal californien, une demande de poursuite en recours collectif contre le géant de la boisson gazeuse Coca-Cola.

L'objet du litige: les eaux vitaminées de la multinationale, les fameuses VitaminWater, dont les ambitions médicales seraient aussi démesurées et trompeuses qu'inquiétantes, estime le groupe consumériste.

Lancé à grand renfort de publicité dans les dernières années, partout dans le monde, y compris au Canada, ce nouveau produit de la marque Glacéau, une composante de l'empire Coke, voit grand. Très grand.

Visite guidées: ces eaux nouveau genre, que l'on trouve facilement dans les dépanneurs du Québec, se déclinent actuellement sous une quinzaine de saveurs aux noms sans équivoque: «Essential», «Balance», «Energy», «Defense», «Power-C», «Vital-T»...

Dans la bouteille, le consommateur va trouver une combinaison d'arômes naturels, de suppléments vitaminés et de minéraux aux objectifs avoués: promouvoir la santé, entretenir les articulations, réduire les risques de maladies chroniques ou enrayer les effets de l'âge sur les yeux, résume le CSPI dans les 20 pages de sa demande de recours collectif déposée le 14 janvier dernier devant le tribunal du Northern District of California.

Allégations salvatrices

Combattre la fuite du temps, ne plus avoir mal aux genoux ni tomber malades... les allégations salvatrices sont inspirantes. Le hic, c'est qu'elles sont aussi sournoises, dénonce le groupe de défense des consommateurs qui, tout en soulignant le fait que Coca-Cola a bien pris la peine de ne pas afficher son logo sur l'emballage de ce produit, qualifie au final ces eaux dites «enrichies d'éléments nutritifs» de rien d'autre qu'un subterfuge du géant de la bulle pour faire passer une vulgaire boisson aromatisée pour de l'eau d'une fontaine de jouvence.

Sauver les meubles

Dans un monde où l'obésité, le diabète et autres troubles liés à la surconsommation de sucre galopent, la multinationale «craint, à juste titre, de vendre moins de boissons gazeuses aux Américains», explique Steve Gardner, l'homme responsable des poursuites judiciaires au CSPI.

Dans ce contexte, «les eaux vitaminées sont une tentative de Coca-Cola d'habiller les sodas avec la blouse blanche d'un médecin. Mais sous la blouse, cela reste de l'eau sucrée» et rien de plus, selon lui. Un «rien de plus» qui, vendu à 4,36 $ le litre dans un dépanneur près du Devoir, s'avère finalement bien dispendieux pour ce qu'il livre: principalement de l'eau et du sucre.

Les nutritionnistes de l'organisme l'ont d'ailleurs bien vu. D'abord, même si elles exploitent les noms et les couleurs très santé d'orange, de canneberge, de raisin, de punch aux fruits, de pêche, de bleuet ou de thé vert, ces boissons contiennent bien souvent «entre zéro et 1 % de fruits», a constaté l'organisme.

Pis, «avec 33 grammes de sucre dans chaque bouteille» — contre 39 grammes pour 591 ml de Coke —, VitaminWater «fait plus pour la promotion de l'obésité, du diabète et d'autres maladies» que pour améliorer la santé humaine, comme le prétendent les cocktails de vitamines et minéraux qu'elles affichent, poursuit-il.

Devant ce portrait, le CSPI y va d'ailleurs d'une petite recommandation à ceux qui, comme James Koh, un résidant de San Francisco porteur devant les tribunaux de la poursuite contre Coca-Cola, ont été ou sont tentés de se laisser séduire par le chant de sirènes, paradoxalement orchestré par l'un des plus grands pourvoyeurs de malbouffe au monde: «Si vous croyez avoir une carence en vitamines, ne cherchez pas ces vitamines dans les boissons sucrées VitaminWater de Coca-Cola, dit le CSPI. Allez les chercher dans de la vraie nourriture» comme des fruits ou des légumes frais, par exemple.

Et cette recommandation prend certainement tout son sens dans un pays où une majorité écrasante de la population vit techniquement avec une surcharge pondérale évidente et où 15 millions d'individus, soit deux fois la population du Québec, quand même, souffrent d'obésité dite morbide.

***

Va-t-on réussir à s'en débarrasser en 2009? C'est en tout cas ce qu'espère The New York Times, qui vient de placer les vinaigrettes commerciales de type Kraft dans sa liste des denrées alimentaires à sortir des cuisines en cette année qui débute.

Aberrations culinaires des deux dernières décennies, ces bouteilles de sauce à salade se sont en effet répandues en Amérique du Nord aussi vite que du Cheez Wiz chaud sur une branche de brocoli, et ce, en dépit d'une réalité étonnante: mélanger de l'huile avec du vinaigre ou du jus de citron, ou avec de la moutarde, du sirop d'érable, du sel et du poivre, relève certainement du jeu d'enfant et n'entraîne pas vraiment de ponction significative dans le peu de temps des ménages pour préparer les repas. Alors pourquoi demander à une industrie de faire la préparation pour nous?

La vinaigrette maison

Pour toutes ces bonnes raisons, et sans doute parce que les nutritionnistes classent ces vinaigrettes homogènes dans la catégorie «aliments bas de gamme» en raison de l'apport calorique et du sodium qui vient avec, le quotidien new-yorkais propose donc de se débarrasser de ces bouteilles — qui encombrent souvent la porte du frigo — pour revenir à la bonne vinaigrette maison. La recette s'exécute d'ailleurs en moins de 15 secondes, sans avoir besoin d'aptitudes culinaires particulières.

The New York Times, sous la plume de Mark Bittman, suggère même de se montrer imaginatif en ajoutant dans le mélange de base (huile et vinaigre) de la moutarde, du miel, du vinaigre balsamique, de la sauce soya, de l'ail, de l'estragon... laissant à ses lecteurs le soin de compléter la liste.

Fait amusant, le quotidien en appelle visiblement à un retour à l'authentique dans les cuisines des États-Unis en logeant à la même enseigne que la vinaigrette industrielle les croûtons commerciaux — si faciles à faire soi-même —, le bouillon de poulet en poudre — à remplacer par un bouillon de poulet maison —, l'huile en aérosol, le jus de citron en bouteille, les fonds de tarte prêts à l'emploi, le riz minute en sachet de cuisson rapide ou encore le persil déshydraté que les consommateurs gagneraient à éviter.

Et cela, autant aux États-Unis qu'ailleurs dans le monde civilisé.

***

conso@ledevoir.ca

À voir en vidéo