Le coffre à jouets du Plateau

Dans la boutique, la confection artisanale prédomine, principalement celle façonnée par les doigts habiles de nos artisans locaux.
Photo: Jacques Grenier Dans la boutique, la confection artisanale prédomine, principalement celle façonnée par les doigts habiles de nos artisans locaux.

On soulève le couvercle un peu lourd de l'immense coffre à jouets en bois. On passe une jambe par-dessus bord, puis l'autre... Haut comme trois pommes, qui ne rêvait de se retrouver dans une pièce secrète peuplée de joujoux extraordinaires? Il faut pénétrer dans la boutique La Grande Ourse, sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal, pour que cette magie opère enfin.

La porte de bois du magasin de jouets craque un peu. En franchir le seuil, c'est se laisser emporter vers l'enfance. Assise à une dînette en bois, Marie-Ève Piché pique la laine. Son papillon volettera dans un mobile, comme ceux, faits d'anges vaporeux, qui tourbillonnent au-dessus de sa tête. La propriétaire, Marguerite Doray, pèse de la laine blanche comme la longue natte de ses cheveux. À l'image du magasin général d'antan: deux «coudées» de laine pour un jeune père qui vient faire une commission pour sa douce, adepte de cet artisanat.

À La Grande Ourse, pas de bébelles chinoises ou de peintures toxiques, ni de joujoux à piles ou de sons stridents. La confection artisanale prédomine, principalement celle façonnée par les doigts habiles de nos artisans locaux. Coton pur, bois non teint, laine naturelle, bambou... Ne cherchez pas le plastique. Un véritable vent de fraîcheur, alors que la Chine est désormais la reine incontestée de l'industrie du jouet.

Devant les millions de jouets rappelés pour leur haute teneur en plomb, de petites pièces qui se détachent ou autres cauchemars, plusieurs parents cherchent des joujoux sécuritaires faits ici. Une chasse au trésor fastidieuse: selon Statistique Canada, 78 % des jouets traditionnels vendus au Canada, comme les poupées et les blocs, portent le tampon «Made in China».

Artisanaux, mais pas vieux jeu, les jouets de La Grande Ourse s'appuient sur une véritable connaissance des tout-petits. On trouve de tout pour tous les âges, du cheval de bois à la ferme miniature, sans oublier les poupées et leurs vêtements, les instruments de musique, les meubles miniatures, les blocs ou les maisons de lutins.

25 enfants par année

Chaque objet que l'ancienne enseignante achète aux artisans doit être fait avec grand soin: «Rien ne doit être négligé parce que les enfants y sont sensibles. Par exemple, en jouant sous la table quand j'étais petite, j'avais été bien déçue de constater que le dessous n'avait pas été verni.»

Coup de coeur parmi les coups de coeur, on y trouve les créations de Jean-François Landry. Ses animaux de la forêt boréale prennent forme... dans la forêt boréale! Le noyer noir pour une fourrure foncée du bison des bois, le peuplier américain pour le col du canard colvert: les couleurs des essences d'arbre sont intactes et traitées seulement à la cire d'abeille et à l'huile minérale non toxique. «Les animaux sont poétiques; ils ne sont ni caricaturés ni humanisés. C'est le monde que l'enfant rencontre», estime la propriétaire.

Certains jouets sont importés, comme les familles de petites poupées en coton fabriquées par des mères de quartiers défavorisés de São Paulo, au Brésil.

Celle qui n'a jamais été maman mais qui a eu «25 enfants par année» a longtemps caressé le rêve de ce magasin. Elle s'est lancée après 19 ans dans l'enseignement. «Au début, je faisais des journées de 34,50 $», se souvient Marguerite en riant. Sept ans plus tard, la boutique loge dans un immeuble qui a pu être acheté grâce au soutien de la communauté du quartier. «J'aime l'aspect universel du Plateau et j'ai le sentiment d'apporter quelque chose au quartier, une sorte d'élément de guérison.»

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Collaboratrice du Devoir

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La Grande Ourse, 263, rue Duluth, 514 847-1207.