Valeurs nutritives - L'information des emballages serait inefficace

Option Consommateurs propose de simplifier, par des symboles de couleurs ou des pictogrammes, l’information nutritionnelle apparaissant sur les emballages.
Photo: Agence Reuters Option Consommateurs propose de simplifier, par des symboles de couleurs ou des pictogrammes, l’information nutritionnelle apparaissant sur les emballages.

Calories, lipides, glucides, sodium, vitamine A, sucres, fibres... Le tableau des valeurs nutritives dont la présence est obligatoire depuis trois ans sur tous les produits vendus au Canada aurait finalement une portée bien limitée en matière de santé publique. C'est du moins ce qu'estiment aujourd'hui les défenseurs des droits des consommateurs qui remettent sérieusement en question cet outil d'information diététique et appellent même à une solution de remplacement simplifiée.

«Qui prend le temps de lire tout ça, se demande Michel Arnold, directeur général d'Option Consommateurs? Nous sommes pour l'information nutritionnelle, et c'est pour cela que nous demandons au gouvernement de faire preuve d'imagination pour simplifier l'information livrée au public et la rendre ainsi accessible au plus grand nombre possible.»

Imposé aux acteurs de l'agroalimentaire par le fédéral depuis le 12 décembre 2005, l'ajout sur les emballages des valeurs nutritives d'un produit vise à éclairer les choix des consommateurs qui font face à une alimentation de plus en plus industrialisée. Ainsi, au-delà des calories absorbées par portion, le tableau décline la quantité de 13 éléments nutritifs, et ce, en pourcentage de la valeur quotidienne recommandée par les autorités sanitaires. Les gras trans, le sucre et le sel, dont les effets sur la santé peuvent être délétères lorsque l'on en abuse, sont au nombre des nutriments visés par ces règles d'étiquetage.

Le hic? Ce cadre ne serait finalement qu'un coup d'épée dans l'eau, estime Option Consommateurs, puisque la majorité des Canadiens se perdent dans l'abondance, la lourdeur et la complexité de l'information exposée. «On ne tient pas compte du fait que 42 % de la population âgée de 16 à 65 ans au Canada est composée d'analphabètes fonctionnels, souligne M. Arnold. Oui, ils peuvent lire cette étiquette, mais pas la comprendre.»

Le groupe consumériste propose donc de revoir la législation fédérale afin de faire émerger un cadre plus simple qui pourrait par exemple mettre à profit des symboles de couleurs — rouge, jaune et vert — ou des pictogrammes afin de situer un aliment sur l'échelle de la malbouffe. «Un pictogramme, tout le monde comprend ça», poursuit M. Arnold.

Le regard critique posé par le groupe de défense des consommateurs sur le tableau des valeurs nutritives a laissé perplexes hier les représentants de l'industrie qui n'envisagent pas d'un bon oeil tout ajout ou modification de l'information sur les emballages de leurs produits. «Le tableau offre effectivement beaucoup d'informations, a résumé Sylvie Cloutier, porte-parole du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC), mais c'est ce que le gouvernement nous a demandé de faire. Les nouvelles règles d'étiquetage sont des choses complexes à gérer. Chaque changement coûte des millions de dollars à l'industrie. Et ce tableau n'est pas là depuis longtemps.» Rappelons toutefois qu'au début des années 2000, dans le respect des pratiques du gouvernement fédéral, les acteurs de la transformation alimentaire ont été consultés par Santé Canada pour la mise en place de ces règles d'étiquetage. L'objectif étant d'aider les consommateurs sans nuire aux pratiques des marchands d'aliments transformés.

Le CTAC estime pour sa part qu'avant de tout effacer pour mieux recommencer, Ottawa devrait plutôt mettre en place des programmes afin d'éduquer les consommateurs et ainsi leur apprendre à décoder le tableau nutritionnel. Chose que le Conseil a demandée à maintes reprises, rappelle d'ailleurs Mme Cloutier.

«C'est ce que nous faisons avec différents programmes didactiques à l'attention des consommateurs et des éducateurs disponibles sur notre site Internet, a indiqué Paul Duchesne, porte-parole du ministère fédéral de la Santé. Personne ici ne doute de la portée de cette règle d'étiquetage. C'est un outil pertinent, et la majorité des consommateurs en sont très contents», poursuit-il.

Selon une étude menée dans les dernières années par le Conseil canadien des aliments et de la nutrition, la moitié des consommateurs s'informe sur la qualité nutritionnelle d'un aliment en consultant l'emballage pour y décoder les informations qui y sont inscrites. À titre comparatif, ils sont 66 % à se fier plutôt aux commentaires transmis sur un produit par la famille, les amis ou les collègues de travail. Les brochures gouvernementales inspirent pour leur part... 41 % des mangeurs en quête d'informations nutritives.
7 commentaires
  • Brabant Jean-Rémi - Inscrit 29 octobre 2008 08 h 37

    Information inefficace sur les emballages

    Je suis un formateur en matières dangereuses utilisées au travail et les allégations de monsieutr Arnold s'avèrent constamment. Moi-même en excédent pondéral, je me sens mal avisé de proscrire l'usage malbouffe. L'industrie agirait de façon suicidaire si elle affichait le détriment à la santé que pose l'ingestion de leurs produits. Il reste à l'éducation;d'abord en famille puis à l'école (avec l'appui des pairs) d'appuyer le changement de mentalité souhaité. Si j'ingurgite une boisson gazeuse, je suis conscient de ce que je fais et réfléchis un peu plus avant de pitonner sur un clavier de machine distributrice et c'est pareil pour les jus de légumes par trop salés.

  • Hubert Grégoire - Abonné 29 octobre 2008 08 h 44

    Utile

    «Qui prend le temps de lire tout ça, se demande Michel Arnold, directeur général d'Option Consommateurs?"
    Moi.
    Je le lis ce tableau et plutôt que de promouvoir un nivellement par le bas avec des pictogrammes simplistes qui donnent peu d'information (et qui seront certainement l'objet d'une prochaine croisade) Option consommateur devrait peut-être se rallier à l'industrie et demander des campagnes d'informations. Pour une des rares fois où l'industrie propose des solutions sensées, ce serait bien de les appuyer...
    Une autre façon de vraiment aider les gens serait aussi de demander que la quantité de référence pour le tableau soit normalisée et pertinente. Quand deux produits semblables de marques différentes affichent des quantités différentes dans le haut du tableau, il est pratiquement impossible de distinguer quel est le produit le plus sain. Est-ce mieux 1/2 tasse à 275 calories ou 2/3 de tasse à 305 calories? Allez donc savoir...

  • Maurice Tardif - Inscrit 29 octobre 2008 08 h 54

    Tableau souvent incomparable...

    Bonjour,



    Ce que je reproche le plus au système actuel d'information nutritionnelle est l'impossibilité de comparer certains produits sans avoir à faire des calculs de règle de trois.



    Beaucoup de produits comparables ne calculent pas leur valeur nutritive sur des portions égales.

    Pour le pain certain sont pour une tranche pour d'autre 2 tranches, certain le produit est plus lourd.

    Il est impossible de savoir lequel contient plus de sel que l'autre en concentration totale, car les portions ne sont pas équivalentes.



    Certains produits vendus au L donnent leur valeur nutritive au gramme ne donnant aucune indication sur le volume d'une portion.



    Les pourcentages de concentration absolue de sel, de sucre et de gras devraient être donnés pour comparer les produits sans avoir à faire des calculs.



    Merci



    Maurice

  • Henri-Bernard Boivin - Abonné 29 octobre 2008 09 h 34

    Pourcentages confondants

    Ce que je veux savoir au sujet d'un aliment c'est le pourcentage de gras, de sucre, de protéines, etc., il contient. Mais ce qu'on indique ce sont les pourcentages des quantités recommandées pour une journée. Autrement dit, sur ma barre granola c'est écrit "Lipides 16 p. 100". Cela ne signifie donc pas que ma barre contient 16 p. 100 de gras, mais qu'elle contient 16 p. 100 des gras recommandés pour la journée. Je préfèrerais qu'on m'indique le pourcentage de gras que ma barre contient. Ce serait une façon moins tordue de me renseigner.
    Henri-B. Boivin

  • Claude L'Heureux - Abonné 29 octobre 2008 10 h 31

    Vert, jaune, rouge

    De façon générale tous les aliments industriels sont nocif pour la santé à des degrés divers. C'est pourquoi je suggère de les identifier d'abord par ces couleurs significatives tout en laissant le tableau uniformisé. Ainsi les cola de gros formats seraient rouges et les plus petits jaunes. Les céréales sans sel et sans sucre ou en ayant le moins seraient vert. Il y en aurait pas beaucoup... Bref l'industriel devrait rester sur les tablettes le plus souvent possible.

    Claude L'Heureux, Québec