Corinne Côté-Lévesque, 1943-2005 - La femme de conviction derrière le grand homme

Corinne Côté-Lévesque
Photo: La Presse canadienne (photo) Corinne Côté-Lévesque

La femme de conviction derrière le grand homme politique que fut René Lévesque s'est éteinte hier à Montréal, terrassée par un cancer de la gorge, au jeune âge de 61 ans. D'une nature discrète, Corinne Côté-Lévesque avait néanmoins exercé une influence bien réelle sur René Lévesque, dont elle a partagé la vie pendant une vingtaine d'années.

C'est en 1968, alors qu'elle soupait en compagnie de militants du Mouvement souveraineté-association, que la jeune enseignante dans la vingtaine a fait la rencontre de celui qui devait devenir une véritable icône politique, dont elle était la cadette de 21 ans. Le couple emménage en 1970. Corinne travaille aux côtés de son amour, d'abord à la permanence du Parti québécois, puis comme responsable de son agenda après les élections de 1976 jusqu'à son mariage avec lui, en 1978. Peu de temps auparavant, René Lévesque avait officiellement divorcé de sa première épouse, Louise L'Heureux.

Pendant presque toute cette période, la relation n'a été connue que de rares initiés. C'est à la suite du tragique accident de la route qui a coûté la vie à un clochard, en 1977, que l'union de fait entre Mme Côté et M. Lévesque a été connue du grand public, cette dernière étant appelée à témoigner.

Discrète

Le tempérament discret a dès lors été quelque peu bousculé par les exigences de la fonction de première dame, qu'elle a pleinement endossée après son mariage.

Pour l'auteur Pierre Godin, qui a discuté à plusieurs reprises avec elle pour réaliser la biographie de son époux, dont la parution du dernier tome est prévue le jour de l'anniversaire de la mort de René Lévesque, le 1er novembre, il y avait deux Corinne. L'une était réservée, timide, et parlait peu aux journalistes, tandis que l'autre, connue seulement des intimes, avait gagné en assurance et exerçait une influence certaine sur son mari. «Le personnage officiel était très télégénique mais n'aimait pas être sur la photo.» Elle a bien dû s'y résoudre pendant la campagne référendaire de 1980: «L'épouse de M. Ryan, qualifiée d'Yvette par Lise Payette, était systématiquement sur les tribunes. On a dû enrégimenter Corinne Côté-Lévesque», relate M. Godin.

Sa nature discrète ne l'empêche pas d'apporter des éléments de réflexion à René Lévesque, dont elle partage profondément les convictions politiques depuis la première heure. Par exemple, lorsque le Parti québécois opte pour une élection référendaire après la «nuit des longs couteaux», elle le dissuade de quitter le parti et l'invite plutôt à consulter directement les membres, un exercice qui sera informellement baptisé «renérendum». «René Lévesque voulait fonder un autre parti. C'était une sorte de blague quand il était découragé, mais cette fois-ci, c'était sérieux. Elle lui a dit: "Voyons donc, René, ça n'a pas de bon sens"», explique M. Godin.

Le couple s'est considérablement rapproché au cours des dernières années, malgré une relation parfois tumultueuse, précise M. Godin, qui a publié dans les divers tomes de sa biographie des lettres enflammées de René à Corinne. «On y voit un homme en amour, ce qui ne l'empêchait pas de butiner. [...] C'est un amour passionnel qui était aussi orageux. Ils perpétuaient cet amour à travers leurs querelles.»

Peu de temps après la mort de Lévesque, en 1987, sa veuve a été nommée commissaire à l'immigration sous le gouvernement de Brian Mulroney. Elle a aussi travaillé dans le domaine de l'édition et tâté de la radio. Elle a aussi tenu une chronique littéraire au magazine L'Actualité.

Au printemps dernier, elle avait appris qu'elle était atteinte d'un cancer à la gorge. Les traitements de l'été n'ont pas suffi à en venir à bout, et son état s'est considérablement dégradé en début de semaine.

Hommage de la classe politique

La classe politique souverainiste s'est empressée de rendre hommage à cette femme de conviction. «Elle était une femme exceptionnelle, de culture, très discrète, qui ne cherchait jamais l'avant-scène mais qui était toujours présente dans les décisions importantes. Je suis sûr qu'elle a eu sur Lévesque une influence d'équilibre», a commenté Bernard Landry.

Quant à Lucien Bouchard, il se rappelle l'image de «cette belle jeune femme d'Alma, ma région, intelligente et distinguée».

«Elle a été une admirable compagne de route de M. Lévesque dans tous les parcours de cette route, qui a été extraordinaire mais aussi très difficile. [...] Elle a été à ses côtés pour l'appuyer constamment. Il faut avoir une bonne pensée pour elle aujourd'hui», a-t-il dit.

Le premier ministre Jean Charest a fait valoir que l'ancienne première dame du Québec avait été «très présente dans la vie de René Lévesque, qui a été un grand premier ministre».

Pour sa part, Richard Guay, qui présidait l'Assemblée nationale au moment où René Lévesque était premier ministre, a dit trouver qu'elle avait beaucoup de dignité. Elle est devenue une amie au cours des dernières années quand ils ont découvert qu'ils habitaient l'île des Soeurs tous les deux.

«Elle est venue à la maison le jour de l'Action de grâces. C'est la dernière fois que je l'ai vue. On savait tous que les médecins lui avaient dit qu'elle n'en avait pas pour très longtemps. Elle était parfaitement lucide, de bonne humeur.»

Les repas qu'ils partageaient de temps à autre leur permettaient d'échanger sur la politique. «On mangeait de notre prochain et, notamment, de notre voisin péquiste à l'occasion. C'était très cordial», a-t-il confié.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a salué le rôle important joué par Mme Côté-Lévesque qui, sans nul doute, «aura su apporter à René Lévesque l'élément de réflexion qui aura, au moment déterminant, influencé la gouverne du Québec».

«Elle fut et demeurera une source constante d'inspiration pour tous ceux qui défendent la cause du Québec», a-t-il indiqué par voie de communiqué.

La députée Pauline Marois a choisi de saluer «la sensibilité de la défunte à toutes politiques ou mesures sociales qui visaient l'amélioration de la condition des femmes ou de celle des enfants. Conseillère discrète mais privilégiée de M. Lévesque, elle m'était alors une fidèle alliée. Merci, Corinne», a-t-elle commenté.

Candidat au leadership du Parti québécois, Louis Bernard a souligné le rôle actif de soutien joué par son amie Corinne auprès de M. Lévesque et s'est dit profondément touché de son appui public à sa campagne, formulé il y a quelques jours à peine.

Un autre candidat, André Boisclair, a salué l'engagement indéfectible de Mme Côté-Lévesque envers la cause de la souveraineté du Québec et son militantisme au sein du Parti québécois.

Louise Harel, députée d'Hochelaga-Maisonneuve, considère que la défunte faisait partie de ceux qui ont fait en sorte que le Québec deviendra bientôt un pays, selon elle. «Devant la maladie comme devant les parcours plus difficiles de la vie, elle a toujours fait preuve d'un courage exemplaire. Elle sera pour nous une source d'inspiration», a-elle commenté.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque

Avec la Presse canadienne