Le square Viger refait peau neuve

Selon Mario Amoruso, de la compagnie Super Aménagement, le principal défi est d’éliminer le béton pour mettre l’aire de jeu au même niveau que la rue.
Photo: Jacques Nadeau Selon Mario Amoruso, de la compagnie Super Aménagement, le principal défi est d’éliminer le béton pour mettre l’aire de jeu au même niveau que la rue.

Un premier coup de masse sera donné dès l'automne dans le béton du square Viger. Un parc pour enfants sera aménagé dans le secteur le plus à l'est, soit entre les rues St-André et St-Hubert. Il s'agit de la première étape d'un projet plus ambitieux de revitalisation qui devrait voir le jour en 2007.

«On veut éliminer les structures en hauteur et faire place à des jeux pour enfants», indique au Devoir, à propos de l'îlot est, Michel Champoux, porte-parole de l'arrondissement Ville-Marie, qui débourse les 750 000 $ nécessaires à la réalisation du nouveau site.

L'appel d'offres a été lancé ce mois-ci. Le contrat devrait être octroyé à la mi-août et les travaux commenceront au début de l'automne.

«C'est pour répondre aux besoins spécifiques des résidants de Faubourg Québec, précise Amélie Régis, de la Ville de Montréal, mais [les aménagements] seront éventuellement intégrés au plan global de revitalisation.»

L'ensemble du projet de réaménagement du square, estimé entre 12 et 14 millions de dollars, s'attaquera aussi aux deux autres îlots, à partir de la rue St-Denis, en allant vers l'est. Selon le concept préliminaire proposé par l'arrondissement, qui nécessite l'apport financier de la Ville, on prévoit la démolition des murets de béton qui entourent deux des lots et le nivellement du site pour avoir une meilleure visibilité depuis la rue, en vue d'assurer la sécurité des usagers. On compte également unifier l'ensemble du square en intégrant un corridor piétonnier qui sillonnerait les îlots.

«Si le projet n'a pas fait partie du programme triennal d'immobilisation (PTI) de 2005-2007, c'est parce qu'on attendait le positionnement du CHUM, explique Mme Régis. On veut prendre en considération toutes les activités du secteur. À l'été 2006, des activités des Jeux gais vont se tenir sur le square, donc on ne pourra pas commencer les travaux. Mais c'est un projet qu'on considère important parce qu'il y a une nouvelle population avoisinante et le CHUM va s'y installer, alors ça va devenir quelque chose de prioritaire pour la Ville.»

La démarche cherche aussi à remettre en valeur les oeuvres d'art, notamment l'Agora de Charles Daudelin et le monument Chénier. Selon une évaluation réalisée par le Groupe Cardinal-Hardy en amont du projet, Mastodo (barricadée peu de temps après son installation) de Daudelin et Force de Claude Théberge seraient dans un état avancé de détérioration qui empêcherait leur sauvegarde.

À ce titre, l'ambition du projet, bien qu'au stade préliminaire, ne fait déjà pas l'unanimité. Inauguré en 1860, le square Viger a d'abord abrité un marché au foin, une pesée publique, puis des jardins. À l'époque, c'était la seule place publique où on pouvait entendre de la musique. L'aménagement tel qu'on le connaît aujourd'hui, qui date de 1985, a été carrément confié à trois artistes, Daudelin, Théberge et Peter Gnass, dont les Jeux d'enfants ont été démantelés depuis. Si au fil des ans le square, dont le béton isole ceux qui le parcourent, est devenu le rendez-vous des itinérants et toxicomanes, il reste qu'il abrite des oeuvres majeures du patrimoine artistique québécois.

«Il y a peut-être des mesures plus pondérées à mettre en place, indique Dinu Bumbaru d'Héritage Montréal. À l'époque, le grand combat, c'était d'empêcher sa réalisation et aujourd'hui, on se dit: ça fait 25 ans que c'est là, ça vaudrait peut-être la peine de le regarder autrement.»

Depuis septembre 2004, le centre d'art Dare-Dare a investi le square. Il se réapproprie en quelque sorte l'oeuvre de Daudelin, cet été notamment, avec le projet in situ Dis/location. «L'oeuvre [de Daudelin] est le résultat d'une discussion entre la Ville, des artistes, des ingénieurs, des promoteurs, fait valoir Jean-Pierre Caissie de Dare-Dare, qui cherche à susciter les débats autour de l'aménagement du square. En gardant le square, on peut se rappeler autant les erreurs que les bienfaits du passé.»