Il faut se méfier des «suspects habituels»

Londres — Les islamistes radicaux cités par la presse anglaise comme étant «recherchés» après les attentats de Londres font partie des «suspects habituels» par lesquels une enquête policière se doit de commencer, rien de plus, soulignaient hier des spécialistes du terrorisme.

Jeudi, quelques heures après les attaques dans le métro et un bus, le nom du Britannique d’origine marocaine Mohammed al-Guerbouzi, condamné par contumace au Maroc à 20 ans de prison, commence à circuler. Le lendemain, sa photo, l’air sombre en gandoura, fait une page d’un tabloïd. Hier, c’est celle du Syrien naturalisé espagnol Mustapha Setmariam Nasar (dit Abu Musab al-Souri), soupçonné d’avoir formé la première cellule d’al-Qaïda en Espagne avant de s’installer à Londres.
Si les journaux anglais, surtout les tabloïds populaires, font leurs gros titres sur ces deux figures archiconnues de la mouvance islamiste radicale, les observateurs avertis ne cachent pas leur scepticisme. «Après des attentats comme ceux de jeudi, la procédure de routine, c’est: “Arrêtez-moi les suspects habituels”», commente un expert antiterroriste français qui demande à rester anonyme.
«On donne un coup de pied dans la fourmilière et on voit ce que ça donne. Dans ce cadre, normal que les noms de Guerbouzi ou d’al-Souri remontent. Ça ne veut pas dire grand-chose.»
L’Américain Marc Sageman, agent traitant de la CIA à Peshawar (Pakistan) de 1986 à 1989, psychiatre et auteur de la première étude sociologique et psychologique des acteurs du djihad, se déclare lui aussi «très sceptique».
«Il s’est passé la même chose à Madrid après les attentats, des tas de noms sont sortis de partout. Ce sont des spéculations [...]. C’est un peu comme des requins: un type sort un nom et tout le monde saute dessus. Pour Guerbouzi, je pense que l’histoire vient des services marocains, qui veulent depuis longtemps qu’il soit arrêté.»
Dominique Thomas, chercheur français spécialisé dans la mouvance djihadiste et auteur du livre Le Londonistan, la voix du djihad, estime lui aussi que «tout cela n’est pas très sérieux». «Guerbouzi ne s’est jamais caché. Quand à al-Souri, c’est surtout un cyberterroriste, actif sur Internet depuis 2003, après l’Afghanistan. Il n’a pas mis les pieds à Londres depuis sept ans!», dit-il. «Je crois que tout cela est dû au fait que la presse anglaise n’a peut-être pas grand-chose à se mettre sous la dent.»