Rue Notre-Dame Ouest - Petits bonheurs dans le quartier des antiquaires

Ils sont moins nombreux qu'avant, c'est vrai. Les vendeurs de bric-à-brac ont plié bagage, mais les passionnés sont toujours là, heureux de vous raconter l'histoire d'une table de salle à manger de 24 places ou d'une horloge qu'ils ont dénichée dans le grenier d'une vieille dame en Europe. Autant de petits bonheurs qui contribuent à faire de la tournée des antiquaires de la rue Notre-Dame une agréable aventure urbaine.

La mode des chaises en babiche et des rouets grinçants est révolue et c'est très bien pour les antiquaires, car on trouve chez eux des choses bien plus intéressantes encore. Il faut d'abord savoir que, dans le quartier, il y a des antiquaires qui offrent des meubles âgés de 100 ans ou plus et d'autres qui, officiellement, ne pourraient porter ce titre car ce qu'ils proposent n'a pas encore atteint cet âge. Qu'importe: toutes ces boutiques sont agréables à visiter. Dès les environs du marché Atwater et jusqu'à la rue Guy, les découvertes abondent.

Les environs du marché

Commençons à l'ouest, chez Deni Blanchet, au 2672. Antiquaire et peintre décorateur, M. Blanchet fait partie de ces passionnés d'histoire qui donnent tout son charme au quartier: en plus d'offrir de beaux objets et des meubles des XIXe et XXe siècles, Deni Blanchet donne des conférences sur l'histoire du costume, restaure et reconstitue des objets, comme cette petite table repeinte «à la gustavienne» — à la suédoise, en gris clair.

Juste à côté, Céline Tremblay (au 2658) est une spécialiste reconnue du meuble européen du XVIIIe au XXe siècle. Au moment de notre visite, il y avait à l'entrée du magasin une maquilleuse d'époque art déco d'une beauté renversante qu'aucun meuble moderne ne saurait égaler. De l'autre côté de la rue, Arcadia est aussi une superbe boutique: les boîtes à thé ou à cigares en bois de rose et les meubles anglais de l'époque georgienne dénichés par Robert Pobi auront de quoi vous faire faire mille folies.

Au 2471, Antiquités Raschella offre des salles à manger extraordinaires; le buffet Henri II datant de 1880 que vous verrez au premier étage est digne d'un musée: minutieusement sculpté, il a été rapporté du sud de la France par le proprio Sylvain Raschella, originaire lui aussi de ce coin de pays.

Quant à Hélène Holden, aussi passionnée que passionnante à écouter, elle vous recevra dans sa boutique comme chez elle; ses meubles déco, sa vaisselle et ses objets de table d'époque (dont un service complet en Flow Blue fin XIXe) font plaisir à voir.

Chez Lucie Olsen, au 2455, on trouvera de magnifiques pièces de céramique des années 1950 et 1960 alors que, chez Denis Codsi, à l'enseigne de L'Antiquaire (au 2451), un buffet Louis XVI en bois et marbre de Carrare, voisinant de splendides secrétaires et d'autres meubles anglais début XIXe, impeccables et élégants comme notre hôte, donneront à bien du monde l'envie de changer de décor.

À l'angle de la rue Vinet, deux adresses sont devenues de véritables classiques du quartier. Chez Clément, Beaulé antiquaires (au 2440), les merveilles se mêlent aux trésors: plusieurs superbes tables de bibliothèque d'époque, qui datent de 1780, voisinent de belles pièces qu'on a notamment louées pour les décors du film The Aviator, tourné à Montréal.

Juste à côté, chez Grand Central (au 2448), on voit régulièrement des accessoiristes de plateau scruter les quelques centaines de lustres de toutes les époques qui pendent du plafond au-dessus des meubles: cristal, bronze, feuilles d'or, on peut facilement attraper un torticolis rien qu'à s'émerveiller.

Passez à l'est

Entre les rues Vinet et Canning, les antiquaires se font plus rares, mais filez vers l'est, ça vaut résolument le détour. Vos pas vous conduiront notamment chez Viva Galerie, au 1970: spécialiste des antiquités chinoises, M. Fong, le proprio, les rapporte lui-même de Hong-Kong et de Chine.

Au 1970, son voisin Jean-Pierre Séjean, d'Antiquités JPS, nous montre une étonnante horloge grand-père fabriquée à Longueuil bien avant qu'il y ait un pont pour traverser le fleuve. Signée J. Balleray & Co., elle est toute en bois, engrenages compris. M. Séjean offre aussi plusieurs toiles du peintre Narcisse Poirier, dont il dit être le plus grand collectionneur en ville. La boutique de Michelle Parent, sa voisine, a un charme comme on n'en voit plus: joliment décorée, elle a l'air sortie tout droit d'un roman d'époque.

Au 1638, nous rencontrons Serge Quévillon, d'Antiquités Vendôme. Passionné d'histoire, il nous montre fièrement la splendide table Regency qui trône au milieu de sa boutique: avec sa rallonge, elle peut accueillir confortablement 24 convives... et régler d'un coup les problèmes de places à table pour vos invités au réveillon de Noël. Chez Michel Richard, au 1700, nous avons parcouru deux étages de pures merveilles, des miroirs géants aux meubles de style, avant de nous arrêter voir les superbes horloges de Roland Brunelle, de Héritage antique métropolitain, au 1646.

Tout près de là, un chapelet de petits antiquaires, victimes de la spéculation, s'apprêtent à fermer boutique. Freddy Weil, Antiquités DR et Antiquités Claude Blain, véritable institution dans le coin, sont du nombre. Passez leur dire un bel aurevoir avant le début de l'été: même s'ils ont un peu de tristesse dans les yeux, ils sont toujours aussi heureux de vous voir.

Pour en savoir plus sur le quartier des antiquaires: www.qam.ca