Un coma éveillé mais irréversible

Même si Terri Schiavo semble rire et pleurer à l’occasion, elle n’a pas conscience de son environnement.
Photo: Agence Reuters Même si Terri Schiavo semble rire et pleurer à l’occasion, elle n’a pas conscience de son environnement.

Bien qu'elle rie et pleure, ouvre et ferme les yeux, s'endorme et se réveille, Terri Schiavo, cette Américaine dont la vie est au centre d'une vive controverse aux États-Unis, se trouve dans un coma «éveillé» qui la prive néanmoins de toute conscience de ce qui se passe autour d'elle. Son état est absolument irréversible. Terri Schiavo existe toujours, mais elle ne vit plus, disent certains scientifiques.

Les neurologues reconnaissent d'une part le coma éveillé, aussi dénommé état végétatif ou coma vigile, dans lequel est plongée Terri Schiavo et d'autre part le coma endormi, où la personne est couchée, paupières fermées, et ne manifeste absolument aucune réaction, si ce n'est un faible retrait si on lui fait très mal, explique la neurologue Jeanne Teitelbaum, spécialiste en soins intensifs neurologiques à l'Institut neurologique de Montréal de l'université McGill et à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont affilié à l'Université de Montréal. «Le système réticulé situé dans le tronc cérébral à la base du cerveau, qui règle l'état d'éveil, est inopérant dans le coma endormi et préservé dans le coma éveillé», précise-t-elle.

«Même si Terri Schiavo grogne à certains moments, ouvre et ferme les yeux, semble rire et pleurer, ces différentes réactions ne sont pas reliées à ce qui se passe dans son environnement. Elles ne sont pas associées à ce qu'elle voit ou à un effort qu'elle ferait pour communiquer. Les personnes dans un état végétatif ne répondent à aucun ordre, affirme la Dre Teitelbaum. Même si elle bouge lorsqu'elle éprouve une douleur, Terri Schiavo n'a pas conscience de cette douleur. Le corps réagit par réflexe à la douleur.»

Les comateux peuvent généralement respirer seuls, mais ils ne repoussent pas les liquides qui s'y engagent, souligne la Dre Teitelbaum. C'est la raison pour laquelle on les branche généralement sur un respirateur. Mais la plupart des personnes qui sont plongées dans un coma vigile, comme l'est Terri Schiavo, arrivent à respirer librement de façon autonome.

Les personnes qui se retrouvent dans le coma à la suite d'une surdose de drogues ou de médicaments grognent et gigotent généralement sous la douleur. Or ces réactions signifient que ces individus se réveilleront probablement quand les substances seront disparues de leur organisme. Ces personnes se trouvent dans un coma plus léger que celui qu'a atteint Terri Schiavo, signale la spécialiste.

«Les neurologues peuvent généralement savoir si un individu émergera du coma dans lequel il s'est retrouvé à la suite d'un arrêt cardiaque — de plus de cinq minutes — trois jours après que le patient est tombé inconscient, indique Jeanne Teitelbaum. Un mois plus tard, nous sommes certains à 99 % que le coma sera irréversible. À ma connaissance, je ne connais qu'un seul cas de comateux qui se soit réveillé après avoir été inconscient pendant un an, mais, encore là, l'état dans lequel se trouvait cette personne n'est pas très clair. Et à 15 ans, aucun cas de réveil n'a été relevé dans la littérature. De petits contacts avec l'environnement et de minuscules progrès chaque jour sont habituellement annonciateurs d'un possible réveil.»

Jeanne Teitelbaum admet néanmoins qu'on ne sait pas vraiment ce qui se passe dans la tête des comateux. Bien que nous n'arrivions pas à détecter une quelconque interaction avec l'environnement extérieur chez ces personnes, des études ont été effectuées récemment pour sonder l'activité intérieure du cerveau. Un chercheur de Toronto a notamment fait écouter à des comateux une série de mots dont certains n'avaient aucun sens. Par le biais d'enregistrements électroencéphalographiques, le chercheur a relevé une activité cérébrale particulière lorsque de vrais mots étaient prononcés, et cette activité différait de celle qui se manifestait lorsque le patient entendait des mots insensés. «Il y aurait peut-être une petite communication, mais on ne peut l'affirmer car nous n'arrivons pas à la démontrer», avoue la neurologue.

Une saga de même ampleur que celle qui fait rage aux États-Unis pourrait-elle survenir au Canada? Des situations similaires où les membres de la famille de la personne comateuse se disputent quant à son avenir sont fréquentes ici aussi, affirme la Dre Teitelbaum. «Notre but est avant tout de respecter les voeux du patient. Nous essayons de faire ce que la personne comateuse désirerait et non pas ce que veulent les parents, le mari de la victime et le médecin. En discutant avec les membres de la famille, nous essayons de trouver la réponse», dit-elle. Nombre de Québécois ont préparé un mandat dans lequel ils ont dicté leurs volontés, ce qui facilite la marche à suivre. Sinon, d'après la loi canadienne, c'est la décision du mari qui prime.