Au pays de la malbouffe

Selon un mémoire présenté par l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, les consommateurs québécois allouent en moyenne 28 % du budget alimentaire aux repas au restaurant. Le manque de temps est la principale raison évoquée par les con
Photo: Jacques Nadeau Selon un mémoire présenté par l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, les consommateurs québécois allouent en moyenne 28 % du budget alimentaire aux repas au restaurant. Le manque de temps est la principale raison évoquée par les con
Les habitudes alimentaires au Québec ont beaucoup changé au fil des ans. D'une part, elles se sont raffinées, comme en témoignent les étals des épiceries où l'on trouve à longueur d'année fruits et légumes frais, viandes et poissons ainsi qu'une foule de produits fins. Mais d'autre part, l'alimentation québécoise a aussi obéi à la tendance nord-américaine qui fait que l'on consacre de moins en moins de temps à la préparation des aliments à la maison. D'où l'importance toujours grandissante dans l'alimentation québécoise des repas pris au restaurant et des mets préparés et transformés.

«Les gens confient de plus en plus leur alimentation à d'autres, explique Paul-Guy Duhamel, président de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec. Ensuite, nous ne mangeons pas assez de fruits, de légumes et de fibres, et notre alimentation contient trop de gras, de sucre et de sodium.»

Selon M. Duhamel, ce déséquilibre alimentaire, s'il n'est pas corrigé, pèsera lourd à l'avenir sur le système de santé. «Déjà, on voit apparaître une augmentation des maladies chroniques, tels le diabète ou l'obésité, qui sont des maladies intimement liées à l'alimentation.»

Mauvais plis

Selon Statistique Canada, un Québécois sur deux avoue ne pas consommer les cinq portions quotidiennes de fruits et légumes recommandées par le Guide alimentaire canadien. Chez les hommes âgés de 35 à 44 ans, cette proportion passe à deux individus sur trois.

La plus récente enquête sur les habitudes alimentaires au Québec a été réalisée par l'Institut de la statistique du Québec et porte sur les comportements alimentaires des jeunes âgés de 6 à 16 ans. Bien qu'elle ne contienne pas de données sur le comportement des adultes, certains chiffres sont tout de même révélateurs.

Par exemple, deux jeunes sur trois ne consomment pas les cinq portions quotidiennes de fruits et légumes même s'ils en mangent tous les jours. Ensuite, seulement 14 % des jeunes ont indiqué avoir consommé du yogourt le jour où ils ont répondu à l'enquête.

Les hot-dogs et les hamburgers figurent au menu deux fois par semaine pour environ deux jeunes sur trois. Trois pour cent des adolescents ont recours tous les jours à un aliment commercial surgelé. Les bonbons, grignotines et boissons gazeuses font partie de l'alimentation quotidienne de 34 % des enfants de 6 à 8 ans et de 44 % des adolescents de 15 à 16 ans.

Nouvelles tendances

Les comportements alimentaires des enfants de 6 à 11 ans demeurent relativement sains puisque 90 % d'entre eux commencent la journée avec un petit-déjeuner. Moins de 15 % des enfants de ce groupe, pendant la période de l'enquête, avaient consommé un repas au restaurant ou livré à domicile, et plus de la moitié d'entre eux n'avaient pas consommé des aliments de restauration rapide.

Par contre, les choses se gâtent à l'adolescence puisque les deux tiers des adolescents avouent ne pas déjeuner tous les jours. Un adolescent sur cinq fréquente régulièrement les restaurants et un adolescent sur 10 avoue consommer des aliments de restauration rapide trois fois ou plus par semaine.

D'autres données, tirées d'un mémoire sur l'innocuité alimentaire présenté par l'Ordre professionnel des diététistes du Québec, tendent à démontrer l'importance toujours accrue que prennent dans l'alimentation des Québécois les repas au restaurant ainsi que les mets préparés et transformés.

Ainsi, les consommateurs québécois allouent en moyenne 28 % du budget alimentaire aux repas au restaurant. Entre 1996 et 2001, la consommation de «dîners» précuits a augmenté de 470 % et celle des autres préparations alimentaires précuites, de 700 %.

Manque de temps

Le manque de temps est la principale raison évoquée par les consommateurs pour expliquer la popularité des mets préparés ou des repas pris au restaurant. «Le travail et la vie familiale sont difficiles à concilier, précise Paul-Guy Duhamel. Les gens ont alors recours à des palliatifs comme les produits prêts à l'emploi.»

Ensuite, croit-il, on n'accorde pas assez d'importance à l'alimentation. «L'alimentation est souvent perçue comme une chose ordinaire, récurrente, que l'on fait trois fois par jour. On en vient à ne plus réaliser son importance.»

De la même façon que l'on ne réalise plus l'importance du repas en famille. «Trop de gens ne prennent plus le temps de manger à table et de parler entre eux. Si l'on accorde plus d'importance à ce moment, on accordera aussi plus d'importance à ce que l'on met sur la table. Et l'on mangera mieux et moins.»

Une alimentation à deux vitesses

Paul-Guy Duhamel avance que l'on assiste à la mise en place d'une alimentation à deux vitesses, une pour les riches et une pour les pauvres. Selon lui, le coupable est l'accès aux produits frais et de qualité. «Les gens plus favorisés n'ont pas de difficultés à s'approvisionner, mais ce n'est pas le cas des gens pauvres. On n'a qu'à se promener dans un quartier défavorisé pour constater l'absence quasi totale de supermarchés. Les gens s'alimentent souvent au magasin du coin ou au dépanneur.»

Il soutient qu'on a beau exhorter les gens à faible revenu à mieux s'alimenter, encore faut-il qu'on leur donne la possibilité de se procurer les aliments. «Les chaînes d'alimentation devraient se conduire comme de bons citoyens corporatifs et être présentes dans tous les quartiers, même les moins nantis.»

Bien que l'on trouve sur le marché des produits alimentaires préparés de qualité supérieure, ces produits sont plus coûteux et ne se retrouveront pas nécessairement sur toutes les tables, même celles des gens qui en en ont pourtant les moyens. «Un comportement que l'on retrouve même chez les gens aisés est celui d'en avoir le plus possible pour son argent. Ainsi, les gens choisissent souvent les produits les moins chers.»

C'est d'ailleurs la même logique qui a entraîné la popularité des portions géantes et des gros formats. Plusieurs études ont clairement démontré que, plus la portion dans l'assiette est grosse, plus les gens mangent. Idem pour les gros formats.

M. Duhamel constate aussi une certaine commercialisation de l'alimentation dans l'esprit des gens. «Chez plusieurs, l'alimentation est perçue comme un bien de consommation comme les autres. Mais manger, ce n'est pas juste consommer. L'alimentation n'est pas juste un bien de consommation, c'est un bien essentiel à la vie! S'alimenter, c'est vital.»