Port du hijab: première demande d’accommodement raisonnable au DGEQ

Seul le Québec possède une telle obligation.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Seul le Québec possède une telle obligation.

Le directeur général des élections du Québec (DGEQ) a reçu une demande d’accommodement raisonnable pour contourner un règlement jugé discriminatoire par certains partis politiques, a appris Le Devoir. Il s’agit d’une femme portant le hijab qui, souhaitant se présenter aux prochaines élections provinciales, a demandé une dérogation lui permettant de joindre à son dossier de candidature une photo d’elle avec son voile, ce qui est actuellement interdit par le DGEQ.

« C’est la première demande d’accommodement raisonnable qu’on a eue à ce sujet », a confirmé Stéphanie Isabelle, porte-parole du DGEQ. Elle reconnaît toutefois avoir déjà reçu des commentaires et critiques incitant à modifier le règlement.

L’article 6 du Règlement sur la déclaration de candidature mentionne en effet que la photographie jointe au dossier doit donner « une vue de face complète du candidat à partir des épaules, tête découverte », ce qui empêche toute personne portant un turban, un voile ou même un bandana, de se présenter. Cet article a été vivement contesté auprès du DGEQ par divers partis politiques, dont Québec solidaire et le Parti vert, qui souhaiteraient présenter les candidats de leur choix, sans entrave pour une question de couvre-chef.

Le Devoir avait révélé il y a deux semaines qu’en 2014, le DGEQ avait refusé la candidature de Fatimata Sow, qui se présentait pour le Parti vert dans La Pinière, parce qu’elle avait fourni une photo d’elle coiffée d’un hijab. Craignant les répercussions négatives sur sa candidature, l’aspirante candidate n’avait pas voulu rendre son histoire publique à l’époque et avait renoncé à se présenter.

Modification possible

N’hésitant pas à parler de « discrimination systémique », le chef du Parti vert, Alex Tyrrell, a multiplié les démarches, notamment auprès de la ministre Kathleen Weil, anciennement à l’Immigration et récemment aux Institutions démocratiques. Celle-ci a récemment déclaré que le pouvoir de modifier le règlement appartenait au DGEQ actuel, Pierre Reid, qui a confirmé qu’il était en train de revoir ce règlement dans son ensemble. « Depuis l’automne, en prévision des prochaines élections, on est en révision de notre matériel électoral et ça inclut le formulaire de déclaration de candidature », a réitéré au Devoir Stéphanie Isabelle.

Seul le Québec possède une telle obligation. L’exigence de fournir une photo « tête découverte » n’existe pas aux niveaux fédéral et municipal, une preuve étant l’élection du député et chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh. Elle n’existe pas non plus pour obtenir une carte d’assurance maladie du Québec, un permis de conduire ou un passeport, où la loi interdit d’être photographié avec un couvre-chef, sauf si celui-ci est porté tous les jours pour des raisons religieuses ou médicales.

Des partis peu bavards

C’est d’ailleurs ce qu’a fait valoir la future candidate en soumettant sa demande d’accommodement au DGEQ au début du mois de décembre. Elle préférerait toutefois que le règlement soit modifié au lieu de bénéficier d’un accommodement, qui n’a généralement pas bonne presse.

Interrogé sur la procédure à suivre lorsqu’une demande d’accommodement est soumise, le DGEQ a dit qu’il n’y a pas de « procédure prévue pour le moment dans la loi électorale ». Une modification au règlement servirait à régler le problème, mais elle devra être approuvée par l’Assemblée nationale et suivre les étapes, jusqu’à la publication dans la Gazette officielle.

Après plusieurs jours de sollicitation, les principaux partis politiques se sont montrés très avares de commentaires. Le Parti québécois a dit qu’il discutera peut-être de la question à son prochain caucus à la fin de janvier, tandis que le Parti libéral du Québec s’est contenté de dire qu’il se conformera à la Loi électorale et aux règlements du DGEQ. La Coalition avenir Québec n’a pas souhaité faire de commentaires.

23 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 12 janvier 2018 02 h 10

    Honte aux bienpensants qui cèdent à l'islam politique et à l'inégalité homme/femme.

    Honte au parti vert qui veut acquiescer au chantage de l'islam politique pour faire du prosélytisme sur le dos des femmes. Comment peut-on être d'accord avec la servitude des femmes? Le voile est le symbole, par excellence, de l'intégrisme et du totalitarisme. Pourquoi ne pas se ranger avec l'islam modéré que la plupart de femmes musulmanes pratiquent?

    • Christiane Gervais - Abonnée 12 janvier 2018 09 h 42

      Bien que je sois spontanément d'accord avec vous, Mme Alexan, je me dis, tout compte fait, que je préfère savoir à qui j'ai affaire que voter pour quelqu'un qui ferait de la fausse représentation en ayant une affiche trompeuse sur sa façon de se présenter au monde et sur sa relation avec sa politico-religion vs sa citoyenneté.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 janvier 2018 12 h 24

      Dicter aux femmes comment elles devraient s’habiller est une attitude antiféministe. La manière qu’une femme s’habille ne regarde qu’elle.

      Et si le hihab est, d’après vous, un symbole d’exploitation féminine, je vous suggère aimablement de vous attaquer aux exploiteurs et non aux exploitées ou à ce qui fait figure de symbole selon vos préjugés.

      À tort ou à raison, si une femme estime que Dieu exige qu’elle porte le hijab (qui laisse le visage à découvert), il est contreproductif de l’empêcher de se porter candidate.

      On peut raisonnablement présumer que si une Québécoise musulmane correspondait aux clichés que véhicule une certaine propagande toxique à son sujet, elle ne prendrait pas l’initiative de se présenter aux élections.

      Le but de la photo officielle, c’est de permettre aux électeurs de reconnaître ceux pour lesquels ils sont invités à voter. Si une femme porte _toujours_ le hijab, le directeur général des élections aurait bien raison de favoriser la reconnaissance de cette candidate. L’important est qu’on puisse reconnaître ses traits. Donc le hijab oui, le niqab non (parce que cela pourrait être n’importe qui).

    • Nadia Alexan - Abonnée 12 janvier 2018 13 h 03

      À monsieur Jean-Pierre Martel: Le voile est l'étendard de l'islam politique et n'a rien à faire avec la religion. Banaliser le port du voile comme «un choix personnel» c'est comme dire que porter l'habit du Ku Klux Klan ne signifie rien d'autre qu'un choix personnel.
      Une fois de plus, les islamistes essayent de changer nos lois à leur guise.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 janvier 2018 17 h 07

      Mme Alexan, si vous gagnez votre cause et que la photo officielle de cette candidate est sans hijab, j’espère que vous ne crierez pas à la fausse représentation quand vous verrez cette élue arriver à l’Assemblée nationale avec son voile — ce qui est son droit constitutionnel — mais qui ne serait peut-être pas arrivé si les électeurs avaient su à qui ils avaient affaires.

      Je vous inviteras à y penser deux fois avant de défendre ce féminisme de chiffon qui consiste à s’en prendre à d’autres femmes parce qu’elles n’adhèrent pas à certains codes vestimentaires.

      Quant à la comparaison avec le KKK, vous confondez des agresseurs avec des agressées. Les femmes voilées ne briment les droits de personnes. Elles ne font qu’offenser, comme l’agneau de la fable, ceux qui estiment qu’elles troublent leur breuvage.

  • Raynald Rouette - Abonné 12 janvier 2018 07 h 34

    Pas d'accommodement possible!


    C'est une demande déraisonnable et inacceptable.

    Il faut maintenir la séparation du politique et du religieux.

    Nous avons déjà suffisamment de problèmes sociaux, économiques et politiques, sans y ajouter une religion fondamentaliste. Celle-ci doit relever du privé!

    Il y va du maintient de la paix qui est déjà suffisamment fragilisée.

    Pas de charte canadienne qui tienne!

  • Josée Duplessis - Abonnée 12 janvier 2018 07 h 56

    L'eau chaude.
    Pour ma part un candidat se montrant incapable de mettre en veille une pratique religieuse qui pour certain est la négation de l'égalité homme/femme ne doit pas est en mesure de se présenter aux élections au Québec.
    Qu'adviendra-t-il lorsqu'il lui sera demandé de protéger la laïcité ou l'égalité entre les sexes?
    Non je ne voudrais pas être représentée par une personne qui croit que son dieu l'aime et lui demande de cacher ses cheveux.
    Pour moi c'est du fétichisme pur. Je ne fais pas confiance quand il s'agira de faire respecter nos valeurs laïques et égalitaires.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 janvier 2018 12 h 29

      Josée Duplessis écrit : « Non je ne voudrais pas être représentée par une personne qui croit que son dieu l'aime et lui demande de cacher ses cheveux. »

      Eh bien vous voterez contre. Au moins, avec son hijab, vous savez à qui vous avez affaires.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 janvier 2018 20 h 51

      @jpm j'abonde dans le même sens que M. Gélinas...18:15
      Vous semblez prendre le sujet à la légère..je ne m'attendais pas à de tels commentaires falots de vortre part.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 janvier 2018 17 h 52

      À Nicole Sévigny : Je ne prends pas cette question à la légère.

      Dans ma vie professionnelle, j’ai eu l’occasion de travailler pour une patronne musulmane (qui ne portait pas le voile) et une patronne juive orthodoxe. Et, dans un cas comme dans l’autre, j’ai appris à ne pas juger les gens à partir de leur tenue vestimentaire.

      J’ai beaucoup d’estime pour les Québécoises qui se lancent en affaires ou en politique, peu importe leur religion. Ce sont des pionnières.

      Dans le cas précis de celles qui sont musulmanes, je sais qu’elles subissent d’énormes pressions sociales et qu’elles sont constamment obligées de se justifier (ce qui me tomberait sur les nerfs à leur place). J’ai appris à respecter leurs choix.

      Les autres femmes qui se disent féministes mais qui font obstacle à leur réussite professionnelle ne leur rendent pas service.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 janvier 2018 08 h 54

    Question

    Lorsqu’une personne atteinte d’alopécie est connue de tous portant une perruque, j’espère qu’on n’exigera pas d’elle qu’elle fasse campagne à partir d’une photo qui fera que beaucoup d’électeurs ne la reconnaîtront pas.

    • Colette Pagé - Abonnée 12 janvier 2018 18 h 15

      Votre comparaison Monsieur Martel est tirée par les cheveux ! Car aucune personne portant perruque ne le décide pour des raisons religieuses.

      Au Québec que l'accueilli respecte l'accueillant et sa laïcité.

    • Jérémy Champagne - Abonné 12 janvier 2018 19 h 28

      Comparaison n'est pas raison ?

    • Jean Gadbois - Inscrit 12 janvier 2018 22 h 50

      M. Martel,

      Dans le domaine de l'argumentation, qui est un art et une technique, la comparaison est le plus faible maillon de la pensée déductive et analytique.
      Et dans le cas qui nous occupe ici, on ne peut associer ou comparer l'Islam orthodoxe avec la culture québécoise d'acceuil et sa grille d'anlyse, d'une part, et d'autre part, le voile n'a rien de musulman ni de coranique alors encore moins de religieux: il ne concerne en rien le fait de croire en Allah.

      Faites vos devoirs. S.V.P..

  • Benoit Samson - Inscrit 12 janvier 2018 09 h 08

    Nos singes de la sagesse en ...action...

    Il faut du courage politique pour défendre les droits des minorités contre la majorité qui nous porte au pouvoir lorsque l’on sait que cette majorité s’oppose bec et ongles à cette minorité pour quelques raisons que ce soit, même les plus saugrenues.

    C’est ainsi que les politiciens Québécois se bouchent les yeux et les oreilles et surtout se couvrent la bouche comme les proverbiaux singes de la sagesse devant cette agression contre ces femmes minoritaires contre lesquelles on discrimine si ouvertement et uniquement au niveau politique provincial Québécois au Canada. Leurs surdité, cécité et silence volontaires coupables sont très évidents.

    Ce qui est pire encore est que la majorité d’entre nous suivront leur exemple et n’oseront pas défendre ces femmes et les laisseront seules à leur sort peu enviable de peur de souffrir les réactions de ceux qui haïssent tant ces musulmanes dans notre entourage.

    • Solange Bolduc - Abonnée 12 janvier 2018 16 h 43

      Elles n'ont pas besoin de nous pour les défendre: elles choisissent de se soumettre à l'homme, ce qui va à l'encontre de l'égalité homme-femme!

      On n'a pas besoin de femmes soumises à l'homme en politique: mais des femmes qui se tiennent debout, autonomes, indépendantes ...elles pourraient , si elles veulent faire de la politique, chosir de se vêtir très sobrement et joliment même ! Mais leur voile ou les robes épaisses comme nos anciennes soeurs, non merci! Dominées par le clergé, elles étaient souvent tellement autoritaires....

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 janvier 2018 21 h 02

      Alors il faut s'en prendre aux conjoints, maris , ayatollahs, etc qui ont fait croire à ces femmes que le port du voile les rendra... saintes et pures...
      avec le paradis à la fin de leurs jours . Alors que c'est plutôt par concupiscence que ces "moines" exigent de leurs femmes de se cacher.

    • Benoit Samson - Inscrit 13 janvier 2018 09 h 58

      Madame Bolduc,
      Si ces femmes sont effectivement contraintes à se soumettre contre leur gré aux dictats d’hommes, de gouvernements, églises ou autres femmes comme vous semblez le penser en se vêtant à la guise de ceux qui les oppriment elles auraient besoin de personnes fortes comme vous pour les aider à se sortir de ce carcan. Pourquoi leur refuser cette aide? Ne vaudrait-il pas mieux s’attaquer à ceux qui les oppriment plutôt qu’à elles et de les victimiser davantage?

      Si d’autres d’entre elles préfèrent s’habiller d’une manière différente de la vôtre par choix personnel il faut aussi les défendre contre ceux et celles, comme vous, qui veulent les en empêcher et les forcer à se soumettre aux bons désirs et dictats de ceux qui voudraient les voir vêtues comme vous le suggérez plus ‘’sobrement et joliment’’, à leurs yeux évidemment, car la beauté réside dans les yeux de la personne qui regarde.

      J’ose espérer que vous accepterez de mettre le militantisme dont vous êtes capable au service de ce groupe de femmes qui se font frapper dessus par la gauche et par la droite et contre lesquelles certains accepte trop souvent de joindre la horde de ceux qui les méprisent allant même jusqu’à cracher sur elles au lieu de les défendre, ou tout aussi pire détournent les yeux des abus dont elles sont victimes.