La Pâtisserie de Gascogne déclare faillite

Le marché de la pâtisserie de luxe vit des moments difficiles, mais une fermeture immédiate de l'entreprise est une décision inattendue, selon le syndicat.
Photo: Jacques Demarthon Agence France-Presse Le marché de la pâtisserie de luxe vit des moments difficiles, mais une fermeture immédiate de l'entreprise est une décision inattendue, selon le syndicat.

La Pâtisserie de Gascogne, qui compte plusieurs boutiques dans la grande région de Montréal, a déclaré faillite après 60 ans d’activités commerciales.

Certains employés et le syndicat ont été informés mercredi soir que les serrures avaient été changées dans les sept succursales et que l’usine de production serait fermée à compter de 4 heures dans la nuit.

Selon le Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), environ 175 employés ont perdu leur emploi dans les boutiques et à l’usine de production.

Dans une note affichée dans la porte de la succursale de Westmount, mise en ligne sur les réseaux sociaux, on apprend que l’entreprise est « dans l’obligation de mettre fin à [ses] opérations pour des raisons commerciales ».

Il est écrit que La Pâtisserie de Gascogne sera « fermée jusqu’à nouvel ordre » dans le même message signé par le président de l’entreprise, Jean-Michel Cabanes.

Pas d’indemnité aux travailleurs

D’après le permanent syndical affecté au dossier, Pierre Plante, le syndic de faillite MNP est déjà chargé de liquider les actifs.

Selon M. Plante, l’entreprise aurait l’intention de verser la dernière semaine de salaire, du 25 décembre au 3 janvier, mais aucune autre indemnité ne sera versée.

« Il y a des employés qui n’ont pas pris de vacances, qui ont cinq semaines de vacances, des congés de maladie accumulés, tout ça va aller dans la faillite », a déploré le représentant des TUAC.

D’après Pierre Plante, qui suit le dossier de La Pâtisserie de Gascogne depuis 10 ans, le marché de la pâtisserie de luxe vit des moments assez difficiles, mais jamais il ne s’attendait à une fermeture immédiate.

« Entre Noël et le Jour de l’An, quelqu’un a vu le propriétaire Jean-Michel Cabanes vider son bureau et ça a inquiété les gens. Quand on a appelé, personne n’a dit que ça allait fermer, on nous a dit que c’était “ business as usual ” », a raconté M. Plante, ajoutant qu’il avait une « bonne relation » avec l’entreprise fondée en 1957.

Sur les quelque 175 employés, environ 40 % avaient des postes réguliers. Les salaires horaires variaient entre 11,25 $ et 20 $.

En raison de la faillite, les employés n’ont même plus accès à leur casier personnel. Ils doivent attendre les instructions du syndic pour les récupérer.

Les employés en deuil

Un employé rejoint par La Presse canadienne dit avoir appris la nouvelle par un message de son supérieur qui lui disait de ne pas se présenter au travail, car les portes seraient barrées et les serrures changées.

« On n’a vu aucun signe avant-coureur. Même notre directrice des ventes n’avait pas été informée. Tout est fermé et il n’y a aucune possibilité d’entrer », a confié celui qui travaille pour la pâtisserie depuis six ans.

Ce dernier craint de vivre des moments difficiles, sans revenu, au cours des prochaines semaines. Il dit toutefois s’inquiéter davantage pour ses collègues plus âgés qui approchent l’âge de la retraite.

« Ce n’est pas évident à assumer de payer le loyer et tout. De fermer comme ça, sans préavis, c’est clairement un coup de cochon », a-t-il commenté.

Le jeune homme dit avoir vu la copropriétaire, Anne-Marie Cabanes, visiter la boutique à quelques reprises dans les dernières semaines.

« On aurait dû sentir que ça s’en venait, mais on ne l’a pas senti », conclut-il.

Incompréhension

Plusieurs travailleurs licenciés se sont regroupés, jeudi, pour encaisser le choc et « faire le deuil ».

« Ça pleurait beaucoup. Les responsables de la boutique étaient très touchés parce qu’ils n’ont même pas eu l’occasion de nous l’annoncer en personne et qu’ils étaient très proches des employés », a décrit une autre employée en poste depuis quelques mois seulement.

Elle s’inquiète pour les mères de famille qui doivent subvenir aux besoins de leurs enfants et les gens malades qui ont perdu leurs assurances liées à l’entreprise.

« On vit surtout de l’incompréhension. Pourquoi ça s’est fait comme ça ? Tout le monde peut comprendre qu’une entreprise vive des problèmes », dénonce-t-elle.

D’après les informations publiées sur la page web de l’entreprise, la pâtisserie aurait été fondée en 1957 par Francis et Lucie Cabanes, qui auraient immigré au Québec en 1952.

Aujourd’hui, ce sont Jean-Michel et Anne-Marie Cabanes qui ont pris la relève de l’entreprise familiale, tel que l’indique le Registre des entreprises du Québec.

La direction de la Pâtisserie Gascogne n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse canadienne.

6 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 4 janvier 2018 18 h 52

    Les grands seigneurs

    Agir comme viennent de le faire ces propriétaires, c'est inadmissible. Point!

    • Gilles Théberge - Abonné 4 janvier 2018 21 h 27

      Ces gens ne savent pas vivre c’est clair comme de l’eau de roche...

  • Nadia Alexan - Abonnée 4 janvier 2018 21 h 16

    C'est de la barbarie pure et simple, avec la bénédiction de nos gouvernements.

    Fermer le commerce et délaisser les travailleurs dans la rue sans aucune indemnité signifie la barbarie. Le gouvernement devrait interdire ces pratiques abusives. Les droits des travailleurs doivent avoir préséance à toutes autres considérations.

  • François St-Pierre - Abonné 4 janvier 2018 22 h 56

    Autre victoire de la malbouffe

    Pendant ce temps, les chaînes qui refilent des cochonneries accumulent les profits et les commerces qui offrent des produits de qualité disparaissent les uns après les autres. Il est grandement temps que le consommateur soit éduqué et prenne conscience des conséquences de ses choix: ça vaut le coup d'acheter de la qualité, même s'il faut payer un peu plus. Les grandes surfaces made in the USA n'offriront jamais la qualité que l'on retrouvait à la Pâtisserie de Gascogne.

  • Réal Larochelle - Abonné 5 janvier 2018 00 h 07

    Triste ... triste ...

    Il est triste que lors d'une déclaration de faillite d'une entreprise (dépôt de bilan), les travailleurs ne soient pas les créanciers de premier rang ... bien avant les banques, les gouvernements et les fournisseurs.
    Il est triste que les travailleurs ne soient pas plus reconnus et respectés pour leur apport à la richesse des entreprises et des propriétaires de ces entreprises.
    Il est triste que "la plus grande richesse des entreprises", comme se plaisent à le dire les chefs d'entreprises, perde toute sa valeur lors d'un dépôt de bilan.

    Réal Larochelle, abonné

  • Serge Pelletier - Abonné 5 janvier 2018 03 h 02

    Et bien...

    Encore, et encore les petits travailleurs qui passent en dernier. Pendant ce temps les grandes centrales palardent de niaiseries, les députés fédéraux pour ne pas être en reste font de même. Et la sutuation dure et perdure.

    Pourtant ce serait simple, très simple à résoudredans la loi sur les faillites: mettre les salariés comme créanciers prioritaires.

    Trop simple, semble-t-il.