Les dégâts du grand froid

Le réputé restaurant Joe Beef a perdu sa cave à vin de collection dans la nuit de dimanche à lundi en raison d’une fuite d’eau causée par le dégel d’un tuyau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le réputé restaurant Joe Beef a perdu sa cave à vin de collection dans la nuit de dimanche à lundi en raison d’une fuite d’eau causée par le dégel d’un tuyau.

Le froid polaire a apporté son lot d’inconvénients aux Québécois, dont le propriétaire du Joe Beef, qui a subi gel de tuyaux et bris de conduite dans ses trois restaurants de Montréal.

« La vague de froid, on y a goûté », lâche David McMillan, pour qui les vacances des Fêtes ont rimé avec la gestion après sinistre.

Dans la nuit de dimanche à lundi, une fuite d’eau, à la suite du dégel d’un tuyau, a endommagé une partie du Joe Beef.

« Les plus gros dégâts semblent être là. Nous avons perdu notre cave à vin de collection. On va voir si on a droit aux assurances, mais c’est certain que ça va nous coûter cher », mentionne le réputé chef.

Le cauchemar a toutefois commencé la semaine dernière, lorsque ses deux autres restaurants, Liverpool House et Le Vin Papillon, ont aussi subi les conséquences de l’éclatement de tuyaux d’eau.

« Il n’y a plus rien qui me surprend. L’an dernier, c’était le tuyau dans la rue qui avait sauté. Je ne peux pas me laisser abattre par ça, la vie continue », dit-il.

Pour s’assurer que ses trois établissements ouvrent leurs portes comme prévu au retour du congé des Fêtes, jeudi, il a dû débourser plus de 15 000 $ en travaux d’urgence.

« Nous sommes 70 employés dans 3 restaurants. On ne peut pas se permettre de fermer, alors on a tout fait pour que les travaux soient terminés pour qu’on puisse ouvrir », explique-t-il.

Jour de l’An sans eau

Sophia Oumzil, une résidante du quartier Saint-Henri à Montréal, a dû pour sa part passer le jour de l’an sans eau.

« Nous n’avions plus d’eau depuis le 27 décembre. Elle est revenue mercredi matin, après huit jours d’attente », explique la femme qui réside dans un duplex.

Les tentatives pour déglacer ses tuyaux ont été infructueuses puisqu’ils sont en PVC. « Notre propriétaire a vraiment tout fait. Il a fait venir le plombier. Il nous a fourni de l’eau embouteillée, mais le froid était trop extrême », souligne Mme Oumzil.

Les plombiers confirment avoir été fortement sollicités dans les derniers jours. Chez iPlomberie, alors qu’on reçoit une dizaine d’appels durant la fin de semaine du jour de l’an en moyenne, c’est plutôt une centaine d’appels qui ont été faits, indique le vice-président Étienne Mathieu.

Du côté des experts en sinistre, les demandes se multiplient. Chez Qualinet, 750 dossiers ont été ouverts contre 200 en moyenne. Même constat chez GUS (Groupe Urgence Sinistre), où l’administration s’apprête à faire un bilan des derniers jours.

17 fois plus de plaintes

Le congé des Fêtes, qui s’étend du 22 décembre au 3 janvier, a privé d’eau plusieurs résidants de la métropole, multipliant par 17 le nombre de plaintes à la Ville de Montréal par rapport à l’an dernier.

La ligne 311 a reçu 813 appels concernant une « panne de service d’eau et/ou tuyauterie gelée ». En 2016, seulement 47 appels avaient été enregistrés.

Mercredi, la Ville n’était pas en mesure d’indiquer le nombre de plaintes traitées et a invité Le Devoir à communiquer avec chacun des dix-neuf arrondissements pour avoir des précisions.


Déjà une nouvelle vague de froid

Une vague de froid a frappé la côte est américaine mercredi, où certaines villes ont vu tomber leurs premiers flocons de neige en 29 ans. Du Texas à la Géorgie en passant par la Floride, des voitures ont dérapé sur la chaussée glacée, forçant la fermeture de plusieurs routes. La tempête devrait toucher le Québec dans la nuit de jeudi à vendredi, selon Environnement Canada. De 5 à 10 centimètres sont prévus sur le sud de la province, 10 à 20 centimètres pour le centre, alors que l’est du Québec sera enseveli sous 20 à 40 centimètres de neige. Du grésil et même de pluie verglaçante pourraient se mêler à la neige dans les provinces maritimes, en Gaspésie et en Basse-Côte-Nord. Une fois la tempête passée, une nouvelle vague de froid enveloppera la province dès vendredi.
3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 4 janvier 2018 10 h 54

    Vulnérables ?

    Le 28 décembre dernier, on a enregistré -27 °C, le plus bas minimum de l'année 2017 à la station d'observation de l'aéroport PET. Était-ce un record historique et une catastrophe climatique ?

    Voyons un peu... La plupart des données climatiques compilées par Environnement Canada sont du domaine publique. Alors, on peut les consulter et ainsi découvrir à quel point la distorsion médiatique est forte. Ainsi, le 25 décembre 1980, il y a quelque 37 ans, on s'est tapé -32 °C. Pour certains, c'était la pré-histoire, à preuve le iPhone n'existait pas encore. Pire, le 15 janvier 1957, la pré-histoire de la pré-histoire puisque l'autoroute métropolitaine n'existait pas encore, on s'est tapé cette fois -38 °C. Enfin, que le mois de mars accompagne l'arrivée du printemps, soit, ce qui n'empêche pas qu'on soit allé chercher un frisquet -29 °C le 4 mars 1950.

    Bref, le froid de cette fin d'année 2017 n'a absolument rien d'exceptionnel. Mais comment se fait-il que devant un évènement dont la période de retour est très élevée, on soit encore confronté à des pannes électriques, à des bris d'aqueduc ou même des pannes de transport ? La réponse à cette question pourrait ressembler à ceci : on est beaucoup plus préoccupé à mettre la technologie au service du profit des entreprises qu'à la sécurité du public. La conséquence de ce détournement de la technologie, c'est qu'on devient de plus en plus vulnérable. Le sens de l'adaptation nous fait grandement défaut. On construit et on aménage comme s'il n'y avait que l'été mais pas l'hiver. Et on ne cesse d'augmenter la dépendance envers des éléments vulnérables. Par exemple, on a poussé les gens vers le chauffage électrique, mais on est beaucoup plus préoccupé par l'installation de bornes de recharge de voitures à batterie que par le manque de robustesse du réseau.

    Si les catastrophes dues à l'évolution du climat se concrétisent, il faudra bien remettre le mot « adaptation » à la mode. Sinon, bonjour la vulnérabilité et les dégâts..

  • Jean Richard - Abonné 4 janvier 2018 11 h 46

    Sommes-nous égaux devant le climat ?

    On ne va pas se réjouir des déboires d'un restaurateur qui a perdu quelques bouteilles de vin exclus, et pour cause, du palmarès des meilleurs achats en bas de 15 $ à la SAQ.

    Mais se pourrait-il que les gens les plus affectés par le froid soient en majorité des gens qui jamais ne mettraient les pieds dans un resto où les frites se vendent nettement au-dessus de 10 $ après taxes et service, et où une seule bouteille de vin de collection peut facilement excéder le salaire d'une semaine pour certains ?

    Des gens à faibles revenus, vivant dans des logements pas trop bien construits et mal entretenus, des logements inchauffables, où les installations électriques risquent de flancher devant la surcharge, et où les tuyaux, comme par hasard, gèlent plus rapidement qu'ailleurs, de ces gens il y en a probablement quelques dizaines, quelques centaines qui ont souffert du froid des derniers jours. Ils ont souffert en faisant moins de bruit qu'une bouteille de vin qu'ils ne pourraient se permettre.

    Une question s'impose : sommes-nous égaux devant le climat ? Elle s'impose car si seulement quelques unes des nombreuses catastrophes qu'on nous annonce devenaient réalité, il faut tenter de prévoir qui en sera le plus touché. Pire, à une époque où l'Occident est en train de glisser plus que jamais vers la droite, on devra de moins en moins compter sur nos élus pour assurer la justice sociale et l'équité.

    Puisqu'une violente tempête peut à la fois frapper un château et un taudis, notre première réaction pourrait être de croire que nous sommes tous égaux devant les forces de la nature. La réalité pourrait pourtant être assez différente. Les discours catastrophistes sur les changements climatiques sont bien discrets quand il s'agit de parler des vraies victimes du scénario le plus probable.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 janvier 2018 21 h 21

    Belle photo de Nadeau

    Comment a-t-il fait son coup ?