Femmes autochtones: qu’est-il arrivé à Laurianne?

La commissaire, Michèle Audette
Photo: John Woods La Presse canadienne La commissaire, Michèle Audette

Laurianne est-elle vraiment morte ou a-t-elle été enlevée par les autorités gouvernementales ? C’est la question que se pose la famille Echaquan qui a témoigné lundi lors de la première journée d’audiences au Québec de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA).

« Je crois que ma fille est toujours vivante, qu’il y a eu un échange de bébés », a soutenu Armand Echaquan devant les commissaires qui amorçaient la portion québécoise de leur mandat à Maliotenam, près de Sept-Îles, sur la Côte-Nord.

« Je sais au plus profond de moi-même que l’enfant que j’ai vu dans le cercueil, ce n’est pas ma fille, ajoute l’homme en attikamek. Et je suis toujours en attente, après toutes ces années, de l’arrivée de ma fille qui reviendrait prendre des nouvelles de sa famille. Je vous demande de nous aider dans notre recherche d’enfant disparu. Ça fait tellement longtemps qu’on est dans la tristesse, on voudrait qu’elle soit remplacée par le bonheur de retrouver notre fille. »

Laurianne est née le 20 juillet 1973 à Manawan, dans Lanaudière. Atteinte d’une pneumonie, alors qu’elle n’avait que deux mois, la fillette a été transférée en avion à l’hôpital de Joliette sans ses parents.

Un mois plus tard, sans qu’ils aient pu la visiter, les parents ont été informés du décès de leur fille et invités à se rendre à Joliette pour les funérailles, raconte Viviane Echaquan, la grande soeur de Laurianne.

« Quand elle est arrivée au salon funéraire, ma mère a trouvé que le bébé qui était dans le cercueil était beaucoup trop gros, il devait avoir entre 9 et 10 mois, alors que Laurianne était toute petite. Ma mère a demandé : “C’est tu ben mon bébé qui est là-dedans ?” On lui a répondu que oui. »

Les parents de Laurianne se souviennent que le corps a été enterré « à environ un kilomètre du cimetière ». Ils n’ont pas eu le droit de mettre une croix ou une plaque en son honneur. On leur aurait expliqué que c’était une extension du cimetière où l’on enterrait les enfants non baptisés. « Aujourd’hui, il y a des bâtiments à cet endroit-là. Les gens du cimetière nous ont dit récemment que ça ne se peut pas qu’une enfant ait été enterrée là. Mais mes parents s’en souviennent très bien », témoigne Viviane Echaquan.

La famille a continué de recevoir des cartes d’assurance maladie au nom de Laurianne pendant plusieurs années. Et malgré toutes leurs démarches, ils n’ont jamais réussi à obtenir un certificat de décès. La seule preuve de décès qu’ils ont pu obtenir, c’est un rapport d’autopsie qui, selon eux, est truffé d’incohérences.

« Je demande aux commissaires de faire des recherches pour retrouver ma soeur Laurianne », implore Viviane, cédant aux larmes à la fin d’un poignant témoignage.

« Dans les années 1960, on sait qu’il y a eu des rafles de jeunes autochtones adoptés au Canada, mais le grand public a toujours cru que ce n’était pas arrivé au Québec », souligne l’avocate de l’ENFFADA, Fanny Wilde, qui épaulait la famille dans son témoignage.

« Grâce à votre témoignage et à votre courage, on va pouvoir poser les questions difficiles qu’il faut poser aux institutions fédérales et québécoises dans la phase institutionnelle de notre enquête, a soutenu la commissaire Michèle Audette. Nous allons essayer de faire la lumière et de trouver des réponses pour le bénéfice de votre famille et de tous les Canadiens. »

Émotions

La journée a été chargée en émotions pour les commissaires et les familles de femmes et de fillettes autochtones disparues et assassinées qui assistaient aux travaux de la commission au centre communautaire de Maliotenam.

Des « sacs à larmes » avaient été disposés sur les chaises afin que chacun puisse entamer un processus de guérison en allant brûler ses larmes dans le feu sacré, allumé lundi matin en guise de cérémonie d’ouverture de la commission fédérale.

Deborah Einish, une Innue de Matimekush, a raconté comment elle a été arrêtée sans raison à la sortie d’un bar à Schefferville en 1980. « Ils m’ont mis dans un cachot, il faisait noir, je criais : “Mais qu’est-ce que je fais ici ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?” Puis un policier est entré, il avait des pilules. Quand je me suis réveillée, mes pantalons étaient à moitié baissés. »

La femme a gardé le silence pendant près de 37 ans, jusqu’à ce qu’elle entende à la radio, l’an dernier, d’autres femmes accuser des policiers d’inconduites sexuelles. « J’avais tellement souffert, je me suis dit que ce serait le temps que je parle. »

Après toutes ces années, elle garde une colère sourde envers les policiers. « Ils ont brisé ma vie et celle de mes enfants. Je n’ai jamais raconté à ma fille ce qui s’était passé, mais ils ont violé ma fille aussi, alors qu’elle était à l’intérieur de mon ventre. C’est pour ça que ça fait si mal… Ils ont violé mon petit bébé. »

Elle demande de l’aide, du soutien et, surtout, que justice soit faite.

C’est ce que réclame également la famille d’Adèle Patricia Vachon Bellefleur, décédée en juillet 2011 à l’âge de 17 ans. L’adolescente, décrite comme une jeune femme pleine de rêves qui souriait à la vie, est décédée à la suite d’une bataille dans le stationnement du centre communautaire de Pessamit, sur la Côte-Nord.

Des accusations ont été portées contre une jeune femme de la communauté, mais elles ont ensuite été retirées lorsque l’autopsie a démontré que ce ne sont pas les coups qui ont causé la mort d’Adèle. « Le coroner nous a dit qu’elle était morte d’une crise cardiaque, a témoigné sa mère, Gilberte Vachon. Adèle était en pleine santé, elle n’a certainement pas fait une crise cardiaque juste comme ça. »

« J’ai vu toutes les marques sur son visage quand on a dû aller l’identifier. Elle avait des bleus partout, du sang, des poignées de cheveux arrachés. Je crois qu’il y a des choses qui ont été cachées. […] Justice n’a pas été faite, c’est ce que je ressens. J’aimerais que les choses soient éclaircies pour qu’on puisse commencer à faire réellement notre deuil. »

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées se poursuit toute la semaine sur la Côte-Nord.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 28 novembre 2017 01 h 17

    nos esclaves préférés qu'elles sont les communautés qui n'en ont pas eus

    je crois que les autochtones n'ont jamais été traités en égaux , le sont-ils encore vraiment aujourd'hui, je n'en suis pas sur, les esclaves recensés ne sont-ils pas autochtones, combien en a-t-il eu, l'on parle souvent des enfants autochtones enlevés a leur parents, pour être éduqués comme des blancs , mais est-ce le seul fait de notre racisme systémique envers les autochtones, est ce qu'a ce niveau les autochtones n'ont-ils pas toujours étés traités en inférieures, n'est ce pas du racisme que de les avoir contraints a vivres dans des réserves a l'origine ce pays ne leur appartenait-il pas, n'est ce pas un cadeau empoissonné de la part du roi, ce qui nous a permis de les spoliers, n'est ce pas des sortes de prisons a ciel ouvert, ne le sont-ells pas encore, enfin j'ai bien hâte de voir le résultat de cette commission

  • Serge Pelletier - Abonné 28 novembre 2017 04 h 29

    Pauvre monde

    Et ce sont des histoires de ce type que la Commission entend à la grandeur du Canada. Toujours la faute des gouvernements, des pensionnats... De l'homme blanc pour faire plus court.

    S'il y a multitudes d'actes de pédophilie (les deux sexes), cela est la faute des pensionnats - même si le "commettants" n'y ont jamais mis les pieds. S'il y a des suicides, de l'alcoolisme pathologique, des prises de spychotropes de tous types, etc. C'est encore la faute aux pensionnats...

    A ententre les doléances, les viols "d'indiennes" sont l'exclusivité des blancs... Jamais un "indiens" ne commet de viol...

    Je comprend le chagrain des parents qui perdent un enfant... Mais de là a spéculé et accusé le gouvernement d'avoir enlevé l'enfant... Il y a une très grande marge.

    Oui, il y a eu des cas troubles de morts ou de disparitions (et il y en aura encore)... Mais pas plus que dans la population en général... L'exemple serait les suicides - c'est une petite ville du sud de l'ontario - ville entièrement composée de blancs - qui détient le plus haut taux de suicides d'adolescent(e)s...

    L'ex-présidente démissionnaire de cette Commission (elle est professeur d'université) mentionnait, et avec raison, que tout cela est connu depuis longtemps, et que les rayons des bibliothèques universitaires croulent sous les études, les mémoires, les thèses, etc.

    Et la Commission veut plus de $$$, plus d'années, plus de tout... Pourquoi en fait?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 novembre 2017 08 h 48

      Oui, il faut arrêter d'étudier et passer à l'action. Mais, continuer à vivre dans des réserves est-ce la solution?

    • Gilles Théberge - Abonné 28 novembre 2017 09 h 30

      N’oublions pas que c’est le pouvoir colonial britannique, suivi par le pouvoir fédéral, qui ont mis en place les pensionnat indien et les réserves!