Brossard: l’Orient en banlieue

À l’étage du Centre Sino-Québec de Brossard, les nouveaux arrivants peuvent suivre des cours de langue pour faciliter leur intégration.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’étage du Centre Sino-Québec de Brossard, les nouveaux arrivants peuvent suivre des cours de langue pour faciliter leur intégration.

À travers les villes, plusieurs quartiers se distinguent par la diversité et l’histoire des gens qui y ont élu domicile. Dans le deuxième texte de cette série, Le Devoir vous présente la carte postale de Brossard, une ville de banlieue devenue le point d’ancrage des immigrants chinois à l’extérieur de Montréal.

La communauté asiatique de Brossard n’a pas de quartier à proprement parler, mais ce centre commercial du boulevard Taschereau, situé à l’intersection de l’autoroute 10, fait sans contredit office de point de ralliement.

À côté de l’épicerie asiatique Kim Phat, qui attire des clients d’origines diverses en cet après-midi du mois de novembre, on trouve des restaurants vietnamien, coréen et mongol. C’est également dans ce complexe que se situe le Centre Sino-Québec de la Rive-Sud, un organisme communautaire qui facilite l’intégration des immigrants asiatiques.

À l’étage, Yong Liu participe à un cours d’anglais offert par le centre. Arrivé à Brossard il y a trois mois pour y rejoindre sa femme et sa fille, cet ancien employé du ministère chinois du Revenu apprécie déjà sa nouvelle ville. « J’aime l’environnement, les stationnements sont larges et il y a beaucoup de Chinois », affirme-t-il par l’entremise d’une interprète.

Et il a raison : selon le recensement de 2016, environ 37 % des quelque 87 000 habitants de Brossard sont immigrants. Et parmi les 57 communautés culturelles représentées, celle de l’Empire du Milieu est de loin la plus imposante. Elle représente aujourd’hui 13 % de la population.

Trouver sa place

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les Chinois aiment se retrouver entre eux, donc ils sont plus visibles», affirme Noureddine Belhocine, le directeur général de la Maison internationale de la Rive-Sud.

M. Liu admet qu’il n’est pas facile de s’intégrer quand on ne parle pas la langue de la majorité. Après avoir appris l’anglais, il tentera d’apprendre le français, mais il est un peu inquiet. « Le français, c’est difficile », dit-il. À Brossard, près du tiers de la population ne parle que l’anglais ou une autre langue que le français à la maison.

Guang Li Liu, qui donne des cours de français au Centre Sino-Québec, souligne que l’histoire de chaque immigrant est différente et que certains peuvent avoir du mal à trouver leur place dans les premières années. « On écoute leurs besoins et on regarde ce qu’on peut faire pour eux », résume-t-il.

La communauté chinoise, que certains décrivent comme isolée, a cependant plusieurs visages. Michelle Hui, dont les grands-parents sont originaires de Shanghai et les parents, de Hong-Kong, a étudié en français au primaire et au secondaire, puis en anglais au cégep et à l’université. Après s’être impliquée pendant des années, la jeune femme de 26 ans a obtenu un siège au conseil municipal de Brossard le 5 novembre dernier.

« Les Chinois aiment se retrouver entre eux, donc ils sont plus visibles. Ils sont moins dilués dans la société. Mais ils ne sont pas seuls », précise Noureddine Belhocine, le directeur général de la Maison internationale de la Rive-Sud. Il y a plusieurs communautés d’importance variable. »

Depuis 1975, cet organisme communautaire situé à quelques kilomètres du Centre Sino-Québec accueille les immigrants et les réfugiés parrainés par le gouvernement. Dans les locaux labyrinthiques de l’organisation, de nouveaux arrivants provenant des quatre coins de la planète sont répartis dans la dizaine de classes de francisation.

En plus des Chinois, Brossard compte notamment une importante communauté marocaine, afghane et colombienne.

Éviter les ghettos

Il y a quelques décennies, les premiers immigrants ont d’abord choisi Brossard en raison du prix des logements moins élevé qu’à Montréal, estime M. Belhocine. L’effet « boule de neige » a ensuite fait son oeuvre : les nouveaux arrivants ont été rejoints par leurs proches et les générations suivantes ont été attirées par la présence d’organismes pour les soutenir.

La Maison internationale a aussi contribué à diversifier Brossard, puisqu’elle est le point d’ancrage des réfugiés publics sur la Rive-Sud de Montréal. Lorsqu’elle les aide à se trouver un logement, elle les dirige la plupart du temps vers des quartiers situés près des locaux de l’organisme pour faciliter le suivi.

Pour ce qui est de la communauté chinoise, l’étudiant en géographie à l’UQAM Dominique Lambert a conclu dans un mémoire de maîtrise publié en 2015 que la présence de nombreux agents immobiliers chinois à Brossard a eu pour effet de grossir ses rangs.

Selon Noureddine Belhocine, il est clair que la tendance observée au cours des dernières années se poursuivra. « Dans certaines écoles de Brossard, près de 80 % des élèves sont d’origine immigrante, remarque l’homme d’origine algérienne. Ces gens-là vont sûrement s’installer ici, se marier ici, donc Brossard, inévitablement, va continuer à se diversifier. »

 

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 27 novembre 2017 12 h 43

    Diversité

    Peut-être une diversité stimulante à l'intérieur des logis et commerces, mais un urbanisme d'une platitude mortelle, et un cauchemar pour les piétons et les cyclistes qui, pour se rendre à un point à 1 km à vol d'oiseau, doivent en faire cinq pour traverser autoroutes et boulevards aux endroits possibles.